Je rêve que je marche sur la plage, je suis près du rivage, le sable est tassé et résiste à mes pas. Mes traces sont effacées par la mer qui lèche le sol de ses milles langues. Elles parlent chacune d'un sujet différent. J'écoute le chant du vent qui me décoiffe comme une main maladroite qui veut me dire son affection. Mes cheveux me cachent un peu la vue. La jetée, le port, la capitainerie et mon enfance. Une chanson de Patti Smith dont le volume varie par tranches de 10 secondes. Patti qui fait danser ses fantômes, pendant que les miens m'ebouriffent en se faisant passer pour le vent. Shake out the ghost dance. J'ai les yeux mi-clos comme des meurtrières, je pose ma main pâle dans celle du passé et je le laisse me guider.
Je ne pense pas que ce soit la nostalgie qui me conduise à rêver de mes enfances. J'y reviens comme pour ramasser un truc que j'avais malencontreusement laissé tomber. Quelque chose que j'avais peut-être volontairement abandonné. Les pièces du puzzle qui se fondent dans le décor.
Mon cerveau m'invite à revenir sur mes pas avant de les effacer définitivement. Pour regarder une fillette courir en riant, pour constater sa joie originelle, son appétit, sa gourmandise, son assurance. Je mêle ma voix au chant du vent. Je la reconnais à peine. Au réveil je me demande ce que tout ça veut dire. Je joue à la conne parce que je le sais très bien. Je regarde une photo de Patti Smith trouvée hier. Je repense aux années à fumer de la grosse frappe et à ne pas me souvenir de mes rêves. Je pense à ce con de Freud, à une gamine aux yeux bleus qui enlève une poignée de sable de sa chaussure, à la jetée, au port, à la capitainerie, à mon enfance.
