Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

dimanche 26 avril 2020

Intérieur nuit

France culture rediffuse “une vie, une œuvre” sur Chantal Akerman. Ça ne s’appelle plus une vie une œuvre mais « toute une histoire ».

L’histoire d’une vie joyeuse et d’une fin tragique. Est-ce que c’est tragique de mettre fin à ses jours ? Je ne sais pas dire et je me garde bien de juger. J’aime la formule, mettre fin à ses jours, autant que j’aime la fin du jour et son début, le milieu, pour être franche, je suis pas fan. Au petit matin, tout reste à faire, l’espoir est permis, je suis excitée, avide de voir ce qu’elle a dans le ventre cette nouvelle journée. Et quand la nuit tombe, elle ne se fait pas mal, elle tombe comme une robe dont on dit qu’elle tombe bien. La nuit est comme la petite laine qu’on dépose sur mes épaules au premier frisson de l’automne, une étoffe soyeuse qui me console si le jour n’a pas été tout à fait comme je l’imaginais, en dépit de la bonne volonté et de la gourmandise. La nuit, elle apporte un message, elle dit que c’est pas grave, que demain est un autre jour avec de nouvelles chances, un potentiel, ça tombe bien.

Pendant les dernières minutes du documentaire, les pleurs du violoncelle de Sonia Wierder-Atherton me font plier, l’archer joue sur ma corde sensible jusqu’au point de rupture mais je tiens encore un peu.
Je ferme les yeux, ça aide. Je ferme les yeux quand j’ai peur, quand j’ai mal, quand c’est bon, quand ça saigne. Pour ne pas me voir en train de ressentir.
Je continue, même les yeux fermés. Ce n’est qu’un violoncelle.
Dans la voix de Chantal, il y a des décennies de clopes fumées, il y a beaucoup de rire aussi, des cris. On les devine, les cris, les éclats de voix. Quand je lis « Ma mère rit », c’est comme si elle me le lisait. J’entends sa voix, et les pauses pour aller fumer à la fenêtre ou se faire un café qu’elle boit noir. Je dis n’importe quoi pendant que sa mère rit. Je dis n’importe quoi pour couvrir le violoncelle qui joue avec le point de rupture comme un chat avec une souris à l’agonie, avec une mouche qui bat de l’aile entre ses griffes.

La fin des jours de Chantal, que j’appelle par son prénom depuis qu’elle fume des clopes à ma fenêtre en me parlant de sa mère, la fin de ses jours fait suite à la fin des jours de sa mère qui a cessé de rire.

Alors Chantal aussi, elle a perdu son sens de l’humour.

La réflexion qui clôture l’émission, elle se situe précisément entre ces deux morts, et là, je te le dis, il n’y a plus de point de rupture, il n’y a plus qu’un menton qui tremble et des yeux qui se noient. Tout se rompt, là. Les derniers mots finissent le travail du violoncelle. Me terminent. J'épluche mes légumes et j'en mène pas large, après coup c'est drôle.

Le coup de grâce, porté par la voix éraillée, ce sont ces mots simples :

« En fait, je me suis rendu-compte, qu'au fond, ma mère était le centre de mon œuvre. Maintenant que ma mère n'est plus là, il n'y a plus personne. »

Quand il n’y a plus personne, c’est la fin des jours et celle des nuits. Plus de lendemain. On fait comme on peut pour se sentir mieux, se sentir bien




lundi 20 avril 2020

Cuisine d'été

Lorsque j’ai retrouvé la fatigue, j’ai perdu le sommeil. Symptôme printanier qui se manifeste chaque année et qui disparaît en même temps que les nuits deviennent plus longues. Je peine à m’endormir et je me réveille avec les moineaux.
Aux premières lueurs de l’aube, mes paupières refusent de se rejoindre. Dans un premier temps je perds patience, ensuite, je perds le sens commun de chaque chose. Toutes mes journées sont tournées vers une nuit que je prépare en coulisse, je ne pense qu’à m’épuiser dans le but de tomber, je ne pense qu’à l’effort que j’associe au sommeil. Ça ne marche pas, c’est même la pire des bonnes idées. J’arrive au crépuscule avec le corps rétamé pensant dormir comme une souche, mais je galère, je m’exaspère, je perds ma patience et mes nerfs… Au matin, mes cellules sont crevées de la veille, la nuit n’a eu aucun effet sur la restauration de mes forces. Chaque année je traine une fatigue nerveuse considérable de mi-avril à fin juillet. Cette fatigue donne lui à des mouvements d’humeur qui s’apparentent plutôt à des embardées dépourvues de style. Pour un malentendu je te démarre en trombe. Je déploie une énergie considérable pour mettre un terme à toutes ces conneries là : Les gueulantes spectaculaires dolby stéréo réalisées sans trucage, les départs de feu dans mon regard, dans ma voix, les balles réelles qui partent au quart de tour…

Ma cuisine d’été est un labo de chimie où j’apprends à faire du doux avec de l’amer.

Pas prête

Mon animal préféré me fausse compagnie. Elle ne vient plus auprès de moi quand je l’appelle. Elle ne répond plus à son nom. En tout cas, plus comme avant.
Elle répond à la porte du frigo, à l’opercule du paquet de jambon, au couvercle d’un pot de rilllettes. Elle ronronne de moins en moins mais quand je passe ma main sous son cou, elle frotte ses joues en fermant les yeux.

Elle perd du poids, elle perd la boule mais elle me donne encore cette confiance qui me bouleverse.

J’ai compris depuis un moment que ça sentait la fin mais là, j’ai arrêté les conneries, j’ai arrêté de lui dire : je veux que tu vives encore 15 ans, j’ai arrêté de dire à Isa : Peut-être qu’on ne le sait pas encore mais que c’est un chat immortel. Peut-être qu'elle va finir dans le guiness des records. Elle a arrêté de me sourire poliment sans rien répondre. Moi, j’ai commencé à pleurer, parce que c’est ma nature d’anticiper. Je la regarde faire ses trucs bizarres et je la porte le moins possible car elle est fragile, je lui donne les mêmes caresses mais elles sont devenues plus douces encore. Je me ridiculise un peu mais ça, c’est pas nouveau. Je lui dis que je l’aime, et que je veux jamais qu’elle ait mal. Elle bave sur mon bras et j’appelle ça de l’amour. Plusieurs fois par jour je me répète que j’ai de la chance, une chance folle. Une chance qui miaule la nuit, une chance couleur cheminée, une chance qui dure depuis longtemps,à laquelle il manque des dents,  une chance qui bave, une chance qui cligne des yeux quand je lui fais des déclarations d’amour.

 Je me prépare mais je ne suis pas prête.

samedi 18 avril 2020

Avril

Un //
Je porte une glacière aussi lourde qu'encombrante. J'avance difficilement dans le sable chaud. La glacière contient deux bouteilles d'eau fraîche, une nature, l'autre teintée d'antésite. J'ai horreur de ça. Une pile de 6 verres duralex se cogne contre les bouteilles en verre. Le bruit sourd est très précis dans mon rêve. Mes pas s'enfoncent dans le sable qui me fait plus lente et pataude que jamais. La sensation qui domine n'est pas agréable, j'ai l'impression que je n'y arriverais jamais.
Au réveil ma main tâtonne, cherchant le sable, je referme mes paupières mais non, c'est fini, j'ai bel et bien grandi. Ce n'est plus le sable chaud qui me ralentit, mais quoi ?

Deux //
Des voisins se font des passes avec un ballon de foot. Je repense à ce ballon que j'ai explosé contre le mur de la maison de ma grand-mère. Jour après jour, je tapais dns cette balle pour calmer une colère qui n'en finissait pas de grandir. Il est devenu mou et inutilisable mais dans son rôle de sparing partner, il n'a pas démérité.
C'est insupportable d'entendre taper dans une balle. Je me demande comment faisait ma grand-mère pour me dire "Frappe, ma fille" sans câbler sur la nuisance. Il y a des êtres de lumière dans ce monde. Les autres essaient de préserver une modeste flamme en explosant des ballons contre des murs qui n'ont rien demandé.

Trois //
J'ai vu une fille danser seule dans la rue à 9h du mat. J'ai vu les gens autour d'elle se regarder entre eux en levant un sourcil. J'ai vu son sourire prendre des proportions démesurées en me demandant qui j'étais pour juger de la mesure ou de la démesure de quoi que ce soit.
Je ne sais pas ce qu'elle avait dans le casque mais ce qu'elle inspirait c'était un sentiment proche d'un bonheur extatique. Elle était belle de ça. J'ai prélevé un peu de son éclat pour ma journée. Son aura solaire comme carburant pour mon corps rincé par les insomnies. Elle irradiait encore longtemps après que je l'aie croisée. Un feu dans un coin de ma tête
Je me suis entendu articuler très clairement le mot merci.

Quatre //
J'ai croisé mon psy alors que j'étais en pleine conversation vidéo avec ma mère. Je parlais beaucoup trop fort dans la rue à cause du casque qui obstruait mes oreilles. J'en ai tiré une gêne. Comme si je partageais malgré moi quelque chose de trop intime. C'est pas comme si je lui racontais pas mes trucs en long en large et en travers depuis trois ans... Mais là, je n'ai pas choisi.
Je l'avais déjà croisé, bien sûr. Notamment une fois dans un bar à saucisses et une autre fois au rayon frais du monop où je me tapotais la joue avec un tube de harissa devant des pots de houmous.







lundi 13 avril 2020

T'es contente de ta connerie ?

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À côté de la mélancolie, un genre de sentiment tendre, éperdu. On peut appeler ça une crise d'amour. Les gens que j'aime me manquent, même-moi. Une partie du dimanche passée à regarder mon cerveau lyophilisé se craqueler de toutes parts. À regarder en face les séquelles de mes excès. J'ai cru me dégueuler moi-même. Sortir de mon corps pour un voyage astral au royaume de la culpabilité où m'attend ma couronne. Dans la pénombre, sous des lunettes qui polarisent pas grand chose. Il y a encore trop de lumière. Je gerbe du vide, on dirait que je me fous de la gueule du chat qui se galère avec une boule de poil qui lui irrite l'estomac. Ma boule de poil c'est trois gin tonic sévèrement dosés jetés dans un estomac vide.

À un moment sont arrivées des larmes d'exaspération. Ça me fait péter les plombs qu'on me demande de ne pas pleurer. Ça me rend féroce les conseils, les commentaires, les gens qui savent tout mieux que les autres.
Je suis contente, je sais rien, j'ai 37 ans et je fais les mêmes conneries qu'à 17. J'ai besoin de m'abrutir, de faire la conne et de m'en vouloir. Ça occupe. C'est pas grave.

À croire que je me retrouve HS pour avoir une occasion de prendre soin de moi. C'est comme l'envie impérieuse d'un tatouage quand t'es au bout de ta vie. Une blessure volontaire, une cicatrice ornementale. Tu t'en occupes, tu nettoies, pendant que tu panses ta toute nouvelle plaie, tu penses plus à ton trou dans le ventre.

Ce genre de délire. La position latérale de sécurité pour les nulles. Je cède à mes coups de tête. Forever young.

À la question :T'es contente de ta connerie ?
Je n'arrive pas à être désolée de répondre : oui

mercredi 8 avril 2020

Le temps mort // le temps libre

Il faut croire que la saveur du dimanche ne réside que dans la perspective de contrainte du lundi.
À croire que c'est une prise d'élan avant la propulsion dans une autre notion du temps.
Reprendre la main sur cette partie de vie qui consiste à gagner de l'argent qu'on ne peut pas dépenser Celle qui s'organise autour d'horaires, de trajets, de fatigue et de récupération.
J'ai passé trois semaines à chercher le meilleur moyen de tuer le temps qui semblait s'écouler au ralenti. Il y a eu de la joie, elle est dans mon ADN. Il y a eu de l'excès. Comment sort-on de la cage de notre propre psyché si ce n'est en usant et abusant des sésames les plus connus ?
Dans cette vie terrée, vaguement terrifiée, je me suis offert une fenêtre ouverte vers un ailleurs que mon imagination ne me permettait pas, une lucarne tout au plus, avec vue sur une réalité brusque qui s'imposait par à-coup. Je me suis offert à prix d'or une solitude synthétique sans laquelle je serais peut-être déjà folle.
Maintenant je prends les couleurs disponibles, j'ai remis mes muscles au service de mon bien-être, je ne suis plus désœuvrée.
Mon temps libre change de dimension,  je retrouve sous mes paupières des bains de mer, les verts d'avril, les projections heureuses, mes lieux d'ancrage, les vagues, le sable, la roche, la brise. Toutes les conneries que j'ai appris à convoquer quand ça dérape.
Ce qui se dissout dans les temps morts retrouve son épaisseur sur mon temps libre.
Amen

samedi 4 avril 2020

Le sourire de Carrie Fisher

C'est une photo de Carrie Fisher dans une poubelle qui m'a fait me sentir mieux. Après des heures d'effondrement émotionnel, j'ai vu les perspectives se dégager.

Comme une percée de lumière dans un ciel gris. J'ai tenté dans me blottir dans cette brèche.

Je porte la chemise trop grande de mon grand-père et c'est un réconfort qui s'ajoute au sourire de Carrie Fisher. Je ne comprends pas la taille de cette chemise qui laisse croire qu'elle m'a été léguée par une armoire, une baraque. Je me souviens pas comme ça de lui.
Aussi la maladie gâche les souvenirs, les silhouettes, les proportions, tout.

Je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé aux gens qui sont toujours choisi comme témoin de mariage, parrain, marraine des gosses etc.. . Je me demande à quoi ça tient, ce talent. Je pensais à ça parce qu'il me semble que c'est vraiment une caractéristique ce truc. T'as des gens comme ça. Pas moi. Et c'est pas grave au fond, je me demande simplement.
Je me suis souvent dit qu'on choisissait de donner cette place à un être cher pour faire famille, pour que le lien soit renforcé par autre chose. De la paperasse mais pas seulement. J'en sais rien.
Je pense que je suis la marraine de personne parce que je m'impose comme daronne étouffante alors ça suffit. Faire famille avec de la paperasse ça ne me concernera jamais. Ce que je me dis aussi, c'est que je suis un bon labrador et franchement, pas besoin d'officialiser quoi que ce soit avec un clébard. Tu peux tout lui faire, si t'es dans son coeur en mousse il finira par pardonner n'importe quoi. Il s'inquiètera, il attendra, il veillera et te défendra jusqu'au ridicule.
C'est mignon et je l'accepte. Pas besoin de contrat quand on sait que tu feras toujours plus ou moins partie des meubles.
Je pensais à ça pour me distraire de ma déprime. Pour détourner la tête du champ de ruines que je laisse derrière moi, derrière ces trois semaines de chaos émotionnel.

On sait, Nelson Mandela il avait pas la télé, c'est bon, et il nous cassait pas les couilles.

C'est pas tant d'être confinée dans mon appartement qui m'a effondrée. Je suis confinée dans mes secrets, mes hontes, mes mensonges et dans la solitude qui en découle. Confinée dans des promesses chaque nuit renouvelées, trahies dès le lendemain.
Je suis confinée dans des problèmes que j'ai  longtemps considérés comme des hobbies.

Je ronge mon os, je mords ma laisse, je cours dans mon sommeil, j'abois plus que je ne mords, je monte la garde mais l'ennemi est déjà là, vautré sur le canap, dans sa chemise trop grande, rêvant d'une crise de larmes, n'ayant plus de force pour le drame, pétrie par la trouille .

Franchement, c'est chaud, alors merci Carrie Fisher.