Je ne veux pas regarder le nuage noir au dessus de ma tête. Il est composé d'un agglomérat de petits soucis qui, mis bout à bout, finissent par prendre toute la place dans mon ciel.
Je veux qu'on me rende ce soleil là caché sous la tâche noire. Je ne sais plus parler. Je veux être serrée si fort qu'on puisse entendre mes os craquer. Que mon souffle soit coupé par l'étreinte. Je veux qu'on me dise, putain, arrête ton char, ça prend plus tes conneries. Un filet d'air qui s'échappe de mes bronches, serre, serre.
Je veux que ta main me brûle, je veux en garder la marque, pouvoir la regarder et me sentir importante à mes yeux.
Serre encore, fais nous mal.
Je ne veux plus de soupirs, d'exaspérations, de claquements de langue contre le palais, d'agacements, de ride du lion froncée sur moi.
Je préfère me cacher dans un lit qui serait mon vaisseau, mon tombeau, mon bâteau. Je veux retrouver mes mots.
Je ne veux plus me sentir embarrassée par mon corps. Je le regarde gagner en puissance, je sens les muscles gainés, le coeur plus calme, le sang fouetté. Et puis je me sens évidée, détourée grossièrement d'un décor vibrant.
Je veux sortir du sommeil lourd que j'ai attrapé comme une gale. L'envie de dormir qui démange, à la fois refuge et subterfuge. Sortir d'une série de baillements qui ne se termine jamais, la mâchoire décrochée, une larme au coin extérieur de l'oeil. Dormir pour ne rien expliquer, ne rien avoir à raconter, ne prendre aucun risque sinon celui du cauchemar.
Je veux qu'on me cherche
Je veux qu'on m'évite
Je veux qu'on me considère et qu'on me laisse tranquille
Je veux qu'on m'oublie
Je veux qu'on me dise : viens
Je veux qu'on me dise : tiens
Qu'on me dise rien ”