2003 // en avant les histoires
Sur twitter des gens se souviennent de ce qu'ils faisaient l'été 2003 pendant que nos vieux crevaient, qu'il faisait une chaleur que nous semblions découvrir. À l'été 2003, je faisais des aller retour entre Dijon et Montbéliard pour des consultations de 15 min avec un lacanien qui ne desserrait pas les dents. J'avais 21 ans et je menais une vie dissolue en appelant ça la fête. Ma vie comme ma personnalité étaient solubles dans l'alcool. La fête n'était que du bruit. Assez de bruit pour couvrir les voix, surtout celles qui me veulent du bien.
J'allais me marier à Londres, on m'a confisqué mon époux à un mètre de l'autel. J'ai failli m'appeler Ammour. Un agent de l'immigration a parlé si près de mon visage qu'il m'a craché dessus. J'avais peur et ça s'est traduit par un rire acide. Un rire de folle que je n'avais pas encore entendu. Mes jambes m'ont lâchée sur le trottoir devant la mairie de Westminster. J'étais seule avec un bouquet rond et un smoking blanc. On est revenu me chercher plus tard. J'ai eu un fou rire de plusieurs jours. J'avais perdu une roue.
Après ça, tout est parti en vrille. Marseille, Londres, Besançon, Paris et enfin la ZUP de Montbé où je regardais depuis la fenêtre du premier des mecs monter une voiture à partir de trois épaves en vidant des canettes d'oasis.
Marie Trintignant est morte sous les coups de son compagnon. On disait comme ça à la télévision. Les coups de son compagnon.
Il faisait 35, il faisait 37. Elle etait toujours morte, rien n'avait de sens. Je ne me souviens d'aucune musique. Je n'écoutais que ma vérité débile. J'allais de postures en impostures en pensant mon existence sulfureuse.
J'avais 21 ans comme on en a 15.
Mes premières vendanges à ramper dans le beaujolais pour gagner le prix d'un billet de train. C'était l'été des string ficelle, impossible de trouver une culotte digne de ce nom. C'était aussi, toujours, l'été des ecsta. Le quick de Sochaux et le déguisement trop grand de meuf du quick. Un coup de sang, traversée de la ZUP en casquette et jupe en jean taillée à la serpe. Le menu ou juste le sandwich ? J'ai tenu deux jours. J'avais la culture macdo, je parlais de menu best of, on me regardait avec des yeux comme des donuts. Mon sang a tourné. J'ai pas rendu la jupe, j'ai pas récupéré mes thunes.
L'été du chien souffrant, du train corail, des médicaments contre les effets de la maladie de Parkinson, les spéculations de circonstances sur les dispositifs de climatisation, les coups du compagnon, mes vêtements de pilier de boîte de province, ma nuque longue, ma frange playmobil, en avant les histoires...
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