Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

jeudi 5 décembre 2019

Quatre temps

Un //
L'hyperesthésie comme une flamme qui se balade à l'intérieur de ma cuisse, de mon avant bras, là où la peau est très blanche, très tendre, en feu.

Deux //
J'ai rêvé de la maison de mon enfance inondée, on écopait et on pleurait, je me demande si c'était pas nos larmes la catastrophe naturelle à l'origine du plus gros des dégâts. Mon hyperactivité diurne me permet d'oublier tous les rêves poisseux. Marcher vite et tout laisser derrière. La terre brûlée, le non retour...

Trois//
Sylvain Prud'homme à la radio qui s'extasie sur l'autostop, confort de l'habitacle, beauté de la rencontre avec des inconnus etc... Je pense à l'habitacle d'un 33t avec un routier qui pose des questions lubriques à la fille de 15 ans que j'étais. Je me demande si les hommes savent que faire du stop est un de leurs privilèges . S'ils savent ce que c'est que d'être avec sa pote dans la cabine d'un camion avec un mec qui nous demande si nous sommes vierges. Souvenir de nos pouces levés sur la route qui va de Salins-Les-Bains à Besançon le mercredi après-midi, la chance d'être deux. Est-ce qu'ils le savent, ce que c'est que de faire de l'auto stop avec une chatte ?

Quatre//
Je tiens méticuleusement le compte de mes réserves de sérotonine. Vieillir c'est apprendre où elle se cache : dans les conversations souriantes au téléphone, dans le chocolat noir au sésame grillé, dans la marche, dans les cafés avec les copines, dans une tasse fumante, entre les pages d'un livre terrifiant ou non, dans les bras de l'amoureuse, dans l'amour maladroit des chats qui se lavent le cul au creux de mon oreille, dans les différentes inflexions de voix des gens trop loin, dans la soupe orange, dans les rues un 5 décembre qu'on espère vivifiant, dans un verre d'eau quand il y a eu beaucoup trop de verres de vin ces derniers temps, dans les pas de cette fille devant moi qui traverse le marché de Noël avec une enceinte qui crache de la psy trance et un rat dans la capuche de son manteau, dans les minutes de calme volées aux canards à Krimmeri, dans les mots laissés dans différentes fenêtres de discussion : Les je t'aime, les je suis là, les t'inquiète pas, les appelle moi, les j'ai confiance en toi et cetera...

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