Zed Zonk, des cimes aux abysses
jeudi 12 décembre 2019
Easy Listing 111219 //
Un mec édenté par des coups directement portés au visage par les forces de l'ordre
Un père dit à son fils: tu ne veux pas t'en sortir, tu ne veux pas
- Si
- Non, tu baisserais pas le regard si tu voulais vraiment, je te connais comme si je t'avais fait
Moi, je regarde ailleurs en me disant : peut-être que tu l'as défait ton fils, qu'il te regarde pas pour pas t'en coller une, qu'il te met face aux ruines que tu feins d'ignorer ?
Il y a des ours affamés aux portes des villes et des milliers de colis amazon à envoyer
Il y a la paix familial à acheter avec des toasts séchés, croûtés, joyeux Noël, bonne année, surtout la santé
Je me fais sonner les cloches, on me dit : ça me fait pas rire, je suis pas content là, des cerveaux on en a qu'un Z, tu veux quoi ?
Je croise des skaters qui passent des figures brouillonnes, moi, je passe le refrain d'Au DD tu vas faire quoi ?
Je vis dans la partie de la ville qui ne sent pas la cannelle, dans la partie de la ville où sont installés les bobo, les homos et les vieux, ça sent les légumes de saison bio, locaux, équitables, ça sent le lait végétal dans le chaï latte, on se tient les portes, on se sourit, on se reconnaît à la longue
Des larmes atrocement sincères d'Adam Driver et de Scarlett Johansson
Le texte sur la voisine qui avance bien, souvenir d'une période d'effondrement psychologique
Souvenir de la période des relations hard discount, de l'adrénaline frelatée claquée sans compter au GIFI du cul
2014, la santé c'est bien chez les autres, franchement, j'en ressens pas le besoin, c'est sympa de loin, je mettrais pas ça dans mon salon
[C'est pas péjoratif]
Les discussions éclairées de 2h30 à 3h30, la permanence de nuit, les mains vides qu'on a honte de tendre
Vouloir faire + avec rien
Le 07 du sheitan, incandescent dans la poche arrière de mon jean
Se sentir pleine pleine pleine de vide à remplir
L'excitation de choisir avec soin les matériaux pour combler la brèche avec un vertige de détails
L'énergie hivernale prête à tout ravager sur son passage
C'est pas un poème, faut pas croire
Je me fais recadrer et je me sens plus pisser, je suis étourdie par le bien qu'on me veut
Des jeunes étudiants erasmus me demandent de les prendre en photo dans la ville électrique qui brille tout ce qu'elle peut, 5 poses plus tard, je tends le smartphone et je dis it's ok
Thank you so much
En 10 minutes, route du polygone, j'ai vu une gouine percée aux deux arcades vendre une barre de traction à un mec du bon coin, une dame tirer sur la laisse d'un yorkshire en pull jacquard en disant "ça suffit maintenant, Huguette", deux draisiennes et les gosses qui vont avec
Bobos, homos et vieux
Et c'est toujours pas péjoratif
dimanche 8 décembre 2019
.5
Un //
Je te mets des mots plein la bouche.
Par exemple : viens
Par exemple : oui
Alors que j'ai l'air de dire : non, rien.
Comme quand tu es dans des rêves salaces et qu'on t'en extirpe en demandant : à quoi tu penses ? Tu réponds, à rien de spécial et tu évites de regarder une personne physique avec ton regard de braise, de baise et t'as ce sourire volontaire bien qu'un peu con en mordillant l'intérieur de ta joue, et tu prends un air détaché en avalant une goutte de sang. La rouille te ramène à la réalité.
Deux //
La radio du salon de thé est passée de heart of glass à Take on me. Ça fait musique d'after glauque quand t'es defoncé jusqu'à la moelle et que tu sais très bien que c'est mort. C'est la torpeur qui a gagné. Tu vas aller au lit claquer des dents et sentir la tachycardie. Tu vas regretter les derniers shooter et la dernière trace en soupirant. Tu vas jurer sur tous les saints qu'on t'y reprendra plus. Tu vas avoir des fourmillements dans les lèvres et des fourmis rouges dans la bouche. Ça va devenir dégueulasse, chaotique, cauchemardesque. Ça fait partie du plan, c'est la clause écrite dans la plus petite police possible que tu te fais même plus chier à lire avant de signer le contrat. T'as le menton sur vibreur, le cerveau en mode avion. Tu voudrais sauter par la fenêtre, faire changer ton sang, revenir à hier mais t'es coincée dans une chambre borgne éclairée aux néons, avec ton coeur qui tape et tes mauvaises décisions.
Trois //
Un mec à côté de moi parle d'argent et de profit devant une collaboratrice attentive.
Il ajoute : c'est pas péjoratif.
Je sais pas de quoi ils parlent, je comprends pas l'argent, je m'en fous.
Elle dit: j't'invite
Lui : non c'est moi
Si, si, si, je t'invite.
Ils se font les politesses sociales d'usage mais j'ai su à la première seconde qu'elle allait finir par payer.
Il dit c'était bien et je me dis : ben putain...
Quatre //
Je pense à mes contrariétés purement formelles. J'aime pas ce petit ton de merde qui devient la norme. J'écoute même pas les mots quand j'aime pas la mélodie. Je bouche mes oreilles, je me roule par terre, je chante fort, je t'écoute pas. Lalala. C'est pas péjoratif.
Cinq //
Il y a 22 personnes devant moi quand j'arrive à la clinique avec mon doigts sur-bandé et mes trois points de suture. La chirurgienne a un accent mignon que j'identifie pas . Pliez, serrez, écartez, pliez, pliez... Si vous ne bougez pas la cicatrice ne va pas être belle.
J'ai envie de lui dire que c'est pas grave, j'en ai vu d'autres, je l'aimerais quand même ma cicatrice moche.
Je te mets des mots plein la bouche.
Par exemple : viens
Par exemple : oui
Alors que j'ai l'air de dire : non, rien.
Comme quand tu es dans des rêves salaces et qu'on t'en extirpe en demandant : à quoi tu penses ? Tu réponds, à rien de spécial et tu évites de regarder une personne physique avec ton regard de braise, de baise et t'as ce sourire volontaire bien qu'un peu con en mordillant l'intérieur de ta joue, et tu prends un air détaché en avalant une goutte de sang. La rouille te ramène à la réalité.
Deux //
La radio du salon de thé est passée de heart of glass à Take on me. Ça fait musique d'after glauque quand t'es defoncé jusqu'à la moelle et que tu sais très bien que c'est mort. C'est la torpeur qui a gagné. Tu vas aller au lit claquer des dents et sentir la tachycardie. Tu vas regretter les derniers shooter et la dernière trace en soupirant. Tu vas jurer sur tous les saints qu'on t'y reprendra plus. Tu vas avoir des fourmillements dans les lèvres et des fourmis rouges dans la bouche. Ça va devenir dégueulasse, chaotique, cauchemardesque. Ça fait partie du plan, c'est la clause écrite dans la plus petite police possible que tu te fais même plus chier à lire avant de signer le contrat. T'as le menton sur vibreur, le cerveau en mode avion. Tu voudrais sauter par la fenêtre, faire changer ton sang, revenir à hier mais t'es coincée dans une chambre borgne éclairée aux néons, avec ton coeur qui tape et tes mauvaises décisions.
Trois //
Un mec à côté de moi parle d'argent et de profit devant une collaboratrice attentive.
Il ajoute : c'est pas péjoratif.
Je sais pas de quoi ils parlent, je comprends pas l'argent, je m'en fous.
Elle dit: j't'invite
Lui : non c'est moi
Si, si, si, je t'invite.
Ils se font les politesses sociales d'usage mais j'ai su à la première seconde qu'elle allait finir par payer.
Il dit c'était bien et je me dis : ben putain...
Quatre //
Je pense à mes contrariétés purement formelles. J'aime pas ce petit ton de merde qui devient la norme. J'écoute même pas les mots quand j'aime pas la mélodie. Je bouche mes oreilles, je me roule par terre, je chante fort, je t'écoute pas. Lalala. C'est pas péjoratif.
Cinq //
Il y a 22 personnes devant moi quand j'arrive à la clinique avec mon doigts sur-bandé et mes trois points de suture. La chirurgienne a un accent mignon que j'identifie pas . Pliez, serrez, écartez, pliez, pliez... Si vous ne bougez pas la cicatrice ne va pas être belle.
J'ai envie de lui dire que c'est pas grave, j'en ai vu d'autres, je l'aimerais quand même ma cicatrice moche.
jeudi 5 décembre 2019
Quatre temps
Un //
L'hyperesthésie comme une flamme qui se balade à l'intérieur de ma cuisse, de mon avant bras, là où la peau est très blanche, très tendre, en feu.
Deux //
J'ai rêvé de la maison de mon enfance inondée, on écopait et on pleurait, je me demande si c'était pas nos larmes la catastrophe naturelle à l'origine du plus gros des dégâts. Mon hyperactivité diurne me permet d'oublier tous les rêves poisseux. Marcher vite et tout laisser derrière. La terre brûlée, le non retour...
Trois//
Sylvain Prud'homme à la radio qui s'extasie sur l'autostop, confort de l'habitacle, beauté de la rencontre avec des inconnus etc... Je pense à l'habitacle d'un 33t avec un routier qui pose des questions lubriques à la fille de 15 ans que j'étais. Je me demande si les hommes savent que faire du stop est un de leurs privilèges . S'ils savent ce que c'est que d'être avec sa pote dans la cabine d'un camion avec un mec qui nous demande si nous sommes vierges. Souvenir de nos pouces levés sur la route qui va de Salins-Les-Bains à Besançon le mercredi après-midi, la chance d'être deux. Est-ce qu'ils le savent, ce que c'est que de faire de l'auto stop avec une chatte ?
Quatre//
Je tiens méticuleusement le compte de mes réserves de sérotonine. Vieillir c'est apprendre où elle se cache : dans les conversations souriantes au téléphone, dans le chocolat noir au sésame grillé, dans la marche, dans les cafés avec les copines, dans une tasse fumante, entre les pages d'un livre terrifiant ou non, dans les bras de l'amoureuse, dans l'amour maladroit des chats qui se lavent le cul au creux de mon oreille, dans les différentes inflexions de voix des gens trop loin, dans la soupe orange, dans les rues un 5 décembre qu'on espère vivifiant, dans un verre d'eau quand il y a eu beaucoup trop de verres de vin ces derniers temps, dans les pas de cette fille devant moi qui traverse le marché de Noël avec une enceinte qui crache de la psy trance et un rat dans la capuche de son manteau, dans les minutes de calme volées aux canards à Krimmeri, dans les mots laissés dans différentes fenêtres de discussion : Les je t'aime, les je suis là, les t'inquiète pas, les appelle moi, les j'ai confiance en toi et cetera...
L'hyperesthésie comme une flamme qui se balade à l'intérieur de ma cuisse, de mon avant bras, là où la peau est très blanche, très tendre, en feu.
Deux //
J'ai rêvé de la maison de mon enfance inondée, on écopait et on pleurait, je me demande si c'était pas nos larmes la catastrophe naturelle à l'origine du plus gros des dégâts. Mon hyperactivité diurne me permet d'oublier tous les rêves poisseux. Marcher vite et tout laisser derrière. La terre brûlée, le non retour...
Trois//
Sylvain Prud'homme à la radio qui s'extasie sur l'autostop, confort de l'habitacle, beauté de la rencontre avec des inconnus etc... Je pense à l'habitacle d'un 33t avec un routier qui pose des questions lubriques à la fille de 15 ans que j'étais. Je me demande si les hommes savent que faire du stop est un de leurs privilèges . S'ils savent ce que c'est que d'être avec sa pote dans la cabine d'un camion avec un mec qui nous demande si nous sommes vierges. Souvenir de nos pouces levés sur la route qui va de Salins-Les-Bains à Besançon le mercredi après-midi, la chance d'être deux. Est-ce qu'ils le savent, ce que c'est que de faire de l'auto stop avec une chatte ?
Quatre//
Je tiens méticuleusement le compte de mes réserves de sérotonine. Vieillir c'est apprendre où elle se cache : dans les conversations souriantes au téléphone, dans le chocolat noir au sésame grillé, dans la marche, dans les cafés avec les copines, dans une tasse fumante, entre les pages d'un livre terrifiant ou non, dans les bras de l'amoureuse, dans l'amour maladroit des chats qui se lavent le cul au creux de mon oreille, dans les différentes inflexions de voix des gens trop loin, dans la soupe orange, dans les rues un 5 décembre qu'on espère vivifiant, dans un verre d'eau quand il y a eu beaucoup trop de verres de vin ces derniers temps, dans les pas de cette fille devant moi qui traverse le marché de Noël avec une enceinte qui crache de la psy trance et un rat dans la capuche de son manteau, dans les minutes de calme volées aux canards à Krimmeri, dans les mots laissés dans différentes fenêtres de discussion : Les je t'aime, les je suis là, les t'inquiète pas, les appelle moi, les j'ai confiance en toi et cetera...
vendredi 15 novembre 2019
Rêve // la jetée, le port, la capitainerie, mon enfance
Je rêve que je marche sur la plage, je suis près du rivage, le sable est tassé et résiste à mes pas. Mes traces sont effacées par la mer qui lèche le sol de ses milles langues. Elles parlent chacune d'un sujet différent. J'écoute le chant du vent qui me décoiffe comme une main maladroite qui veut me dire son affection. Mes cheveux me cachent un peu la vue. La jetée, le port, la capitainerie et mon enfance. Une chanson de Patti Smith dont le volume varie par tranches de 10 secondes. Patti qui fait danser ses fantômes, pendant que les miens m'ebouriffent en se faisant passer pour le vent. Shake out the ghost dance. J'ai les yeux mi-clos comme des meurtrières, je pose ma main pâle dans celle du passé et je le laisse me guider.
Je ne pense pas que ce soit la nostalgie qui me conduise à rêver de mes enfances. J'y reviens comme pour ramasser un truc que j'avais malencontreusement laissé tomber. Quelque chose que j'avais peut-être volontairement abandonné. Les pièces du puzzle qui se fondent dans le décor.
Mon cerveau m'invite à revenir sur mes pas avant de les effacer définitivement. Pour regarder une fillette courir en riant, pour constater sa joie originelle, son appétit, sa gourmandise, son assurance. Je mêle ma voix au chant du vent. Je la reconnais à peine. Au réveil je me demande ce que tout ça veut dire. Je joue à la conne parce que je le sais très bien. Je regarde une photo de Patti Smith trouvée hier. Je repense aux années à fumer de la grosse frappe et à ne pas me souvenir de mes rêves. Je pense à ce con de Freud, à une gamine aux yeux bleus qui enlève une poignée de sable de sa chaussure, à la jetée, au port, à la capitainerie, à mon enfance.
mardi 12 novembre 2019
Les chatouilles
Les chatouilles // Andréa Bescond
Je sais pas si tu liras ce message. Pardon pour le tutoiement. Je viens de voir les chatouilles pour la seconde fois. La première avait été salutaire et je voulais vérifier, voir si les sutures avaient tenues.
L'année dernière ton film m'a mis une bonne beigne dans un premier temps. J'en menais pas large, j'étais perdue. Et puis, une voie s'est dégagée, que je soupçonnais pas.
Deux jours plus tard je vais chez ce psy auquel je raconte mes conneries de drogues, le mal que je peux me faire, mes colères spectaculaires, ma vie qui commence à avoir de la gueule, les certitudes qui se consolident. Je lui dis : je suis démontée, j'ai vu un film qui m'a démontée. Pourtant j'en vois des films, plein. Là, c'est autre chose.
Il me dit : Vous avez vu les chatouilles.
Il est balèze. Il connait ses dossiers.
Ce qui m'a rétamée c'est de voir le même parcours que le mien. Se traiter comme de la merde, se mettre des mines, suivre n'importe qui, dire oui à tout, oui et encore, parce qu'on en a jamais assez. Jusqu'à ce qu'on rencontre le respect qu'on se doit, qu'on nous doit.
Après ton film j'ai écrit sur le premier homme. Plus tard, dans un autre cadre, j'ai écrit sur les deux autres. Les trois idiots du village. Des abrutis qui se traînent dans leur vie de merde.
Ton film il a impulsé mon envie de parler à l'enfant que j'étais. Lui dire le bien que je pense d'elle, qu'elle est jolie, qu'elle déchire, qu'elle va en chier mais que ça ira.
Alors je l'ai fait, je ne mesure pas encore pleinement le bien que ça m'a fait mais quelque chose est consolé.
Tu me donnes envie de danser, de fêter, de me fêter, de rire avec les dents, de tout déglinguer.
Je suis heureuse de l'avoir revu ce soir. C'est bon, tout est à sa place. Je me sens à côté de la tourmente, je ne suis plus l'oeil du cyclone.
Merci Merci Merci ♥️
Je sais pas si tu liras ce message. Pardon pour le tutoiement. Je viens de voir les chatouilles pour la seconde fois. La première avait été salutaire et je voulais vérifier, voir si les sutures avaient tenues.
L'année dernière ton film m'a mis une bonne beigne dans un premier temps. J'en menais pas large, j'étais perdue. Et puis, une voie s'est dégagée, que je soupçonnais pas.
Deux jours plus tard je vais chez ce psy auquel je raconte mes conneries de drogues, le mal que je peux me faire, mes colères spectaculaires, ma vie qui commence à avoir de la gueule, les certitudes qui se consolident. Je lui dis : je suis démontée, j'ai vu un film qui m'a démontée. Pourtant j'en vois des films, plein. Là, c'est autre chose.
Il me dit : Vous avez vu les chatouilles.
Il est balèze. Il connait ses dossiers.
Ce qui m'a rétamée c'est de voir le même parcours que le mien. Se traiter comme de la merde, se mettre des mines, suivre n'importe qui, dire oui à tout, oui et encore, parce qu'on en a jamais assez. Jusqu'à ce qu'on rencontre le respect qu'on se doit, qu'on nous doit.
Après ton film j'ai écrit sur le premier homme. Plus tard, dans un autre cadre, j'ai écrit sur les deux autres. Les trois idiots du village. Des abrutis qui se traînent dans leur vie de merde.
Ton film il a impulsé mon envie de parler à l'enfant que j'étais. Lui dire le bien que je pense d'elle, qu'elle est jolie, qu'elle déchire, qu'elle va en chier mais que ça ira.
Alors je l'ai fait, je ne mesure pas encore pleinement le bien que ça m'a fait mais quelque chose est consolé.
Tu me donnes envie de danser, de fêter, de me fêter, de rire avec les dents, de tout déglinguer.
Je suis heureuse de l'avoir revu ce soir. C'est bon, tout est à sa place. Je me sens à côté de la tourmente, je ne suis plus l'oeil du cyclone.
Merci Merci Merci ♥️
Devenir le feu
// "Si ma maison brûlait, j'emporterais le feu " (Jean Cocteau) //
Facebook me rappelle aujourd'hui que ça fait un an que j'ai fait de la place dans mes tiroirs physiques et psychiques en choisissant de brûler 13 cahiers moleskine non lignés remplis jusqu'à l'os de miellat de prozac, d'analyses de mes états d'âme et tout un tas d'aliénations. 192 pages à chaque fois pour me regarder sombrer dans un ennui de synthèse. Une conso exponentielle de benzodiazepine et d'anti dépresseur qui me maintenait dans mon état larvaire, me protégeant d'une possible éclosion.
Le jour du feu, on s'est partagé le travail, mes trois amiEs, mon amour et moi. Je me souviens bien de ma frénésie , le feu dansait sur nos visages, mon passé passif jeté dans les flammes voraces avait enfin son moment de gloire.
Ça aurait pu n'être qu'une décision romantique d'écrivaine ratée qui se regarde souffrir. Mais c'était joyeux, exaltant, définitivement libérateur.
Je me suis débarrassée des stigmates de cette période que j'ai pris l'habitude de considérer comme une longue sieste. De 2007 à 2012 je vis engourdie, je suis la prisonnière d'une lourde brume qui ne se lève que très rarement. De cette période je me suis réveillée avec la bouche pâteuse et le cerveau ankylosé. J'ai pris le temps qu'il fallait pour tourner ces 13 fois 192 pages et me recentrer sur la possibilité de vivre des trucs au lieu de me plaindre par écrit de ne savoir rien vivre me pensant irrémédiablement brisée.
Quand je repense à cette nuit de novembre, il fait chaud, mon coeur bout, mes jambes n'ont jamais été si vaillante s et nous rions ensemble. Un an plus tard, j'ai l'impression d'être devenue à la fois le feu et le vent qui le ravive, l'incendie se propage en empruntant le réseau réveillé de mon système nerveux. Je suis sortie des eaux dormantes pour devenir le feu.
Facebook me rappelle aujourd'hui que ça fait un an que j'ai fait de la place dans mes tiroirs physiques et psychiques en choisissant de brûler 13 cahiers moleskine non lignés remplis jusqu'à l'os de miellat de prozac, d'analyses de mes états d'âme et tout un tas d'aliénations. 192 pages à chaque fois pour me regarder sombrer dans un ennui de synthèse. Une conso exponentielle de benzodiazepine et d'anti dépresseur qui me maintenait dans mon état larvaire, me protégeant d'une possible éclosion.
Le jour du feu, on s'est partagé le travail, mes trois amiEs, mon amour et moi. Je me souviens bien de ma frénésie , le feu dansait sur nos visages, mon passé passif jeté dans les flammes voraces avait enfin son moment de gloire.
Ça aurait pu n'être qu'une décision romantique d'écrivaine ratée qui se regarde souffrir. Mais c'était joyeux, exaltant, définitivement libérateur.
Je me suis débarrassée des stigmates de cette période que j'ai pris l'habitude de considérer comme une longue sieste. De 2007 à 2012 je vis engourdie, je suis la prisonnière d'une lourde brume qui ne se lève que très rarement. De cette période je me suis réveillée avec la bouche pâteuse et le cerveau ankylosé. J'ai pris le temps qu'il fallait pour tourner ces 13 fois 192 pages et me recentrer sur la possibilité de vivre des trucs au lieu de me plaindre par écrit de ne savoir rien vivre me pensant irrémédiablement brisée.
Quand je repense à cette nuit de novembre, il fait chaud, mon coeur bout, mes jambes n'ont jamais été si vaillante s et nous rions ensemble. Un an plus tard, j'ai l'impression d'être devenue à la fois le feu et le vent qui le ravive, l'incendie se propage en empruntant le réseau réveillé de mon système nerveux. Je suis sortie des eaux dormantes pour devenir le feu.
mercredi 6 novembre 2019
Nouvelles
Bonjour à vous et merci d'être ici,
Je prépare actuellement deux fanzines qui paraîtront dans un avenir proche.
* Un format court regroupant les textes érotiques que je partage habituellement sur le blog La Proie Des Vagues. Je compte en faire un petit tirage d'une vingtaine d'exemplaires dans un premier temps. *
** Un recueil des textes écrits en 2019 pour la plupart. Journal de bord, de voyages plus ou moins mobiles, nuancier exhaustif d'humeurs variables ! **
*** Je vais profiter de cette vague pour ré-éditer les trois premiers textes : 17 jours // Les Idiots Du Village // Morte Saison qui deviendra Saison Morte parce que je sais pas ce qui m'a pris.
Je vais les corriger, les soigner, les fignoler
<3 ***
Je vais les corriger, les soigner, les fignoler
Pour les tipeurs l'envoi des fanzines sera automatique.
Pour les autres nous verrons ensemble le moment venu, comme d'habitude, mais vous pouvez déjà dire si ça vous intéresse, ce qui vous intéresse ...
Je vous redonne le lien de ma page Tipeee si vous souhaitez soutenir mon travail #Ruisselement
Actuellement j'écris un roman, le Tipeee et les thunes des zines me donneront la possibilité de vivre avec moins d'angoisse qu'avec mon smic sec et ça me permettra en temps voulu de payer des impressionsnet des envois de mon manuscrit etc... Tout est expliqué sur la page : https://fr.tipeee.com/zed-zonk-fanzine
Merci pour tout, prenez bien soin de vous ❤️
dimanche 3 novembre 2019
Charbon // Madeleine
Le charbon actif agrandit mon sourire. J'ai mélangé longtemps pour amalgamer le noir et l'eau et j'ai bu l'épaisse mixture d'une traite. Je l'ai rallongée avant de renouveler l'opération avec le liquide dilué. Je me donne l'impression de me laver les entrailles, de me faire du bien après m'être manqué de respect. Après m'être manqué.
Je me souviens d'une intoxication aux médicaments dont on m'avait sauvée en me donnant, entre autre chose, du charbon actif. J'entends encore le bruit joyeux de la cuillère au fond du verre et du regard si triste de l'infirmière. Si jeune et si déprimée, ça devrait pas exister. C'était, en gros, ce que disaient ses yeux. Mais la cuillère chantait un air gai malgré tout. Elle avait pas tout capté. Ou le contraire.
J'ai chipoté devant mon demi litre de compote noire. Elle me dit, nous n'avons pas le temps, faites le sans réfléchir, cul sec.
Ok, cul sec.
Aujourd'hui je le fais de mon plein gré, le charbon a un goût de madeleine. Mon corps est imprégné d'un message qui prend de l'ampleur à chaque gorgée de cette soupe au goût de cramé. Il est question de survivance et de réparation. Je reproduis les gestes qui sauvent. Je crois que ça règle le problème, comme si l'apport toxique n'avait jamais existé.
Je me rince le visage, je songe à une plage de sérénité sur laquelle étendre mon corps pour le rendre heureux. Je voudrais l'immerger, ne laisser que mon visage hors de l'eau, écouter les discussions intimes de mes organes entre eux. Écouter ces bavardages se cogner contre les parois d'une baignoire. Me blottir dans ce monde là, qui existe malgré moi, que j'oublie. Je voudrais devenir sourde à l'autre monde, celui des vêtements, des conversations à tenir, des yeux à garder ouverts.
Les oreilles sous l'eau, m'entendre dire des mots simples juste pour moi, rien du tout.
Peut-être un seul, merci.
Je me souviens d'une intoxication aux médicaments dont on m'avait sauvée en me donnant, entre autre chose, du charbon actif. J'entends encore le bruit joyeux de la cuillère au fond du verre et du regard si triste de l'infirmière. Si jeune et si déprimée, ça devrait pas exister. C'était, en gros, ce que disaient ses yeux. Mais la cuillère chantait un air gai malgré tout. Elle avait pas tout capté. Ou le contraire.
J'ai chipoté devant mon demi litre de compote noire. Elle me dit, nous n'avons pas le temps, faites le sans réfléchir, cul sec.
Ok, cul sec.
Aujourd'hui je le fais de mon plein gré, le charbon a un goût de madeleine. Mon corps est imprégné d'un message qui prend de l'ampleur à chaque gorgée de cette soupe au goût de cramé. Il est question de survivance et de réparation. Je reproduis les gestes qui sauvent. Je crois que ça règle le problème, comme si l'apport toxique n'avait jamais existé.
Je me rince le visage, je songe à une plage de sérénité sur laquelle étendre mon corps pour le rendre heureux. Je voudrais l'immerger, ne laisser que mon visage hors de l'eau, écouter les discussions intimes de mes organes entre eux. Écouter ces bavardages se cogner contre les parois d'une baignoire. Me blottir dans ce monde là, qui existe malgré moi, que j'oublie. Je voudrais devenir sourde à l'autre monde, celui des vêtements, des conversations à tenir, des yeux à garder ouverts.
Les oreilles sous l'eau, m'entendre dire des mots simples juste pour moi, rien du tout.
Peut-être un seul, merci.
vendredi 1 novembre 2019
On t'a rien demandé
Dans la boite à livre j'arrache des pages blanches à la fin d'ouvrages de Danielle Steel, Agatha Christie, Paul Loup Sulitzer. Je m'explique pas la présence de ces auteurs dans les boîtes à livres mais c'est quasi systématique d'en croiser un. Je flotte dans la ville grise avec ces pages à pourrir dans la poche arrière de mon futal. Pliées en quatre.
J'imagine que les fétichistes des livres jugent l'arrachage de pages blanches et je comprendrais jamais.
J'ai des poches assez balèzes sous les yeux, celles qui font dire aux gens que j'ai l'air fatiguée quand je ne le suis pas. De quoi je me mêle ?
Je les vois, mes poches, quand je me retrouve à me laver les mains devant un miroir qui passe pas par quatre chemins pour te dire le bien qu'il pense de ton hygiène de vie.
À la Toussaint avant neuf heures, tu croises des gens qui ne se sont pas couchés qui cherchent à bouffer, des mecs à l'arrache qui n'ont pas prévu le ravitaillement de clopes et que tu sais pas où envoyer. Désolée, je fume plus. Qu'est ce qu'ils en ont à foutre que tu fumes plus ?
Des têtes dans le cul qui promènent des chiens serpillières en pyjama, espérant se rendormir malgré la gifle du froid, un beau revers pleine tête.
Je me pose dans le premier bar avec mes pages arrachées mais j'écris pas. Je les sors devant moi à côté d'un fly Strasbourg Furieuse et un TV magazine avec Flavie Flament en couverture.
J'écoute Cigarettes after Sex, du sugarcore inoffensif qui changera pas la face du monde mais ça me change de PNL. Ça me change de Nick Cave, ça me change des podcasts de France Cul. Ça me change de ma campagne actuelle autour des thèmes du deuil, de la fin de toutes choses, de la solitude comme mode de vie. Celle du dealer au sommet de la tour eiffel qui n'a plus rien à désirer. Celle du père amputé de son fils qui a fait le grand saut sous LSD.
Là, non. C'est du miel pas de la cigüe.
Une mère et sa fille entre dans le bar. La mère s'installe dehors pour fumer des clopes, la fille à l'intérieur pour tirer la gueule. Devant le bar, un tag Jesus was a black block est augmenté de la mention : je ne crois pas. Moi non plus, je ne crois pas.
Je sors, à l'arrêt de bus, trois flics sont autour d'une fille très jeune qui pleure très fort. L'un d'eux baille à s'en décrocher la gueule, les mains dans les poches. Je me chope un cafard monstre accompagné d'une ridicule envie de chialer.
Sous les grues portuaires, je regarde un ragondin qui se gratte vénère. J'ai l'impression qu'il attend que je lui jette de la bouffe...
J'ai l'air de dire : désolée gros, j'ai rien. Il a l'air de répondre: laisse moi tranquille grosse, je t'ai rien demandé.
La musique me paraît à côté de la plaque, ça devient bizarre comme de la chantilly sur une tartine de merde. J'essaie de me convaincre que ça me regarde pas les filles qui pleurent, les flics qui baillent, les mères et les filles qui font table à part, les ragondins et leurs puces de canard, les gens qui pensent que Jesus est un black block ou une lesbienne noire...
Laisse tomber grosse, on t'a rien demandé.
J'imagine que les fétichistes des livres jugent l'arrachage de pages blanches et je comprendrais jamais.
J'ai des poches assez balèzes sous les yeux, celles qui font dire aux gens que j'ai l'air fatiguée quand je ne le suis pas. De quoi je me mêle ?
Je les vois, mes poches, quand je me retrouve à me laver les mains devant un miroir qui passe pas par quatre chemins pour te dire le bien qu'il pense de ton hygiène de vie.
À la Toussaint avant neuf heures, tu croises des gens qui ne se sont pas couchés qui cherchent à bouffer, des mecs à l'arrache qui n'ont pas prévu le ravitaillement de clopes et que tu sais pas où envoyer. Désolée, je fume plus. Qu'est ce qu'ils en ont à foutre que tu fumes plus ?
Des têtes dans le cul qui promènent des chiens serpillières en pyjama, espérant se rendormir malgré la gifle du froid, un beau revers pleine tête.
Je me pose dans le premier bar avec mes pages arrachées mais j'écris pas. Je les sors devant moi à côté d'un fly Strasbourg Furieuse et un TV magazine avec Flavie Flament en couverture.
J'écoute Cigarettes after Sex, du sugarcore inoffensif qui changera pas la face du monde mais ça me change de PNL. Ça me change de Nick Cave, ça me change des podcasts de France Cul. Ça me change de ma campagne actuelle autour des thèmes du deuil, de la fin de toutes choses, de la solitude comme mode de vie. Celle du dealer au sommet de la tour eiffel qui n'a plus rien à désirer. Celle du père amputé de son fils qui a fait le grand saut sous LSD.
Là, non. C'est du miel pas de la cigüe.
Une mère et sa fille entre dans le bar. La mère s'installe dehors pour fumer des clopes, la fille à l'intérieur pour tirer la gueule. Devant le bar, un tag Jesus was a black block est augmenté de la mention : je ne crois pas. Moi non plus, je ne crois pas.
Je sors, à l'arrêt de bus, trois flics sont autour d'une fille très jeune qui pleure très fort. L'un d'eux baille à s'en décrocher la gueule, les mains dans les poches. Je me chope un cafard monstre accompagné d'une ridicule envie de chialer.
Sous les grues portuaires, je regarde un ragondin qui se gratte vénère. J'ai l'impression qu'il attend que je lui jette de la bouffe...
J'ai l'air de dire : désolée gros, j'ai rien. Il a l'air de répondre: laisse moi tranquille grosse, je t'ai rien demandé.
La musique me paraît à côté de la plaque, ça devient bizarre comme de la chantilly sur une tartine de merde. J'essaie de me convaincre que ça me regarde pas les filles qui pleurent, les flics qui baillent, les mères et les filles qui font table à part, les ragondins et leurs puces de canard, les gens qui pensent que Jesus est un black block ou une lesbienne noire...
Laisse tomber grosse, on t'a rien demandé.
mercredi 30 octobre 2019
Bien sûr que je flippe
Je lui parle du sourire avec les dents. Qui croquent, qui mordent et qui arrachent.
Et j'ajoute : qui ruminent. Il a pas pu me contredire et j'ai pas pu m'en empêcher.
Je lui ai parlé des retombées merveilleuses de choix hasardeux. Quelle est la part de chance, la part d'instinct. Je lui raconte une anecdote qui commence comme toutes les autres :
Dans un bar une femme a demandé au mec en face d'elle : Tu flippes ?
Il a répondu : bien sûr que je flippe.
C'est pas grand chose au fond, mais ça rassure, il était dans mon angle mort, j'ai tourné la tête pour voir la sienne.
Ce sont ceux qui ne flippent pas qui m'angoissent. Les ingénieurs en plasturgie propriétaires à 25 ans qui conduisent des voitures de parvenus comme des tarés. Qui ne savent qu'avancer. Dans les stan smith de tout le monde, des tee shirt Jack & Jones de tout le monde. Ils se prennent pour des loups alors qu'ils sont au mieux des petites hyènes nerveuses. Ceux qui vont à la salle pour le concours de bite, qui parlent de taux d'intérêt, du prix de l'essence, des branleurs au chômage, ceux de notre dame des Landes, de leurs façons de consommer le monde avec voracité, parce qu'on est pas cerné par les gourmets. Une bonne bande de débiles quand même que ceux qui pensent avoir le monde dans leurs poches, à côté d'un jeton de caddie et des tickets de CB froissés.
Il ajoute, tout se délite, tout ce qui n'est pas en marche est considéré comme un problème.
On est bien là, entre personne à l'arrêt, fièrs d'être des problèmes. On entre pas dans le grand projet qui ramène tout à la variet, aux loisirs, au fun.
On est bien entre loser aux dents molles, aux poches trouées... On embrasse le vide et il nous rend notre baiser.
La vie que je préfère, c'est celle qui ne sert à rien.
Et j'ajoute : qui ruminent. Il a pas pu me contredire et j'ai pas pu m'en empêcher.
Je lui ai parlé des retombées merveilleuses de choix hasardeux. Quelle est la part de chance, la part d'instinct. Je lui raconte une anecdote qui commence comme toutes les autres :
Dans un bar une femme a demandé au mec en face d'elle : Tu flippes ?
Il a répondu : bien sûr que je flippe.
C'est pas grand chose au fond, mais ça rassure, il était dans mon angle mort, j'ai tourné la tête pour voir la sienne.
Ce sont ceux qui ne flippent pas qui m'angoissent. Les ingénieurs en plasturgie propriétaires à 25 ans qui conduisent des voitures de parvenus comme des tarés. Qui ne savent qu'avancer. Dans les stan smith de tout le monde, des tee shirt Jack & Jones de tout le monde. Ils se prennent pour des loups alors qu'ils sont au mieux des petites hyènes nerveuses. Ceux qui vont à la salle pour le concours de bite, qui parlent de taux d'intérêt, du prix de l'essence, des branleurs au chômage, ceux de notre dame des Landes, de leurs façons de consommer le monde avec voracité, parce qu'on est pas cerné par les gourmets. Une bonne bande de débiles quand même que ceux qui pensent avoir le monde dans leurs poches, à côté d'un jeton de caddie et des tickets de CB froissés.
Il ajoute, tout se délite, tout ce qui n'est pas en marche est considéré comme un problème.
On est bien là, entre personne à l'arrêt, fièrs d'être des problèmes. On entre pas dans le grand projet qui ramène tout à la variet, aux loisirs, au fun.
On est bien entre loser aux dents molles, aux poches trouées... On embrasse le vide et il nous rend notre baiser.
La vie que je préfère, c'est celle qui ne sert à rien.
vendredi 25 octobre 2019
L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine
On parle à tort et à travers
On marche dans les pas des fantômes
Parfois dans nos propres pas
On veut pas avouer qu'on piétine mais c'est le mot
On a peur de notre ombre
On défie ce reflet dans le miroir, on lui fait baisser les yeux
On ravale des larmes qui sont autant de vagues qui nous ébranlent
On se caresse la tête nonchalamment
Qui d'autre pour le faire
On essaie de se faire comprendre
On baragouine principalement
On se dit des gentillesses, tu es belle, tu sens bon, tu as bonne mine, je t'aime, je suis heureuse quand je te vois
On recule pour mieux sauter au risque de se prendre les pieds dans le tapis
On s'alcoolise
On chante fort et faux
On crucifie Céline Dion sur l'autel de nos excès mal maîtrisés
On se manque trop
On se le dit peu
On ose pas reconnaître qu'on est rien les uns sans les autres
Ça suinte, pas besoin de parler, ça nous sort par les pores
L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine
À travers la porte de la chambre 412 je décline l'offre de la femme de chambre de changer mes serviettes
J'accuse le coup avec ma gueule de bois à ridiculiser Pinocchio
On est peu de chose
On s'en cache pas
On fait les malins
On a appris à bien ficeler nos sketchs
Le buffet du petit déjeuner propose des produits de basse qualité, notamment un café ultra dilué, real american coffee, voilà le programme
Véritable pisse d'âne pour amateur d'eau parfumée
On fait avec
On a pas le choix
On sert du café américain à des français blasés et des viennoiseries décongelées à des américains conquis
On s'enroule dans des draps qui sentent le propre, dans une chambre qui sent le vieux
La fenêtre ouverte sur les commérages des derniers oiseaux, sur le ronronnement lointain des premières voitures
On regarde dans le miroir en pied ce corps qu'on ne ménage pas
On se dit les trucs sympas des jours "avec"
Franchement ça passe, t'inquiète pas
On a repris du poil de la bête
Tu gères, c'est bon, n'en doute pas
On prend un bain, casque qui braille à burne dans les oreilles
On chante par dessus les voix, par dessus les toits, par dessus le marché et ses lois
On touche la peau douloureuse
On a envie de se jurer que c'est la dernière fois
Se le promettre pour la centième fois
On se fait belle pour aller voir des yeux se plisser sur nos conneries
Rire, faire rire
L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine
Je t'aime, je suis heureuse quand je te vois
On marche dans les pas des fantômes
Parfois dans nos propres pas
On veut pas avouer qu'on piétine mais c'est le mot
On a peur de notre ombre
On défie ce reflet dans le miroir, on lui fait baisser les yeux
On ravale des larmes qui sont autant de vagues qui nous ébranlent
On se caresse la tête nonchalamment
Qui d'autre pour le faire
On essaie de se faire comprendre
On baragouine principalement
On se dit des gentillesses, tu es belle, tu sens bon, tu as bonne mine, je t'aime, je suis heureuse quand je te vois
On recule pour mieux sauter au risque de se prendre les pieds dans le tapis
On s'alcoolise
On chante fort et faux
On crucifie Céline Dion sur l'autel de nos excès mal maîtrisés
On se manque trop
On se le dit peu
On ose pas reconnaître qu'on est rien les uns sans les autres
Ça suinte, pas besoin de parler, ça nous sort par les pores
L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine
À travers la porte de la chambre 412 je décline l'offre de la femme de chambre de changer mes serviettes
J'accuse le coup avec ma gueule de bois à ridiculiser Pinocchio
On est peu de chose
On s'en cache pas
On fait les malins
On a appris à bien ficeler nos sketchs
Le buffet du petit déjeuner propose des produits de basse qualité, notamment un café ultra dilué, real american coffee, voilà le programme
Véritable pisse d'âne pour amateur d'eau parfumée
On fait avec
On a pas le choix
On sert du café américain à des français blasés et des viennoiseries décongelées à des américains conquis
On s'enroule dans des draps qui sentent le propre, dans une chambre qui sent le vieux
La fenêtre ouverte sur les commérages des derniers oiseaux, sur le ronronnement lointain des premières voitures
On regarde dans le miroir en pied ce corps qu'on ne ménage pas
On se dit les trucs sympas des jours "avec"
Franchement ça passe, t'inquiète pas
On a repris du poil de la bête
Tu gères, c'est bon, n'en doute pas
On prend un bain, casque qui braille à burne dans les oreilles
On chante par dessus les voix, par dessus les toits, par dessus le marché et ses lois
On touche la peau douloureuse
On a envie de se jurer que c'est la dernière fois
Se le promettre pour la centième fois
On se fait belle pour aller voir des yeux se plisser sur nos conneries
Rire, faire rire
L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine
Je t'aime, je suis heureuse quand je te vois
mercredi 23 octobre 2019
Automne pleine tête
Les portables à clapet
La reconnaissance faciale
L'argent par les fenêtres
Le discernement brouillé
L'essentiel à redéfinir
Le ventre trop chaud qui parle dans le vide
La laine mohair
La laine de verre
L'haleine de chacal
Les bottes de sept lieues
La voie du milieu
La vieille chatte sénile qui répond à l'autre prénom
La barre de sourcils
Le bord des larmes
Les fou rires nerveux
Tarik, Nabil et les neuroleptiques
Serrer le plus fort possible
Les dents, les bras, l'amour, les chats
La limite de l'étouffement
Serrer ses mains vides, l'une contre l'autre
Flaque de sueur, de terreur
Changer les draps souillés de peur
Cheveux collés , yeux collés , neurones collés comme des vieilles nouilles collées
La course folle pour sauter dans le TGV
Sourire sans les yeux
Pleurer sans les lèvres
Juste les yeux, la bouche elle vit sa vie
Elle dit ça va t'inquiète
Bien sûr que ça va lol
La frustration soluble dans les kinder country
Les jeans qui craquent à l'entre jambe
L'elasthane actrice majeure de l'obsolescence programmée
La méthode scientifique
Le renouvellement du vocabulaire
La putain de finitude
La philosophie du premier venu
La différence entre attendre et redouter
La date limite de consommation
Rentrer dans une voiture avec de la caillasse, en sortir avec une caillasse
Faire du hors piste dans la poudreuse
La raison qui se cabre
Le mors aux dents
La mort, la mort, la mort de ses morts
La condamnation comme condition humaine
L'envie de sécher les cours
Spéculer sur le retard des profs
Si elle est pas là à et quart, je m'en fous, je me casse
Les sanglots longs des violons de l'automne remplacés par une noyade sèche sur fond de cloud rap
Le souci du sursis
Préoccupations sévères
cerveau saturé
Stylo sclerosé
La reconnaissance faciale
L'argent par les fenêtres
Le discernement brouillé
L'essentiel à redéfinir
Le ventre trop chaud qui parle dans le vide
La laine mohair
La laine de verre
L'haleine de chacal
Les bottes de sept lieues
La voie du milieu
La vieille chatte sénile qui répond à l'autre prénom
La barre de sourcils
Le bord des larmes
Les fou rires nerveux
Tarik, Nabil et les neuroleptiques
Serrer le plus fort possible
Les dents, les bras, l'amour, les chats
La limite de l'étouffement
Serrer ses mains vides, l'une contre l'autre
Flaque de sueur, de terreur
Changer les draps souillés de peur
Cheveux collés , yeux collés , neurones collés comme des vieilles nouilles collées
La course folle pour sauter dans le TGV
Sourire sans les yeux
Pleurer sans les lèvres
Juste les yeux, la bouche elle vit sa vie
Elle dit ça va t'inquiète
Bien sûr que ça va lol
La frustration soluble dans les kinder country
Les jeans qui craquent à l'entre jambe
L'elasthane actrice majeure de l'obsolescence programmée
La méthode scientifique
Le renouvellement du vocabulaire
La putain de finitude
La philosophie du premier venu
La différence entre attendre et redouter
La date limite de consommation
Rentrer dans une voiture avec de la caillasse, en sortir avec une caillasse
Faire du hors piste dans la poudreuse
La raison qui se cabre
Le mors aux dents
La mort, la mort, la mort de ses morts
La condamnation comme condition humaine
L'envie de sécher les cours
Spéculer sur le retard des profs
Si elle est pas là à et quart, je m'en fous, je me casse
Les sanglots longs des violons de l'automne remplacés par une noyade sèche sur fond de cloud rap
Le souci du sursis
Préoccupations sévères
cerveau saturé
Stylo sclerosé
vendredi 20 septembre 2019
Été 2019
J'ai investi tout mon corps dans cet été. Il a dansé, couru, nagé, marché, baisé, je me la suis bien collée.
J'ai pris l'eau, le soleil, j'ai pris des couleurs.
J'ai pris des décisions et des dispositions. J'ai eu 12 ans, j'ai eu 7 ans, j'ai eu 27 ans et un jour, j'ai eu 75 ans.
Mon corps a suivi le mouvement, il a plus que jamais existé. Un bel été, physique et puissant. J'ai abandonné l'exigence et j'ai laissé libre cours à un bordel joyeux.
C'est pas mal le bordel quand ce n'est pas du chaos. La déglingue sans la dépravation.
Il y a eu des jours où la tristesse me sortait complètement de ce corps que j'ai redécouvert. Ça t'explose en pleine tête ce truc. Tu ressens un intense chagrin, tu passes la journée comme ça, avec les larmes toutes prêtes à surgir en sanglots. Tu te caches derrière un livre et c'est lui qui te lit. Et tu finis par sourire, consolée par le chahut, l'agitation des autres qui te gagne. Le joyeux bordel.
Le lendemain, j'ai de l'esprit, je ris, je suis d'une compagnie charmante alors je suis contente d'avoir survécu aux tourments de la veille et je réintègre mon corps. Je fais la mariole, je peux pas m'en empêcher. Je sais pas pourquoi je vis tour à tour dans une cellule austère et dans une kermesse complètement folle.
J'habite chaque cellule avec une grande conscience et je cesse d'être un concept offert à l'interprétation. Indéfinie, sans contours, flottant dans une carcasse trop vaste que je n'arrive pas à investir vraiment.
Hier, comme ça, je me suis vue marcher à côté de moi, j'ai eu un large sourire, j'ai écouté ma respiration calme à travers un podcast à la con sur Alexandre Benalla. J'ai ralenti le pas, comme pour m'attendre, pour me manifester un peu de sympathie. Regarder s'épouser deux polarités.
J'ai renoncé à mon fantasme d'androgynie, mes vœux d'anorexie, de taille droite, et de silhouette fluette. Longtemps je me suis trouvée féminine jusqu'au dégoût. Les seins lourds, les hanches, la taille, l'enfer... J'avais en horreur la chaleur qui mettait tout ce bordel à nu.
Il faut croire que j'ai baissé la garde, parce que cet été 2019, j'ai roulé du cul comme jamais. C'était bien.
J'ai pris l'eau, le soleil, j'ai pris des couleurs.
J'ai pris des décisions et des dispositions. J'ai eu 12 ans, j'ai eu 7 ans, j'ai eu 27 ans et un jour, j'ai eu 75 ans.
Mon corps a suivi le mouvement, il a plus que jamais existé. Un bel été, physique et puissant. J'ai abandonné l'exigence et j'ai laissé libre cours à un bordel joyeux.
C'est pas mal le bordel quand ce n'est pas du chaos. La déglingue sans la dépravation.
Il y a eu des jours où la tristesse me sortait complètement de ce corps que j'ai redécouvert. Ça t'explose en pleine tête ce truc. Tu ressens un intense chagrin, tu passes la journée comme ça, avec les larmes toutes prêtes à surgir en sanglots. Tu te caches derrière un livre et c'est lui qui te lit. Et tu finis par sourire, consolée par le chahut, l'agitation des autres qui te gagne. Le joyeux bordel.
Le lendemain, j'ai de l'esprit, je ris, je suis d'une compagnie charmante alors je suis contente d'avoir survécu aux tourments de la veille et je réintègre mon corps. Je fais la mariole, je peux pas m'en empêcher. Je sais pas pourquoi je vis tour à tour dans une cellule austère et dans une kermesse complètement folle.
J'habite chaque cellule avec une grande conscience et je cesse d'être un concept offert à l'interprétation. Indéfinie, sans contours, flottant dans une carcasse trop vaste que je n'arrive pas à investir vraiment.
Hier, comme ça, je me suis vue marcher à côté de moi, j'ai eu un large sourire, j'ai écouté ma respiration calme à travers un podcast à la con sur Alexandre Benalla. J'ai ralenti le pas, comme pour m'attendre, pour me manifester un peu de sympathie. Regarder s'épouser deux polarités.
J'ai renoncé à mon fantasme d'androgynie, mes vœux d'anorexie, de taille droite, et de silhouette fluette. Longtemps je me suis trouvée féminine jusqu'au dégoût. Les seins lourds, les hanches, la taille, l'enfer... J'avais en horreur la chaleur qui mettait tout ce bordel à nu.
Il faut croire que j'ai baissé la garde, parce que cet été 2019, j'ai roulé du cul comme jamais. C'était bien.
jeudi 22 août 2019
Serre fort
Je ne veux pas regarder le nuage noir au dessus de ma tête. Il est composé d'un agglomérat de petits soucis qui, mis bout à bout, finissent par prendre toute la place dans mon ciel.
Je veux qu'on me rende ce soleil là caché sous la tâche noire. Je ne sais plus parler. Je veux être serrée si fort qu'on puisse entendre mes os craquer. Que mon souffle soit coupé par l'étreinte. Je veux qu'on me dise, putain, arrête ton char, ça prend plus tes conneries. Un filet d'air qui s'échappe de mes bronches, serre, serre.
Je veux que ta main me brûle, je veux en garder la marque, pouvoir la regarder et me sentir importante à mes yeux.
Serre encore, fais nous mal.
Je ne veux plus de soupirs, d'exaspérations, de claquements de langue contre le palais, d'agacements, de ride du lion froncée sur moi.
Je préfère me cacher dans un lit qui serait mon vaisseau, mon tombeau, mon bâteau. Je veux retrouver mes mots.
Je ne veux plus me sentir embarrassée par mon corps. Je le regarde gagner en puissance, je sens les muscles gainés, le coeur plus calme, le sang fouetté. Et puis je me sens évidée, détourée grossièrement d'un décor vibrant.
Je veux sortir du sommeil lourd que j'ai attrapé comme une gale. L'envie de dormir qui démange, à la fois refuge et subterfuge. Sortir d'une série de baillements qui ne se termine jamais, la mâchoire décrochée, une larme au coin extérieur de l'oeil. Dormir pour ne rien expliquer, ne rien avoir à raconter, ne prendre aucun risque sinon celui du cauchemar.
Je veux qu'on me cherche
Je veux qu'on m'évite
Je veux qu'on me considère et qu'on me laisse tranquille
Je veux qu'on m'oublie
Je veux qu'on me dise : viens
Je veux qu'on me dise : tiens
Qu'on me dise rien ”
FIGOLU
TW figoluphobie //
Quand j'étais gamine je mangeais des figolu et des gerblé au sésame parce que ça me donnait l'impression d'être une fille de prof. Les figolu étaient comme les artistes france inter de l'époque et moi, je voulais être une enfant télérama. Nous, on mangeait des tartines beurre / nesquick, du saucisson ou des frosties dans du jus de pommes…
Avec mes deniers personnels je me payais des figolu pour m'inventer une vie. Et quand on parlait de biscuits ou quoi, je disais j'adoooore les figolu. Alors que ce que j'adorais c'était n'importe quoi sur une bonne base de beurre et toutes les déviances possible classées dans la rubrique tête de mort et artères bouchées sur mangerbouger.com
Mise au point : C'est pas bon les figolu, c'est prétentieux, c'est chiant, c'est limite de droite. Je suis sûre que tous les enfants télérama rêvaient de tartines beurre / nesquick pendant que moi j'avais envie d'avoir l'air de me faire chier dans la vie…
PS : en plus ils avaient Télérama mais pas de télé, miskina
dimanche 14 juillet 2019
14 juillet
Le 14 juillet c'est l'anniversaire de ma grand-mère, Marie-Antoinette. Enfant, je pensais que les feux d'artifice lui étaient destinés. Quand je n'étais pas avec elle ce jour là je lui racontais au téléphone, on était à ton anniversaire c'était super.
Il y a une vingtaine d'années elle a emménagé à Martigues dans un appartement au 6ème étage avec une vue sur l'étang de Berre. Pour le 14 juillet, depuis son balcon on voit tous les feux d'artifice les uns à la suite des autres, parfois en même temps. Marignane, Istres etc... Toutes les villes autour de l'étang qui envoient la sauce.
Je me rappelle d'être sur le balcon et de regarder son visage, les couleurs qui explosent sur son sourire et dans ses yeux. Je suis sûre qu'elle se raconte que c'est pour elle quand même.
Aujourd'hui je l'ai appelée pour lui souhaiter un bon anniversaire et elle m'a dit comme chaque année : tu te rappelles quand t'étais petite ?
Je lui ai dit oui, je me rappelle. Mais parfois, elle me demande si je me rappelle des trucs et je dis non même si j'oublie jamais rien et que c'est mon drame. Je dis non pour qu'elle me raconte encore et encore avec sa voix qui sourit. Et je fais un peu semblant, ah oui, ça me revient.
Là j'ai dit oui, je me rappelle, il y a toujours un très beau ciel pour ton anniversaire et je pense tout le temps que c'est pour toi. Les feux d' artifice me font un peu peur, je peux pas être trop près, je le regarderai ce soir depuis la fenêtre de notre chambre, je rassurerai les chattes qui vont croire que c'est la guerre, je penserai au balcon de ma grand-mère et à la vue imprenable qu'il offre sur son sourire de petite fille.
Bien sûr que je me rappelle.
Il y a une vingtaine d'années elle a emménagé à Martigues dans un appartement au 6ème étage avec une vue sur l'étang de Berre. Pour le 14 juillet, depuis son balcon on voit tous les feux d'artifice les uns à la suite des autres, parfois en même temps. Marignane, Istres etc... Toutes les villes autour de l'étang qui envoient la sauce.
Je me rappelle d'être sur le balcon et de regarder son visage, les couleurs qui explosent sur son sourire et dans ses yeux. Je suis sûre qu'elle se raconte que c'est pour elle quand même.
Aujourd'hui je l'ai appelée pour lui souhaiter un bon anniversaire et elle m'a dit comme chaque année : tu te rappelles quand t'étais petite ?
Je lui ai dit oui, je me rappelle. Mais parfois, elle me demande si je me rappelle des trucs et je dis non même si j'oublie jamais rien et que c'est mon drame. Je dis non pour qu'elle me raconte encore et encore avec sa voix qui sourit. Et je fais un peu semblant, ah oui, ça me revient.
Là j'ai dit oui, je me rappelle, il y a toujours un très beau ciel pour ton anniversaire et je pense tout le temps que c'est pour toi. Les feux d' artifice me font un peu peur, je peux pas être trop près, je le regarderai ce soir depuis la fenêtre de notre chambre, je rassurerai les chattes qui vont croire que c'est la guerre, je penserai au balcon de ma grand-mère et à la vue imprenable qu'il offre sur son sourire de petite fille.
Bien sûr que je me rappelle.
mardi 9 juillet 2019
L'amorce d'une danse
L'amorce d'une danse //
J'étais arrêtée la semaine passée. On a pris cette décision avec ma généraliste parce que j'avais une pharyngite carabinée, des céphalées qui me donnaient l'impression qu'on essayait de me clouer les yeux, le tout sur fond de dépression. Peut-être que je devrais dire déprime plutôt que dépression. Un psychiatre que j'ai vu il y a bien des années m'a dit que la différence entre la depression et la déprime réside dans notre capacité à faire preuve de second degré. Quand on parvient à être ironique, à garder du recul sur la situation ça reste gérable et on peut bricoler plus ou moins seule sans donner l'alerte.
On le sent quand c'est la dépression, plus de couleurs, plus d'envie, on raisonne en niveau de gris, on attend les secours et la couverture de survie alors qu'on les a pas appelé.
Là c'est pas ça.
Il y a des moments comme ça, j'accumule une grande fatigue sociale. J'ai vu trop de monde, fait trop d'effort, j'ai fait trop de choses même si ça n'a l'air de rien C'était bien, aucun regret, mais j'ai brûlé ma jauge d'interactions sociales et je sais que tout va rentrer dans l'ordre après une période de réclusion organisée autour de l'écriture, de la lecture et de la sieste.
On a parlé rapidement hier avec E et O de la somatisation des maux qui résultent de nos états psychiques. Je pense savoir très précisément ce qui psychiquement m'a amenée à perdre mon souffle, à rendre la prononciation de chaque mot douloureuse. Je vois très précisément à qui j'ai eu envie d'hurler mon mode d'emploi à la gueule en demandant du respect. Je ne l'ai pas fait, préférant me rendre malade. J'ai pensé et repensé à ce que j'aurais pu dire pour m'éviter ça mais je ne trouve rien qui puisse s'exprimer calmement. Rien d'assez propre et j'en ai marre de faire du sale. Ce que je remarque aujourd'hui après avoir retrouvé mon souffle et mon calme, c'est un grand sentiment d'espoir. Après des jours et des jours à ruminer sur l'air de qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça, j'ai ma réponse : rien.
Et aussi, les relations devraient être détachées de toute notion de mérite. On s'en fout, c'est bon, on est pas Sarkozyste.
Je me sens heureuse de l'amour propre que j'ai découvert sous les décombres de mon ego, en fait rien n'était définitivement brisé et j'ai pu restaurer un socle stable.
Je dis restaurer m'alors que j'ai du l'inventer de toutes pièces mais laissons ce petit mensonge me faire du bien.
Je me sens prête à couper court aux derniers élans d'amour sale. Je piétine les dernières braises. Mon pas n'est pas teigneux mais léger comme l'amorce d'une danse. Je vais mieux.
Longtemps j'ai cherché de la compagnie, maintenant je cherche aussi du respect.
Pour soutenir mon activité :
https://fr.tipeee.com/zed-zonk-fanzine/news
J'étais arrêtée la semaine passée. On a pris cette décision avec ma généraliste parce que j'avais une pharyngite carabinée, des céphalées qui me donnaient l'impression qu'on essayait de me clouer les yeux, le tout sur fond de dépression. Peut-être que je devrais dire déprime plutôt que dépression. Un psychiatre que j'ai vu il y a bien des années m'a dit que la différence entre la depression et la déprime réside dans notre capacité à faire preuve de second degré. Quand on parvient à être ironique, à garder du recul sur la situation ça reste gérable et on peut bricoler plus ou moins seule sans donner l'alerte.
On le sent quand c'est la dépression, plus de couleurs, plus d'envie, on raisonne en niveau de gris, on attend les secours et la couverture de survie alors qu'on les a pas appelé.
Là c'est pas ça.
Il y a des moments comme ça, j'accumule une grande fatigue sociale. J'ai vu trop de monde, fait trop d'effort, j'ai fait trop de choses même si ça n'a l'air de rien C'était bien, aucun regret, mais j'ai brûlé ma jauge d'interactions sociales et je sais que tout va rentrer dans l'ordre après une période de réclusion organisée autour de l'écriture, de la lecture et de la sieste.
On a parlé rapidement hier avec E et O de la somatisation des maux qui résultent de nos états psychiques. Je pense savoir très précisément ce qui psychiquement m'a amenée à perdre mon souffle, à rendre la prononciation de chaque mot douloureuse. Je vois très précisément à qui j'ai eu envie d'hurler mon mode d'emploi à la gueule en demandant du respect. Je ne l'ai pas fait, préférant me rendre malade. J'ai pensé et repensé à ce que j'aurais pu dire pour m'éviter ça mais je ne trouve rien qui puisse s'exprimer calmement. Rien d'assez propre et j'en ai marre de faire du sale. Ce que je remarque aujourd'hui après avoir retrouvé mon souffle et mon calme, c'est un grand sentiment d'espoir. Après des jours et des jours à ruminer sur l'air de qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça, j'ai ma réponse : rien.
Et aussi, les relations devraient être détachées de toute notion de mérite. On s'en fout, c'est bon, on est pas Sarkozyste.
Je me sens heureuse de l'amour propre que j'ai découvert sous les décombres de mon ego, en fait rien n'était définitivement brisé et j'ai pu restaurer un socle stable.
Je dis restaurer m'alors que j'ai du l'inventer de toutes pièces mais laissons ce petit mensonge me faire du bien.
Je me sens prête à couper court aux derniers élans d'amour sale. Je piétine les dernières braises. Mon pas n'est pas teigneux mais léger comme l'amorce d'une danse. Je vais mieux.
Longtemps j'ai cherché de la compagnie, maintenant je cherche aussi du respect.
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jeudi 4 juillet 2019
Le mutant
On passe devant un bâtiment du genre ancien lidl réhabilité en église évangéliste qui me fait une forte impression. Je le dis et je pense que ça pouvait aussi être le mutant. C'était même plus du hard discount le mutant, on pouvait remplir un plein caddie pour 100 francs, c'était leur meilleur argument publicitaire. Il y en avait en Haute-Saône dans le temps et on y allait quand on vivait à Gray même si on a toujours été team lidl. Je me rappelle des allumettes du mutant qui traînait sur la table de la cuisine. Une boîte bleue classique avec écrit LE MUTANT en jaune, le dessin d'une flamme et l'indication 240 allumettes. Avec ça t'as le temps de voir venir.
Il me laisse devant la gare, sort du camion pour me serrer, je lui dis que je l'aime il me dit que lui aussi. J'ai un pincement au cœur, toujours le même.
Un homme debout devant la porte d'entrée me prévient que le train pour Mulhouse accuse un retard de 2h. C'est énorme.
Je passe une heure à la terrasse d'un troquet et la suivante devant la gare, au soleil, et puis auprès de l'employée à essayer de mettre mon voyage en règle pour la suite.
Au bar, j'écris longuement, je profite du temps qui m'est offert. Ça servirait à rien de péter un câble. Je pense à l'amitié qui reste toujours le sujet de préoccupation numéro un en ce moment. À égalité avec ma santé mentale qui s'étiole.
Quand je retourne dans la gare pour voir mon billet avec la nana, elle fait un carnage, annule mon voyage, me donne d'autres billets qui n'ont rien à voir avec ce que je lui ai demandé. Elle me demande 1,70 pour régulariser le tout. Là c'est à peine trop, je refuse et lui explique que je verrai à bord avec le contrôleur. Même 1 pauvre euros 70 ça me paraît trop cher payé pour le temps que je viens de perdre. Faut pas déconner.
Elle est sympa, beau sourire, c'est chiant. Je voudrais qu'elle soit conne et obtuse pour passer mes nerfs. J'en tire aucune fierté, non, mais c'est vraiment chiant de sourire à quelqu'un qui comprend rien, qui me donne envie d'hurler.
J'ai envie de retrouver mon amour, ma santé, mon souffle. Ça fait une semaine que je respire dans une paille. Le pire est passé. Le pire c'était cette sensation d'avoir du verre pilé coincé dans la gorge associée à la sensation de lourdeur derrière les yeux, le cerveau congestionné.
Il me laisse devant la gare, sort du camion pour me serrer, je lui dis que je l'aime il me dit que lui aussi. J'ai un pincement au cœur, toujours le même.
Un homme debout devant la porte d'entrée me prévient que le train pour Mulhouse accuse un retard de 2h. C'est énorme.
Je passe une heure à la terrasse d'un troquet et la suivante devant la gare, au soleil, et puis auprès de l'employée à essayer de mettre mon voyage en règle pour la suite.
Au bar, j'écris longuement, je profite du temps qui m'est offert. Ça servirait à rien de péter un câble. Je pense à l'amitié qui reste toujours le sujet de préoccupation numéro un en ce moment. À égalité avec ma santé mentale qui s'étiole.
Quand je retourne dans la gare pour voir mon billet avec la nana, elle fait un carnage, annule mon voyage, me donne d'autres billets qui n'ont rien à voir avec ce que je lui ai demandé. Elle me demande 1,70 pour régulariser le tout. Là c'est à peine trop, je refuse et lui explique que je verrai à bord avec le contrôleur. Même 1 pauvre euros 70 ça me paraît trop cher payé pour le temps que je viens de perdre. Faut pas déconner.
Elle est sympa, beau sourire, c'est chiant. Je voudrais qu'elle soit conne et obtuse pour passer mes nerfs. J'en tire aucune fierté, non, mais c'est vraiment chiant de sourire à quelqu'un qui comprend rien, qui me donne envie d'hurler.
J'ai envie de retrouver mon amour, ma santé, mon souffle. Ça fait une semaine que je respire dans une paille. Le pire est passé. Le pire c'était cette sensation d'avoir du verre pilé coincé dans la gorge associée à la sensation de lourdeur derrière les yeux, le cerveau congestionné.
jeudi 27 juin 2019
2003, histoire de canicule
2003 // en avant les histoires
Sur twitter des gens se souviennent de ce qu'ils faisaient l'été 2003 pendant que nos vieux crevaient, qu'il faisait une chaleur que nous semblions découvrir. À l'été 2003, je faisais des aller retour entre Dijon et Montbéliard pour des consultations de 15 min avec un lacanien qui ne desserrait pas les dents. J'avais 21 ans et je menais une vie dissolue en appelant ça la fête. Ma vie comme ma personnalité étaient solubles dans l'alcool. La fête n'était que du bruit. Assez de bruit pour couvrir les voix, surtout celles qui me veulent du bien.
J'allais me marier à Londres, on m'a confisqué mon époux à un mètre de l'autel. J'ai failli m'appeler Ammour. Un agent de l'immigration a parlé si près de mon visage qu'il m'a craché dessus. J'avais peur et ça s'est traduit par un rire acide. Un rire de folle que je n'avais pas encore entendu. Mes jambes m'ont lâchée sur le trottoir devant la mairie de Westminster. J'étais seule avec un bouquet rond et un smoking blanc. On est revenu me chercher plus tard. J'ai eu un fou rire de plusieurs jours. J'avais perdu une roue.
Après ça, tout est parti en vrille. Marseille, Londres, Besançon, Paris et enfin la ZUP de Montbé où je regardais depuis la fenêtre du premier des mecs monter une voiture à partir de trois épaves en vidant des canettes d'oasis.
Marie Trintignant est morte sous les coups de son compagnon. On disait comme ça à la télévision. Les coups de son compagnon.
Il faisait 35, il faisait 37. Elle etait toujours morte, rien n'avait de sens. Je ne me souviens d'aucune musique. Je n'écoutais que ma vérité débile. J'allais de postures en impostures en pensant mon existence sulfureuse.
J'avais 21 ans comme on en a 15.
Mes premières vendanges à ramper dans le beaujolais pour gagner le prix d'un billet de train. C'était l'été des string ficelle, impossible de trouver une culotte digne de ce nom. C'était aussi, toujours, l'été des ecsta. Le quick de Sochaux et le déguisement trop grand de meuf du quick. Un coup de sang, traversée de la ZUP en casquette et jupe en jean taillée à la serpe. Le menu ou juste le sandwich ? J'ai tenu deux jours. J'avais la culture macdo, je parlais de menu best of, on me regardait avec des yeux comme des donuts. Mon sang a tourné. J'ai pas rendu la jupe, j'ai pas récupéré mes thunes.
L'été du chien souffrant, du train corail, des médicaments contre les effets de la maladie de Parkinson, les spéculations de circonstances sur les dispositifs de climatisation, les coups du compagnon, mes vêtements de pilier de boîte de province, ma nuque longue, ma frange playmobil, en avant les histoires...
Sur twitter des gens se souviennent de ce qu'ils faisaient l'été 2003 pendant que nos vieux crevaient, qu'il faisait une chaleur que nous semblions découvrir. À l'été 2003, je faisais des aller retour entre Dijon et Montbéliard pour des consultations de 15 min avec un lacanien qui ne desserrait pas les dents. J'avais 21 ans et je menais une vie dissolue en appelant ça la fête. Ma vie comme ma personnalité étaient solubles dans l'alcool. La fête n'était que du bruit. Assez de bruit pour couvrir les voix, surtout celles qui me veulent du bien.
J'allais me marier à Londres, on m'a confisqué mon époux à un mètre de l'autel. J'ai failli m'appeler Ammour. Un agent de l'immigration a parlé si près de mon visage qu'il m'a craché dessus. J'avais peur et ça s'est traduit par un rire acide. Un rire de folle que je n'avais pas encore entendu. Mes jambes m'ont lâchée sur le trottoir devant la mairie de Westminster. J'étais seule avec un bouquet rond et un smoking blanc. On est revenu me chercher plus tard. J'ai eu un fou rire de plusieurs jours. J'avais perdu une roue.
Après ça, tout est parti en vrille. Marseille, Londres, Besançon, Paris et enfin la ZUP de Montbé où je regardais depuis la fenêtre du premier des mecs monter une voiture à partir de trois épaves en vidant des canettes d'oasis.
Marie Trintignant est morte sous les coups de son compagnon. On disait comme ça à la télévision. Les coups de son compagnon.
Il faisait 35, il faisait 37. Elle etait toujours morte, rien n'avait de sens. Je ne me souviens d'aucune musique. Je n'écoutais que ma vérité débile. J'allais de postures en impostures en pensant mon existence sulfureuse.
J'avais 21 ans comme on en a 15.
Mes premières vendanges à ramper dans le beaujolais pour gagner le prix d'un billet de train. C'était l'été des string ficelle, impossible de trouver une culotte digne de ce nom. C'était aussi, toujours, l'été des ecsta. Le quick de Sochaux et le déguisement trop grand de meuf du quick. Un coup de sang, traversée de la ZUP en casquette et jupe en jean taillée à la serpe. Le menu ou juste le sandwich ? J'ai tenu deux jours. J'avais la culture macdo, je parlais de menu best of, on me regardait avec des yeux comme des donuts. Mon sang a tourné. J'ai pas rendu la jupe, j'ai pas récupéré mes thunes.
L'été du chien souffrant, du train corail, des médicaments contre les effets de la maladie de Parkinson, les spéculations de circonstances sur les dispositifs de climatisation, les coups du compagnon, mes vêtements de pilier de boîte de province, ma nuque longue, ma frange playmobil, en avant les histoires...
BHL edenté
" Le mec demande si le briquet qu'il vient de trouver par terre est à moi. Quand je lui réponds non de la tête avec un sourire qui veut bien dire que je suis pas plus partante que ça pour une discussion de quai de gare il dit : Alors il est à moi, comportons-nous comme en temps de guerre.
Ouais, si tu veux, vis ta vie.
Un mec genre Béhachelle édenté qui vit sur de beaux restes une vieillesse apparemment pénible. Tout en lui transpire le "c'était mieux avant".
Ce que je pressentais arrive : Il me parle. Malgré une attitude plus-détachée-tu-meurs, je suis prise au piège du vieux beau auquel je laisse trois minutes le bénéfice du doute.
Je pige en deux secondes qu'il me parle pour s'écouter alors je reste dans le registre hochement de tête et sourire à la con en buvant ma canette d'Heineken.
Il en vient à vigipirate après des détours grossiers et évoque sans honte les gens normaux : Lui, moi, nous, pris en otage par les minorités.
Là je m'entends lui rire à la gueule. Le gars ne sent pas le mépris, il est en boucle sur Munich 72, la pornographie qui nous agresse et la guerre civile qui se prépare.
-Vous savez Mademoiselle, à la rigueur, ce qu'on devrait faire avec ces minorités, c'est les foutre dans un c(h)amp et les laisser s'entre tuer.
-Vous savez Monsieur, le problème, c'est qu'on va galérer à trouver un champ assez vaste pour y mettre tous les connards dans votre genre qui ne seront bientôt même plus une minorité."
Ouais, si tu veux, vis ta vie.
Un mec genre Béhachelle édenté qui vit sur de beaux restes une vieillesse apparemment pénible. Tout en lui transpire le "c'était mieux avant".
Ce que je pressentais arrive : Il me parle. Malgré une attitude plus-détachée-tu-meurs, je suis prise au piège du vieux beau auquel je laisse trois minutes le bénéfice du doute.
Je pige en deux secondes qu'il me parle pour s'écouter alors je reste dans le registre hochement de tête et sourire à la con en buvant ma canette d'Heineken.
Il en vient à vigipirate après des détours grossiers et évoque sans honte les gens normaux : Lui, moi, nous, pris en otage par les minorités.
Là je m'entends lui rire à la gueule. Le gars ne sent pas le mépris, il est en boucle sur Munich 72, la pornographie qui nous agresse et la guerre civile qui se prépare.
-Vous savez Mademoiselle, à la rigueur, ce qu'on devrait faire avec ces minorités, c'est les foutre dans un c(h)amp et les laisser s'entre tuer.
-Vous savez Monsieur, le problème, c'est qu'on va galérer à trouver un champ assez vaste pour y mettre tous les connards dans votre genre qui ne seront bientôt même plus une minorité."
samedi 22 juin 2019
Bien charpentée
Chaque matin je suis au bord des larmes devant une vérité que je suis seule à voir. Le temps me défigure même s'il consolide ma charpente psychique. Tout à coup ça se pète la gueule. C'est un effondrement lent qui commence par des éclats, de l'agressivité adressée à mon petit monde avant d'être retournée contre moi. Comme si je construisais minutieusement des raisons de me détester. Je me laisse tomber, je peux plus compter sur moi. Je sens que je ne tiens plus qu'à un fil. Je ne sais toujours pas comment on se met à l'abri de soi. La seule solution qui me vient à l'esprit c'est de tout plaquer et tourner le dos à ce travail que je fais depuis des années pour tenir la route.
J'ai mal à la gorge, mes secrets m'étranglent.
Je les regarde les yeux exhorbités sans avoir la force de crier.
J'ai l'impression de crever discrètement, poliment, en gardant le sourire. Que personne ne s'inquiète. C'est pas la première fois, ce sera pas la dernière.
J'ai mal à la gorge, mes secrets m'étranglent.
Je les regarde les yeux exhorbités sans avoir la force de crier.
J'ai l'impression de crever discrètement, poliment, en gardant le sourire. Que personne ne s'inquiète. C'est pas la première fois, ce sera pas la dernière.
Alors ce serait le temps qui vous aiderait à aller bien ? C'est lui qui consolide ce que vous avez appelé votre charpente ?
Oui, mais pas que.
Vous l'aidez un peu il me semble ?
Essayez de vous souvenir de ce que c'est une charpente en termes de travail. Réfléchissez à ce qui tient l'ensemble. Quels sont les différents étaiements. Vous verrez que dans cette construction le temps n'est que... Du temps. Il passe. C'est vous qui faites tout.
Essayez de vous souvenir de ce que c'est une charpente en termes de travail. Réfléchissez à ce qui tient l'ensemble. Quels sont les différents étaiements. Vous verrez que dans cette construction le temps n'est que... Du temps. Il passe. C'est vous qui faites tout.
On parle ensuite du sentiment de vide qui pousse à combler avec de la merde. On parle d'un usage doux des drogues dures et de la violence de l'alcool, du seul chemin qui mène à l'abstinence et qui consiste à ne plus boire. Du tout. J'explique que même lorsque je fumais de la grosse frappe ça me rendait paz cinglée. L'alcool si. Je commence et je suis partie. Plus rien ne m'arrête et je perds le contrôle de mon cerveau. Je ne supporte plus aucune frustration. J'oublie ce que le mot non signifie.
Je voudrais être bien en ma compagnie, vous voyez ? J'en ai marre de tout ce que je suis capable de mettre en place pour me donner des raisons valables de me détester. J'en suis même plus au stade de vouloir plaire aux autres. Je veux me rendre intéressante à mes propres yeux.
Alors, écrivez.
jeudi 20 juin 2019
On a que les transports en commun //
Un adolescent dort dans le tram, sa tête lourde l'emporte, il tangue du côté droit, mais ses réflexes la remettent dans le bon axe. Sa beauté est terrible. Sa barbe naissante recouvre une peau irreprochable. Ça m'attendrit et ça me déprime dans le même temps. Il sursaute quand son téléphone tombe au passage brusque d'une voyageuse.
Un mec gratte un blackjack puis un autre. Il est frénétique. Je vois passer la déception fugace d'avoir perdu. Ou de n'avoir rien gagné.
Je me demande si c'est vraiment la même chose.
Les écouteurs silencieux dans mes oreilles. Pour rester un peu dans ma nuit.
Le tatouage artisanal Dylan d'une fille qui porte un piercing sous la lèvre inférieure. Côté droit.
Bon, j'extrapole peut-être sur l'aspect artisanal du truc mais si elle a payé les gens sont vraiment des chiens.
Ses yeux tombent, je ne sais pas si c'est lié au poids de la nuit, celui de la vie ou si c'est d'origine.
Je réfléchis à écrire sur des gens que je connais mais rien ne m'inspire tant que le premier venu.
Un mec gratte un blackjack puis un autre. Il est frénétique. Je vois passer la déception fugace d'avoir perdu. Ou de n'avoir rien gagné.
Je me demande si c'est vraiment la même chose.
Les écouteurs silencieux dans mes oreilles. Pour rester un peu dans ma nuit.
Le tatouage artisanal Dylan d'une fille qui porte un piercing sous la lèvre inférieure. Côté droit.
Bon, j'extrapole peut-être sur l'aspect artisanal du truc mais si elle a payé les gens sont vraiment des chiens.
Ses yeux tombent, je ne sais pas si c'est lié au poids de la nuit, celui de la vie ou si c'est d'origine.
Je réfléchis à écrire sur des gens que je connais mais rien ne m'inspire tant que le premier venu.
Les calories vides
Ces dernières semaines j'ai beaucoup pensé au lien. À ce que je suis en mesure d'offrir et ce que je suis en droit d'attendre. Chaque jour qui passe me conforte dans mon besoin de solitude. Je n'ai plus la force d'essayer de renforcer des liens avec des personnes qui me font envie. J'échoue la plupart du temps à garder le rythme. Je me dis qu'il y a des tours et quand j'ai trop sollicité une personne, que je considère que là, non, ce serait trop, que ce n'est pas mon tour etc... Il ne se passe rien. Et c'est ce rien que j'habite de mieux en mieux. Si ça n'existe pas, c'est que ça ne doit pas exister. Les ami.e.s ça ne s'attrape pas au lasso. Quand on était au lycée on disait "viens pas gratter l'amitié, qu'est ce qui t'arrives wesh ? "
Il y a des relations qui me nourrissent et d'autres qui me creusent. Je ne veux pas être évidée par la voracité de qui que ce soit. C'est fuir le vide que je veux, pas le creuser davantage.
Depuis 2011 j'ai quelque fois été confrontée à la curiosité des inconnues à mon égard, impulsée par ce que je peux écrire et partager
Je repense à des gens qui m'ont consommée comme un snack avant le repas. Un truc gras, sucré, salé, avalé entre le taf et la maison au moment où personne ne voit. Des calories vides pauvres en nutriment qui ne font que passer mais qui font beaucoup de bien sur le moment. Je me suis sentie comme un paquet de m&m's dans lequel on tape compulsivement. C'est frénétique, même quand t'essayes de mettre en place un stratagème pour que ça dure, c'est mort, tu vas déglinguer le paquet et il n'y a que toi qui fait semblant de ne pas le savoir.
Je repense à des gens qui m'ont consommée comme un snack avant le repas. Un truc gras, sucré, salé, avalé entre le taf et la maison au moment où personne ne voit. Des calories vides pauvres en nutriment qui ne font que passer mais qui font beaucoup de bien sur le moment. Je me suis sentie comme un paquet de m&m's dans lequel on tape compulsivement. C'est frénétique, même quand t'essayes de mettre en place un stratagème pour que ça dure, c'est mort, tu vas déglinguer le paquet et il n'y a que toi qui fait semblant de ne pas le savoir.
Voilà, c'est mort. Parfois brutalement, parfois ça s'étiole sur le long terme. On perd l'entrain avant de perdre l'habitude et finalement l'envie de se parler.
Je ne réponds quasiment plus aux messages privés d'inconnu.e.s où alors en quelques phrases. Et si je mets cette distance en place ce n'est pas pour me donner un genre. C'est parce que je suis pétée de trouille. Vous me faites flipper.
J'ai raconté trop de choses à des gens qui se faisaient chier au taf ou dans leur vie et qui cherchaient à se distraire. Des contacts qui se montent la tête sur la personne que je peux être et qui ne savent pas cacher leur déception.
J'ai perdu mon temps et des points de vie dans ce type de relation. Je n'ai pas de talent pour me lier. Je ne suis pas douée pour l'amitié. C'est pas à moi qu'on pense pour être témoin, marraine et tout le bordel.
Je ne m'en plains pas, c'est comme ça. Ça me convient.
Je suis chiante, intense, exigeante, directe, je sais que je suis plus facile à l'écrit qu'à l'oral. Je réfléchis davantage avant de balancer des punchline définitives au risque d'être odieuse
...
À l'écrit c'est autre chose. Je suis plus vulnérable, en un sens plus honnête aussi. Je suis triste quand je pense à l'usage qu'on a pu faire de cette honnêteté. On m'écrit parce qu'on se cherche une copine de ramasse.
J'ai perdu mon temps et des points de vie dans ce type de relation. Je n'ai pas de talent pour me lier. Je ne suis pas douée pour l'amitié. C'est pas à moi qu'on pense pour être témoin, marraine et tout le bordel.
Je ne m'en plains pas, c'est comme ça. Ça me convient.
Je suis chiante, intense, exigeante, directe, je sais que je suis plus facile à l'écrit qu'à l'oral. Je réfléchis davantage avant de balancer des punchline définitives au risque d'être odieuse
...
À l'écrit c'est autre chose. Je suis plus vulnérable, en un sens plus honnête aussi. Je suis triste quand je pense à l'usage qu'on a pu faire de cette honnêteté. On m'écrit parce qu'on se cherche une copine de ramasse.
Cherche partenaire pour aller mal ensemble.
Cherche complice dans l'ennui.
Cherche repères affectifs à dézinguer, travail soigné.
Cherche un mur contre lequel renvoyer ma balle.
Cherche complice dans l'ennui.
Cherche repères affectifs à dézinguer, travail soigné.
Cherche un mur contre lequel renvoyer ma balle.
Avec le temps on se méfie, on fait preuve d'un plus grand discernement. On les voit venir de loin les vampires qui s'emmerdent comme des rats et qui cherchent une distraction intellectuelle pour passer le temps.
Ça pourrait m'amuser mais je ne suis pas joueuse et je n'ai pas les ressources affectives pour faire face au rejet peu importe qu'il soit effectif ou ressenti. Je ne peux tout simplement pas me permettre de me ramasser encore et ça me rend heureuse de le savoir.
Ça pourrait m'amuser mais je ne suis pas joueuse et je n'ai pas les ressources affectives pour faire face au rejet peu importe qu'il soit effectif ou ressenti. Je ne peux tout simplement pas me permettre de me ramasser encore et ça me rend heureuse de le savoir.
(...)
Enfin, j'ai pigé comment ça fonctionne tout ça et j'ai envie de dire à celles et ceux qui se sont fait leur trip, arrêtez les m&m's si vous savez pas vous gérer
La liste rouge
Je me suis souvenue il y a peu de temps des familles qui se mettaient sur liste rouge pour ne pas figurer dans l'annuaire. Quand j'étais gosse, il faut savoir que l'annuaire était ma lecture principale, aussi je connaissais le prénom des personnes de mon village qui avaient une ligne téléphonique et surtout, qui n'étaient pas sur liste rouge. Je connaissais le prénom des profs aussi, j'allais bêtement le chercher pour le ressortir un jour pas comme un autre. Salut Brigitte ! Merci Christian !
N'importe quoi. Alors que j'aurais pu simplement demander et avoir moins l'air d'une sociopathe.
N'importe quoi. Alors que j'aurais pu simplement demander et avoir moins l'air d'une sociopathe.
Je fantasmais sur le secret qui entourait ces familles. Pourquoi se mettre sur liste rouge, qu'est ce qu'elles ont à cacher ? De qui veulent-elles se protéger ? Pourquoi cette distance etc...
Je trouvais ça tellement classe. J'avais envie de prononcer les mots : je suis sur liste rouge.
Parce que tout de suite tu laisses planer un petit mystère à l'âge le moins mystérieux.
Ça sonne badass, à cause du rouge qui n'est pas une couleur tiède. C'est pas la liste turquoise quoi. C'est du sérieux.
Les filles sur liste rouge c'était celles qui faisaient du cheval et qui portaient des kickers et des vêtements de bonne facture. Celles qui portent du cachemire comme toi tu portes du polyester.
Parce que tout de suite tu laisses planer un petit mystère à l'âge le moins mystérieux.
Ça sonne badass, à cause du rouge qui n'est pas une couleur tiède. C'est pas la liste turquoise quoi. C'est du sérieux.
Les filles sur liste rouge c'était celles qui faisaient du cheval et qui portaient des kickers et des vêtements de bonne facture. Celles qui portent du cachemire comme toi tu portes du polyester.
Moi j'etais plutôt la fille qui disait "faire du cheval" et qui nageait dans des tee-shirt fido dido contrefaits et des jeans Complices sur lesquels j'écrivais des conneries du genre KURT suivi d'un cœur brisé ou le numéro de sida info service, parce qu'à cette époque c'était un sujet d'angoisse terrible.
Sur liste rouge t'avais toute la bonne chair à polo du bahut, qui joue au tennis, qui va ramasser des balles à Roland Garros. Tellement de soumission qui m'en mettait plein la vue. Alors que bon, c'était surtout des gros bolosses avec des prénoms de merde.
Après ils font leurs communions, la petite, la grande. Ils vont à l'aumônerie, j'ai jamais compris ce que c'était (ne m'expliquez pas).
La grande mode à l'époque c'était de recevoir en cadeau de communion une télé avec un magnétoscope intégré. On disait un combi, maintenant on dirait un combo, ou alors on dirait rien, on s'en vanterait pas à l'heure de netflix et tout.
Sur liste rouge t'avais toute la bonne chair à polo du bahut, qui joue au tennis, qui va ramasser des balles à Roland Garros. Tellement de soumission qui m'en mettait plein la vue. Alors que bon, c'était surtout des gros bolosses avec des prénoms de merde.
Après ils font leurs communions, la petite, la grande. Ils vont à l'aumônerie, j'ai jamais compris ce que c'était (ne m'expliquez pas).
La grande mode à l'époque c'était de recevoir en cadeau de communion une télé avec un magnétoscope intégré. On disait un combi, maintenant on dirait un combo, ou alors on dirait rien, on s'en vanterait pas à l'heure de netflix et tout.
Pour cette histoire de liste rouge, je pense que je faisais un lien foireux avec le téléphone rouge qui assure la liaison entre foyers geopolitique brûlants. Bien sûr, je comprenais rien (ne m'expliquez pas) à part que c'était important. Ben oui, c'est rouge.
Parfois je posais la question de manière inopinée, comme pour savoir si j'étais pas en train de me tromper de rang. T'es sur liste rouge ?
C'est comme si moi, par élimination, j'étais dans l'autre liste qu'on pourrait appeler la liste noire.
C'est comme si moi, par élimination, j'étais dans l'autre liste qu'on pourrait appeler la liste noire.
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samedi 15 juin 2019
soutien
Après de longues réflexions j'ai fini par me lancer et ouvrir une page Tipee parce que les textes que je partage largement et gratuitement me demandent beaucoup de temps. Je les partage gratuitement parce que c'est important pour moi de les rendre accessibles au plus grand nombre.
Je précise que j'ai un taf alimentaire payé au smic donc je ne suis pas sans thunes.
Si vous voulez me soutenir ça m'aiderait à envisager l'avenir plus sereinement, à continuer mon travail d'écriture plus légèrement et à financer un envoi massif à des maisons d'édition dès que mon roman sera terminé...
ça me permettrait d'avoir recours à un correcteur / conseiller en édition ou que sais-je à la fin de l'écriture parce que je suis merdique 1) en grammaire, orthographe, conjugaison, ponctuation (ouais, ça fait beaucoup) et 2) je ne sais vraiment pas promouvoir mon travail.
Aussi ça me permet de réimprimer des fanzines et assurer la continuité du bordel <3
Pour finir, je peux aussi faire face à des petits imprévus comme des frais de vétérinaire...
C'est par ici, clic clic : >>>>> soutien <<<<<
vendredi 14 juin 2019
Toujours en chien
Quand on a rebroussé chemin, j'ai senti que quelque chose craquait dans mon squelette. Et puis dans les organes, trois fois rien, un pincement. Le menton a tremblé un peu. J'ai dit, ça me rend triste de partir et ta main a serré ma cuisse. Il n'y a rien à dire, j'ai senti monter ces foutues larmes mais c'est vite passé.
Ça fait beaucoup d'amour d'un coup. Il faut gérer le stock. Pas tout claquer en une fois. Je déborde par habitude, je pense à Don choa, au mystère et au suspense, à ma famille, mes ami.e.s, jusqu'à la mort, mon amour. Je pense à ces gens que j'aime comme une perdue.
Il faudrait que des ingénieurs se penchent vraiment sur cette histoire de téléportation promise dans les années 90.
Ça fait beaucoup d'amour d'un coup. Il faut gérer le stock. Pas tout claquer en une fois. Je déborde par habitude, je pense à Don choa, au mystère et au suspense, à ma famille, mes ami.e.s, jusqu'à la mort, mon amour. Je pense à ces gens que j'aime comme une perdue.
Il faudrait que des ingénieurs se penchent vraiment sur cette histoire de téléportation promise dans les années 90.
La nostalgie c'est un état d'esprit je pense. Une caractéristique. Elle est brune, elle est grande, elle a les yeux bleus et elle a la nostalgie du présent, allergique à la fin de toutes choses. Intolérante aux aurevoir. Toujours en chien.
M.
Je vois M. Dans le tram. Un ancien collègue que j’appréciais beaucoup. Les conversations que nous avions ensemble m'élevaient toujours un peu plus. Ça me met un peu la honte les gens très cultivés, qui savent parler de tout, dont le raisonnement semble fluide et les idées toujours claires.
Je n'ai pas osé le saluer parce que je sais que nos affinités auraient induit une conversation. Je me suis pas sentie capable de donner le change.
C'est dommage qu'il soit si tôt et que j'ai les idées en compote, j'aurais aimé lui parler si je n'avais pas eu le cerveau collé. Il est 6h20 après tout. Il a changé, il porte les cheveux longs, ça lui va bien.
Quand je sors du tram j'ai le sourire en repensant à nos conversations sur des sujets allant de Franz Schubert à Valérie Solanas en passant par Lacan ou Foucault.
Le matin de bonne heure, des élèves venaient nous raconter leurs rêves pour qu'on en fasse l'interprétation. On racontait des conneries acceptables pour des ados de 15 à 18 ans et quand nous étions seuls, on s'avouait mortifiés par l'intimité qu'elles partageaient avec nous sans s'en rendre compte.
Je n'ai pas osé le saluer parce que je sais que nos affinités auraient induit une conversation. Je me suis pas sentie capable de donner le change.
C'est dommage qu'il soit si tôt et que j'ai les idées en compote, j'aurais aimé lui parler si je n'avais pas eu le cerveau collé. Il est 6h20 après tout. Il a changé, il porte les cheveux longs, ça lui va bien.
Quand je sors du tram j'ai le sourire en repensant à nos conversations sur des sujets allant de Franz Schubert à Valérie Solanas en passant par Lacan ou Foucault.
Le matin de bonne heure, des élèves venaient nous raconter leurs rêves pour qu'on en fasse l'interprétation. On racontait des conneries acceptables pour des ados de 15 à 18 ans et quand nous étions seuls, on s'avouait mortifiés par l'intimité qu'elles partageaient avec nous sans s'en rendre compte.
Je ne sais rien de lui, rien.
J' ai supposé qu'il était un nihiliste résilient qui a compris que foutu pour foutu, autant se rendre aimable. Trop poli pour dire que la vie c'est de la merde mais d'une lucidité qui ne trompe personne sur le fond de sa pensée. Un homme sans âge, un peu dandy, un peu maudit.
J' ai supposé qu'il était un nihiliste résilient qui a compris que foutu pour foutu, autant se rendre aimable. Trop poli pour dire que la vie c'est de la merde mais d'une lucidité qui ne trompe personne sur le fond de sa pensée. Un homme sans âge, un peu dandy, un peu maudit.
Ce serait bien de le croiser à nouveau, au bon moment cette fois ci, après le deuxième café par exemple.
Les fous de Vincent
Je pense depuis le matin que je vais aller à la librairie. C'est comme un gros fumeur de joint qui pense à la douille qu'il va se couler à la sortie du travail.
Je veux acheter Fou De Vincent d'Hervé Guibert mais je ne le trouve pas. Je suis à la limite de démonter l'étagère, convaincue qu'il ne peut pas manquer au fond de cette librairie, ni même être en rupture. Il a glissé, c'est sûr.
À la caisse, celui que les autres désignent comme le chef me laisse flâner. Ici j'aime bien pour ça, quand on demande si on peut nous aider, pas de problème à répondre simplement : non, je vous remercie, je traine c'est tout. Je prends, je pose, je lis quelques lignes, je m'enthousiasme mais finalement non. Je traîne, c'est tout.
Je décide de le commander. Je ne l'ai pas vu arriver mais désormais c'est le vendeur que je préfère qui s'occupe des encaissements.
Un peu timide et très raffiné.
Je me souviens d'un échange bref que nous avions eu autour de Dustan. Il m'avait vendu Dustan Superstar le jour de sa sortie et nous nous étions parlé comme si nous étions les dépositaires d'un grand secret, comme si nous partagions Dustan comme un ex commun. Il m'avait dit : vous me direz ce que vous en avez pensé.
Bien entendu, je ne lui ai jamais rien dit. Persuadée que c'était un élan poli de commerçant, qu'il m'avait oubliée à la fin de sa journée. Peut-être même un peu avant.
Je lui passe ma commande et quand il entend Guibert, il me dit : oui, bien sûr, oui... Lequel ?
Fou de Vincent ça lui a fait lever les yeux de son poste, son sourire est douloureux, ses yeux sont tendres. J'ajoute : c'est bizarre de ne pas l'avoir, c'est un classique pourtant... Il dit, oui, c'est bizarre... On le sait que c'est un classique seulement pour les gens comme nous, les fous d'amour, celui qu'on a, celui qu'on veut, celui qu'on fait, celui qui nous défait. Je tire mes conclusions hâtives sur un type que j'ai vu cinq fois parce que c'est mon domaine d'expertise, mais, oui, c'est sûr, on ne lit pas Dustan ou Guibert pour s'oublier après une journée difficile. C'est même exactement le contraire.
En nous quittant, nos regards s'échangent encore un secret, je me dis que c'est celui des fous de Vincent.
Je veux acheter Fou De Vincent d'Hervé Guibert mais je ne le trouve pas. Je suis à la limite de démonter l'étagère, convaincue qu'il ne peut pas manquer au fond de cette librairie, ni même être en rupture. Il a glissé, c'est sûr.
À la caisse, celui que les autres désignent comme le chef me laisse flâner. Ici j'aime bien pour ça, quand on demande si on peut nous aider, pas de problème à répondre simplement : non, je vous remercie, je traine c'est tout. Je prends, je pose, je lis quelques lignes, je m'enthousiasme mais finalement non. Je traîne, c'est tout.
Je décide de le commander. Je ne l'ai pas vu arriver mais désormais c'est le vendeur que je préfère qui s'occupe des encaissements.
Un peu timide et très raffiné.
Je me souviens d'un échange bref que nous avions eu autour de Dustan. Il m'avait vendu Dustan Superstar le jour de sa sortie et nous nous étions parlé comme si nous étions les dépositaires d'un grand secret, comme si nous partagions Dustan comme un ex commun. Il m'avait dit : vous me direz ce que vous en avez pensé.
Bien entendu, je ne lui ai jamais rien dit. Persuadée que c'était un élan poli de commerçant, qu'il m'avait oubliée à la fin de sa journée. Peut-être même un peu avant.
Je lui passe ma commande et quand il entend Guibert, il me dit : oui, bien sûr, oui... Lequel ?
Fou de Vincent ça lui a fait lever les yeux de son poste, son sourire est douloureux, ses yeux sont tendres. J'ajoute : c'est bizarre de ne pas l'avoir, c'est un classique pourtant... Il dit, oui, c'est bizarre... On le sait que c'est un classique seulement pour les gens comme nous, les fous d'amour, celui qu'on a, celui qu'on veut, celui qu'on fait, celui qui nous défait. Je tire mes conclusions hâtives sur un type que j'ai vu cinq fois parce que c'est mon domaine d'expertise, mais, oui, c'est sûr, on ne lit pas Dustan ou Guibert pour s'oublier après une journée difficile. C'est même exactement le contraire.
En nous quittant, nos regards s'échangent encore un secret, je me dis que c'est celui des fous de Vincent.
jeudi 6 juin 2019
easy listing // juin
Le décolleté froissé comme un billet de 5
L'odeur agréable du soleil sur la peau
Les râles du vieux chat
L'echo gênant des livres impudiques
L'odeur désagréable des corps qui ont trop chaud
L'été qui arrive en poissant
Les orages qui stimulent la concupiscence
Le printemps qui meurt de sa belle mort
Les réjouissances qui scintillent au loin
Les réjouissances de plus en plus près
Spéculer sur des bras ouverts
La peur de vieillir tout à fait déplacée
La place qu'on prend dans l'espace
La découpe des corps révélée par le temps qu'il fait
Emmitouflée dans des fringues
Et puis
Emmitouflée dans la disgrace
Un kg de plume, un kg de plomb
Oh, I wanna dance with somebody
La futilité maladive en alternance avec les 5 tonnes de question qui écrasent les épaules
L'écriture archéologique
La terre sous les ongles
Les souvenirs patauds
Les minutes où tu rampes
Les heures où tu voles
Est-ce que c'est une liste ou est-ce que c'est un poème ?
Ne plus savoir si c'est de la méchanceté ou de l'humour ou les deux ou aucun des deux
Le sifflement de la bouilloire qui souhaite la bonne journée
La terre qui écrase les paupières
Le marchand de sable maladroit qui te colle un coup de pelle au passage
Soit il te zappe
Soit il te marave
Personnalité instable
Peut-on être superficielle mais profonde ?
Peut-on être pleine de vide ?
Genre ras la gueule ?
Penser aux gens qui ont étés dans le ventre de la baleine et trouver tout plus confortable
Penser au mec qui a été dans le ventre du canadair et recracher dans le feu pour se rafraîchir
Meilleure anecdote 2019
Répondre ça va et le penser à 87%
Franchement ça va
Garder ses 13 % et broder autour
Elle fait pas exprès, c'est sa nature
Attendre la pluie, le coeur battant
Aimer le gris parce qu'il fait trop blanc, trop bleu, trop jaune et surtout trop moite
Boire 1,5 L d'eau par jour
Pisser 2 L
Tout ce qu'on ne dit pas
La méthode de Heimlich
Les 88% dans le viseur
Le confort émotionnel à l'épreuve des statistiques
I wanna feel the heat with somebody
(...)
L'odeur agréable du soleil sur la peau
Les râles du vieux chat
L'echo gênant des livres impudiques
L'odeur désagréable des corps qui ont trop chaud
L'été qui arrive en poissant
Les orages qui stimulent la concupiscence
Le printemps qui meurt de sa belle mort
Les réjouissances qui scintillent au loin
Les réjouissances de plus en plus près
Spéculer sur des bras ouverts
La peur de vieillir tout à fait déplacée
La place qu'on prend dans l'espace
La découpe des corps révélée par le temps qu'il fait
Emmitouflée dans des fringues
Et puis
Emmitouflée dans la disgrace
Un kg de plume, un kg de plomb
Oh, I wanna dance with somebody
La futilité maladive en alternance avec les 5 tonnes de question qui écrasent les épaules
L'écriture archéologique
La terre sous les ongles
Les souvenirs patauds
Les minutes où tu rampes
Les heures où tu voles
Est-ce que c'est une liste ou est-ce que c'est un poème ?
Ne plus savoir si c'est de la méchanceté ou de l'humour ou les deux ou aucun des deux
Le sifflement de la bouilloire qui souhaite la bonne journée
La terre qui écrase les paupières
Le marchand de sable maladroit qui te colle un coup de pelle au passage
Soit il te zappe
Soit il te marave
Personnalité instable
Peut-on être superficielle mais profonde ?
Peut-on être pleine de vide ?
Genre ras la gueule ?
Penser aux gens qui ont étés dans le ventre de la baleine et trouver tout plus confortable
Penser au mec qui a été dans le ventre du canadair et recracher dans le feu pour se rafraîchir
Meilleure anecdote 2019
Répondre ça va et le penser à 87%
Franchement ça va
Garder ses 13 % et broder autour
Elle fait pas exprès, c'est sa nature
Attendre la pluie, le coeur battant
Aimer le gris parce qu'il fait trop blanc, trop bleu, trop jaune et surtout trop moite
Boire 1,5 L d'eau par jour
Pisser 2 L
Tout ce qu'on ne dit pas
La méthode de Heimlich
Les 88% dans le viseur
Le confort émotionnel à l'épreuve des statistiques
I wanna feel the heat with somebody
(...)
dimanche 2 juin 2019
rien branler, sauf
Je suis sur le balcon, vautrée dans une flaque de soleil dans une odeur de pain grillé et de jour férié. Je porte un tee shirt de warrior du sport sur lequel on peut lire work out. Je l'ai depuis des années mais j'ai jamais rien branlé malgré l'injonction, faut pas déconner.
C'est pas un tee shirt qui va diriger ma vie. J'avais du l'acheter quand je commençais un régime à la con.
C'est pas un tee shirt qui va diriger ma vie. J'avais du l'acheter quand je commençais un régime à la con.
Jamais rien branlé, sauf.
La chatte noire foncée hallucine que je lui pique sa flaque. Elle écarquille de toutes ses forces. Elle a l'air de dire : ça va ? Tranquille ? Tu veux peut-être grignoter mon chèvrefeuille pendant qu'on y est ?
J'ai l'air de dire : Tu permets ? On paie quand même le loyer...
J'ai l'impression qu'elle a compris.
J'ai écrit une page du roman, la page qui a relancé le bordel. Je me sens contente.
Le quartier se réveille doucement, t'as même un mec sans race qui klaxonne à l'arrêt.
Le quartier se réveille doucement, t'as même un mec sans race qui klaxonne à l'arrêt.
Je me laisse traverser par la rumeur. J'investis le silence de ma tête. J'habite mes pensées. Le soleil est encore doux. Je bois le meilleur verre d'eau de ma vie.
mercredi 29 mai 2019
Easy Listing // Printemps 2019
Le dos de la cuillère
Les lettres mortes
Le principe Bovaryque
La charrue et les boeufs
Le BIEN partout (acquis)
Le MAL partout (inné)
L'envie contre le besoin
Gourmandise//Voracité
Le conditionnement de Skinner
Les rats hirsutes
Le miracle des lendemains de lendemain
La petite musique des drames latins
L'anxiété ritualisée
Les mytho bien ficelés
Pedro Almobobard
La détresse résiliente
L'affront des responsabilités domestiques
Les frissons de désordre
Le court Suzanne Lenglen
Les états généraux de la flemme
L'inquiétude démodée
L'état moral infaillible dont on rêve de rêver
Le chant brouillé du manque et les basses fréquences
La toux de fumeuse de la vieille du tram
Les yeux qui roulent de la même vieille et son soupir d'haleine de mort
Les chasseurs de dragon
La nostalgie des textures
Le deuil des substances
La claque sur le cul
Le mode avion sur la terre ferme
Saturation de toutes les messageries
L'ironie des vieux cons qui interdisent l'IVG alors même qu'ils ont des têtes de publicité en faveur de l'IVG
L'ironie c'est peut-être trimer sur un court de tennis à faire des glissades sur la terre battue pour remporter un putain de plat à fromages
Le printemps dévasté et l'honneur sauf
Les aventures immobiles
L'entre bâillement
L'autofriction
La pré monstruosité des jours 24, 25 et 26
Illustration : https://waliszewska.tumblr.com/post/185018691873
Les lettres mortes
Le principe Bovaryque
La charrue et les boeufs
Le BIEN partout (acquis)
Le MAL partout (inné)
L'envie contre le besoin
Gourmandise//Voracité
Le conditionnement de Skinner
Les rats hirsutes
Le miracle des lendemains de lendemain
La petite musique des drames latins
L'anxiété ritualisée
Les mytho bien ficelés
Pedro Almobobard
La détresse résiliente
L'affront des responsabilités domestiques
Les frissons de désordre
Le court Suzanne Lenglen
Les états généraux de la flemme
L'inquiétude démodée
L'état moral infaillible dont on rêve de rêver
Le chant brouillé du manque et les basses fréquences
La toux de fumeuse de la vieille du tram
Les yeux qui roulent de la même vieille et son soupir d'haleine de mort
Les chasseurs de dragon
La nostalgie des textures
Le deuil des substances
La claque sur le cul
Le mode avion sur la terre ferme
Saturation de toutes les messageries
L'ironie des vieux cons qui interdisent l'IVG alors même qu'ils ont des têtes de publicité en faveur de l'IVG
L'ironie c'est peut-être trimer sur un court de tennis à faire des glissades sur la terre battue pour remporter un putain de plat à fromages
Le printemps dévasté et l'honneur sauf
Les aventures immobiles
L'entre bâillement
L'autofriction
La pré monstruosité des jours 24, 25 et 26
Illustration : https://waliszewska.tumblr.com/post/185018691873
Les rêves
Je lui disais texto : j'ai rêvé que je t'emballais en plein milieu d'une phrase... Juste après que tu m'aies dit : j'ai rêvé que tu m'emballais en plein milieu d'une phrase. Et là on s'est roulé des pelles mais sans se couper la parole.
C'était intense mais court et elle n'avait pas de visage. J'arrive plus à savoir si elle avait autre chose qu'une voix et une bouche.
Peut-être la main sur ma nuque lui appartenait-elle. Peut-être qu'elle appartenait au rêve précédent essayant de me retenir.
C'était intense mais court et elle n'avait pas de visage. J'arrive plus à savoir si elle avait autre chose qu'une voix et une bouche.
Peut-être la main sur ma nuque lui appartenait-elle. Peut-être qu'elle appartenait au rêve précédent essayant de me retenir.
Autre rêve moins inceptionnel, je monte dans la voiture du dealer qui vante la pureté de son produit, je lui dis ah cool mais je flippe de faire un arrêt cardiaque. J'ai mal au ventre à cause de la situation mais je cultive mon cool.
Chez moi j'ouvre le pochon et c'est du silicate de sodium. Me demande pas comment je le sais. Je fais putain, il est con ce type
Je le rappelle et je lui demande, mec, pourquoi t'as voulu me buter, tu m'as crue dans un gang là ?
Il dit j'arrive.
On regarde ensemble le pochon éventré. Il sait pas expliquer alors je lui dis ne m' explique pas mais reprends ton truc.
Il dit : échange ou remboursement ?
Je dis, remboursement
Et là il me sort un TPE comme quand tu rends un short qui te fait un vilain cul à H&M.
Il fait une manip et me demande ma carte. Je me réveille.
Après avoir rêvé du capitalisme
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