Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

jeudi 20 juin 2019

Les calories vides

Ces dernières semaines j'ai beaucoup pensé au lien. À ce que je suis en mesure d'offrir et ce que je suis en droit d'attendre. Chaque jour qui passe me conforte dans mon besoin de solitude. Je n'ai plus la force d'essayer de renforcer des liens avec des personnes qui me font envie. J'échoue la plupart du temps à garder le rythme. Je me dis qu'il y a des tours et quand j'ai trop sollicité une personne, que je considère que là, non, ce serait trop, que ce n'est pas mon tour etc... Il ne se passe rien. Et c'est ce rien que j'habite de mieux en mieux. Si ça n'existe pas, c'est que ça ne doit pas exister. Les ami.e.s ça ne s'attrape pas au lasso. Quand on était au lycée on disait "viens pas gratter l'amitié, qu'est ce qui t'arrives wesh ? "
Il y a des relations qui me nourrissent et d'autres qui me creusent. Je ne veux pas être évidée par la voracité de qui que ce soit. C'est fuir le vide que je veux, pas le creuser davantage.
Depuis 2011 j'ai quelque fois été confrontée à la curiosité des inconnues à mon égard, impulsée par ce que je peux écrire et partager
Je repense à des gens qui m'ont consommée comme un snack avant le repas. Un truc gras, sucré, salé, avalé entre le taf et la maison au moment où personne ne voit. Des calories vides pauvres en nutriment qui ne font que passer mais qui font beaucoup de bien sur le moment. Je me suis sentie comme un paquet de m&m's dans lequel on tape compulsivement. C'est frénétique, même quand t'essayes de mettre en place un stratagème pour que ça dure, c'est mort, tu vas déglinguer le paquet et il n'y a que toi qui fait semblant de ne pas le savoir.
Voilà, c'est mort. Parfois brutalement, parfois ça s'étiole sur le long terme. On perd l'entrain avant de perdre l'habitude et finalement l'envie de se parler.
Je ne réponds quasiment plus aux messages privés d'inconnu.e.s où alors en quelques phrases. Et si je mets cette distance en place ce n'est pas pour me donner un genre. C'est parce que je suis pétée de trouille. Vous me faites flipper.
J'ai raconté trop de choses à des gens qui se faisaient chier au taf ou dans leur vie et qui cherchaient à se distraire. Des contacts qui se montent la tête sur la personne que je peux être et qui ne savent pas cacher leur déception.
J'ai perdu mon temps et des points de vie dans ce type de relation. Je n'ai pas de talent pour me lier. Je ne suis pas douée pour l'amitié. C'est pas à moi qu'on pense pour être témoin, marraine et tout le bordel.
Je ne m'en plains pas, c'est comme ça. Ça me convient.
Je suis chiante, intense, exigeante, directe, je sais que je suis plus facile à l'écrit qu'à l'oral. Je réfléchis davantage avant de balancer des punchline définitives au risque d'être odieuse
...
À l'écrit c'est autre chose. Je suis plus vulnérable, en un sens plus honnête aussi. Je suis triste quand je pense à l'usage qu'on a pu faire de cette honnêteté. On m'écrit parce qu'on se cherche une copine de ramasse.
Cherche partenaire pour aller mal ensemble.
Cherche complice dans l'ennui.
Cherche repères affectifs à dézinguer, travail soigné.
Cherche un mur contre lequel renvoyer ma balle.
Avec le temps on se méfie, on fait preuve d'un plus grand discernement. On les voit venir de loin les vampires qui s'emmerdent comme des rats et qui cherchent une distraction intellectuelle pour passer le temps.
Ça pourrait m'amuser mais je ne suis pas joueuse et je n'ai pas les ressources affectives pour faire face au rejet peu importe qu'il soit effectif ou ressenti. Je ne peux tout simplement pas me permettre de me ramasser encore et ça me rend heureuse de le savoir.
(...)
Enfin, j'ai pigé comment ça fonctionne tout ça et j'ai envie de dire à celles et ceux qui se sont fait leur trip, arrêtez les m&m's si vous savez pas vous gérer
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