Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

mercredi 30 octobre 2019

Bien sûr que je flippe

Je lui parle du sourire avec les dents. Qui croquent, qui mordent et qui arrachent.
Et j'ajoute : qui ruminent. Il a pas pu me contredire et j'ai pas pu m'en empêcher.
Je lui ai parlé des retombées merveilleuses de choix hasardeux. Quelle est la part de chance, la part d'instinct. Je lui raconte une anecdote qui commence comme toutes les autres :

Dans un bar une femme a demandé au mec en face d'elle : Tu flippes ?
Il a répondu : bien sûr que je flippe.

C'est pas grand chose au fond, mais ça rassure, il était dans mon angle mort, j'ai tourné la tête pour voir la sienne.

Ce sont ceux qui ne flippent pas qui m'angoissent. Les ingénieurs en plasturgie propriétaires à 25 ans qui conduisent des voitures de parvenus comme des tarés. Qui ne savent qu'avancer. Dans les stan smith de tout le monde, des tee shirt Jack & Jones de tout le monde. Ils se prennent pour des loups alors qu'ils sont au mieux des petites hyènes nerveuses. Ceux qui vont à la salle pour le concours de bite, qui parlent de taux d'intérêt, du prix de l'essence, des branleurs au chômage, ceux de notre dame des Landes, de leurs façons de consommer le monde avec voracité, parce qu'on est pas cerné par les gourmets. Une bonne bande de débiles quand même que ceux qui pensent avoir le monde dans leurs poches, à côté d'un jeton de caddie et des tickets de CB froissés.

Il ajoute, tout se délite, tout ce qui n'est pas en marche est considéré comme un problème.

On est bien là, entre personne à l'arrêt, fièrs d'être des problèmes. On entre pas dans le grand projet qui ramène tout à la variet, aux loisirs, au fun.
On est bien entre loser aux dents molles, aux poches trouées... On embrasse le vide et il nous rend notre baiser.

La vie que je préfère, c'est celle qui ne sert à rien.

vendredi 25 octobre 2019

L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine

On parle à tort et à travers
On marche dans les pas des fantômes
Parfois dans nos propres pas
On veut pas avouer qu'on piétine mais c'est le mot
On a peur de notre ombre
On défie ce reflet dans le miroir, on lui fait baisser les yeux
On ravale des larmes qui sont autant de vagues qui nous ébranlent
On se caresse la tête nonchalamment
Qui d'autre pour le faire
On essaie de se faire comprendre
On baragouine principalement
On se dit des gentillesses, tu es belle, tu sens bon, tu as bonne mine, je t'aime, je suis heureuse quand je te vois
On recule pour mieux sauter au risque de se prendre les pieds dans le tapis
On s'alcoolise
On chante fort et faux
On crucifie Céline Dion sur l'autel de nos excès mal maîtrisés
On se manque trop
On se le dit peu
On ose pas reconnaître qu'on est rien les uns sans les autres
Ça suinte, pas besoin de parler, ça nous sort par les pores
L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine
À travers la porte de la chambre 412 je décline l'offre de la femme de chambre de changer mes serviettes
J'accuse le coup avec ma gueule de bois à ridiculiser Pinocchio
On est peu de chose
On s'en cache pas
On fait les malins
On a appris à bien ficeler nos sketchs
Le buffet du petit déjeuner propose des produits de basse qualité, notamment un café ultra dilué, real american coffee, voilà le programme
Véritable pisse d'âne pour amateur d'eau parfumée
On fait avec
On a pas le choix
On sert du café américain à des français blasés et des viennoiseries décongelées à des américains conquis
On s'enroule dans des draps qui sentent le propre, dans une chambre qui sent le vieux
La fenêtre ouverte sur les commérages des derniers oiseaux, sur le ronronnement lointain des premières voitures
On regarde dans le miroir en pied ce corps qu'on ne ménage pas
On se dit les trucs sympas des jours "avec"
Franchement ça passe, t'inquiète pas
On a repris du poil de la bête
Tu gères, c'est bon, n'en doute pas
On prend un bain, casque qui braille à burne dans les oreilles
On chante par dessus les voix, par dessus les toits, par dessus le marché et ses lois
On touche la peau douloureuse
On a envie de se jurer que c'est la dernière fois
Se le promettre pour la centième fois
On se fait belle pour aller voir des yeux se plisser sur nos conneries
Rire, faire rire
L'ocytocine, l'adrénaline, les endorphines, la dopamine

Je t'aime, je suis heureuse quand je te vois

mercredi 23 octobre 2019

Automne pleine tête

Les portables à clapet
La reconnaissance faciale
L'argent par les fenêtres
Le discernement brouillé
L'essentiel à redéfinir
Le ventre trop chaud qui parle dans le vide
La laine mohair
La laine de verre
L'haleine de chacal
Les bottes de sept lieues
La voie du milieu
La vieille chatte sénile qui répond à l'autre prénom
La barre de sourcils
Le bord des larmes
Les fou rires nerveux
Tarik, Nabil et les neuroleptiques
Serrer le plus fort possible
Les dents, les bras, l'amour, les chats
La limite de l'étouffement
Serrer ses mains vides, l'une contre l'autre
Flaque de sueur, de terreur
Changer les draps souillés de peur
Cheveux collés , yeux collés , neurones collés comme des vieilles nouilles collées
La course folle pour sauter dans le TGV
Sourire sans les yeux
Pleurer sans les lèvres
Juste les yeux, la bouche elle vit sa vie
Elle dit ça va t'inquiète
Bien sûr que ça va lol
La frustration soluble dans les kinder country
Les jeans qui craquent à l'entre jambe
L'elasthane actrice majeure de l'obsolescence programmée
La méthode scientifique
Le renouvellement du vocabulaire
La putain de finitude
La philosophie du premier venu
La différence entre attendre et redouter
La date limite de consommation
Rentrer dans une voiture avec de la caillasse, en sortir avec une caillasse
Faire du hors piste dans la poudreuse
La raison qui se cabre
Le mors aux dents
La mort, la mort, la mort de ses morts
La condamnation comme condition humaine
L'envie de sécher les cours
Spéculer sur le retard des profs
Si elle est pas là à et quart, je m'en fous, je me casse
Les sanglots longs des violons de l'automne remplacés par une noyade sèche sur fond de cloud rap
Le souci du sursis

Préoccupations sévères
cerveau saturé
Stylo sclerosé