Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

mercredi 24 avril 2019

Adieu, Aurevoir #Corsica

5h, le réveil sonne et j'ai l'impression que je viens à peine de m'endormir. J'ai les oreilles qui bourdonnent et la tête lourde.
La séparation est pénible parce que je sens toujours des adieux tapis sous un simple aurevoir. Du coup je bâcle un peu...
Il pleut depuis la veille au soir. il y a eu le tonnerre et les éclairs, c'était beau. Maintenant c'est une pluie banale et lourde qui tombe droit, sans interruption.
6h, nous prenons la route dans un épais brouillard qui s'ajoute à la nuit, qui elle même s'ajoute à la route rendue inhospitalière par l'ambiance de fin du monde.
On ne voit rien à 10 m devant nous. On se tortille dans les épingles à l'aveuglette et je serre mes mains l'une contre l'autre, je respire mal mais j'ai confiance.
J'avais pas anticipé que la route puisse être si mauvaise dans le col de Sorba. Et puis le jour se lève, la brume aussi, nous entamons la descente et mes mains lâchent la pression.

Au deuxième col j'ai un peu la gerbe mais nous arrivons à temps.
On se quitte assez vite, j'aime pas trop ça les séparations dans les aéroports, les gares et tout. Toujours pour cette histoire des adieux qui ne sont jamais loin. J'ai toujours peur des dernières fois, surtout en ce moment où le niveau d'angoisse dépasse l'entendement. Je regarde jusqu'au bout, jusqu'à la dernière seconde les silhouettes disparaître.
J'achète un café dégueulasse et un pain au chocolat trop gras. Je reconnais le visage du couple qui était à mes côtés dans le vol aller. J'envie un peu leurs belles couleurs moi qui suis restée blanche comme une endive.

Je regarde un gay lire une biographie du pape François en croquant dans mon pain au chocolat comme on se met du gloss et je le juge.
Dans l'avion, ça mastique nerveusement des chewing gum, ça sent le fromage et ça me dégoûte. J'imagine dans les valises, les fromages à moitié vivants rapportés pour faire goûter aux potes et je pense que ça se voit sur mon visage que je suis pas tellement fan de l'idée.

J'ai le cafard quand je boucle ma ceinture. Une fille me demande si je voyage seule, si je veux bien prendre le hublot pour qu'elle soit à côté de sa copine.
Je dis oui, bien sûr, oui. Le hublot de toutes façons, c'est mieux pour pleurer. Je lui tend un sourire trempé, elle me rend un sourire gênée. Je me dis : T'es conne franchement, elle a rien demandé.

Quand l'avion décolle un gosse sur les genoux de son père me donne des coups de pieds dans la cuisse. Le père me dit : on va le canaliser. J'ai surtout envie que la mère de l'enfant se canalise parce qu'elle a un rire intense et ininterrompu qui me tape sur les nerfs. Le gosse boit du sirop d'anis dans un biberon, pitié, arrêtons ce loto des odeurs.

J'ai de la peine et j'ai le démon.

Pendant tout le vol j'essaie de déterminer ce qui est le plus embarrassant dans ce moment : Le rire de la meuf, la pastis du gosse, mes larmes désinhibées, le fromage qui daube.

Mais je crois que, finalement,  c'est ce mec qui lit une biographie du pape François.

lundi 22 avril 2019

Lestée // Délestée #Corsica

Nous montons à Rosse ce matin avec mon oncle et mon père. Il y a une vingtaine de minutes de voiture dans des lacets serrés avant d'arriver. C'est comme une berceuse sans parole, je me cale sur le rythme, j'ai la mémoire des virages.
Arrivée au village abandonné, nous surprenons un taureau, une vache et huit veaux impressionnés par notre présence. Ils se relèvent péniblement et vont plus loin pour marquer le coup.
Un peu plus tard d'autres vaches rejoindront le groupe initial. L'une d'entre elle s'est postée face à moi sans que je parvienne à déterminer la part de surprise et d'hostilité dans son attitude. Je n'ai plus bougé, j'ai à peine respiré, elle m'a regardée comme si j'étais un arbre chelou qu'il fallait contourner puis elle est passé très près de moi après avoir jugé qu'il n'y avait aucun danger.
Je me suis assise un moment sous le chêne sans âge rencontré il y a plus de 10 ans.
J'ai écrit quelques mots et j'ai contemplé une pierre que j'ai trouvé. Une pierre aux angles aiguës, limite tranchante. Mon oncle m'a assuré que je pourrai m'en servir pour aiguiser des couteaux.
Je l'ai sortie de ma poche et je me suis étonnée de sa forme, de la netteté de ses contours. J'ai mis deux pierres dans mon escarcelle lors de ce séjour et elles ont toutes les deux des tranches plates sur lesquelles s'appuyer solidement. Elles ne sont pas si grosses mais elles sont denses et étonnamment stables.
Sous mon arbre, je me charge les bronches de l'air du maquis, je pense à la rondeur, je pense aux pierres qui roulent et aux couteaux.
Je regarde loin devant, le plus loin possible. Le cafard que je me traîne depuis quelques jours s'est envolé pour le moment. Loin devant, il n'y a rien d'inquiétant, des forêts profondes et une rivière qui serpente.
Rien ne semble avoir bougé. J'ai toujours rencontré des animaux à cet endroit précis. Des marcassins, des chèvres, un cheval et aujourd'hui des vaches des veaux et un imposant taureau.
Je suis toujours repartie d'ici avec plus de joie qu'à mon arrivée et avec de la caillasse.
J'arrive évaporée, je repars lestée de pierre, délestée d'une part de mon fond d'angoisse. Toujours.

samedi 20 avril 2019

En Vol #Corsica

Dans l'avion pour Ajaccio
Le temps semble s'être arrêté. Le service à bord passe dans l'étroit couloir et je me décide au dernier moment à prendre de l'eau pétillante et un paquet de m&ms.
Les m&ms donnent une autre dimension au temps. J'essaie de les faire durer.


Je regarde la vue depuis le smartphone de gens émerveillés. Je les comprends, c'est vrai que c'est beau. Les sommets enneigés et tout.

Je lis La Vie Intelligente d'Aurélie William Levaux mais je crois que ça me touche trop pour un jour comme celui ci. Les dessins principalement me filent le bourdon.

Le couple à côté de moi me console de l'histoire triste que j'étais en train de lire. L'histoire de la péremption de l'amour.
Ils se prennent la main et la femme se jette parfois en souriant dans le cou de son homme.

Ça me fait du bien. J'ai besoin de romance, même en tant que spectatrice, ça me va. 


Nous survolons la méditerranée et je me sens mieux.


Une jeune fille nerveuse commande sa deuxième canette de Heineken. Elle discute avec sa voisine qui ressemble à une universitaire féministe. La soixantaine en pantalon de velours à côtes fines.

Elles plaisantent ensemble et c'est bien parce que la plus jeune a pleuré fort au décollage alors qu'elle coupait une communication FaceTime avec une personne à laquelle elle envoyait des baisers avec sa main. Elle porte un vernis doré très bien posé et de nombreux bracelets au poignet gauche dont deux qui donnent à lire les prénoms Océane et Louka. J'imagine que ce sont ses enfants. J'ai toujours un peu tiqué sur le prénom Océane parce que ça me fait penser à un nom de Pizza aux fruits de mer. 


On appellerait pas une gamine Forestière ou Savoyarde. 
J'en démords pas. 

Plus tard à Ajaccio, plusieurs nana font la queue pour les chiottes, la fille nerveuse à l'enfant pizza trace devant tout le monde pour aller chez les mecs en lâchant à haute voix "Seigneur Dieu". Elle déglingue à moitié la porte et j'aime bien son attitude. J'aime bien les gens qui entrent partout comme dans un saloon. 

Mes oreilles deviennent douloureuses. Une seule en fait, la gauche. Une main à broyer ce serait pas de refus. J'essaie d'éviter les regards quand je commence à sentir une grosse larme se remplir. Les gens bien sympa qui expliquent comment on dépressurise à une grande fille de 36 ans me fatiguent un peu même si l'intention est bonne. Alors j'évite les regards et je me dissous dans mon siège 11 C. Dans ma douleur. 

J'ai très basiquement la peur d'exploser dans une flaque de sang à cette minute. 
J'ai claqué 10 balles dans un dispositif qui galère à fonctionner sur l'oreille gauche. C'est pas pour les dix balles, non, mais j'ai fait confiance à ce truc sur lequel je peux habituellement compter et là ça marche pas. 


Quand finalement la pression s'échappe, c'est une déflagration mais mon soulagement est bien plus fort que la douleur est vive. Je remballe ma larme. 

Je regarde le couple qui ferme les yeux en se serrant les mains. Rien ne peut leur arriver, ça me tranquillise. 


J'ai hâte de poser un pied en Corse. Je sais que je ressentirai une consolation, que cet état moral vaseux n'est pas durable. Je sais que ma solitude se mettra en veille pour quelques temps et que je vais pouvoir me reposer sur des épaules plus fortes que les miennes. 
Je le ferai discrètement, ce sera à peine perceptible, les gens souvent te sauvent de ton cerveau sans même le savoir. Ils disent une phrase à la con qui se trouve être la clef de voûte de ton équilibre pour un instant. 

Alors c'est un ravissement et c'est bon à prendre... ça dure le temps que ça dure et souvent, on n'est pas en mesure de faire la difficile. 

Ils s'en rendent pas compte. Ils pourraient essayer de te remettre d'équerre avec des mots choisis qui te sont personnellement destinés mais en fait c'est pas grand chose, une anecdote, une expression du visage. 

Je me pose sur les épaules solides comme un insecte et je me fais croire que je suis un oiseau, que le décollage est proche. 

C'est bien. 


vendredi 19 avril 2019

Coeur de pierre #Corsica

J'étais venue me remettre d'une sale histoire. Je savais que c'était le meilleur endroit pour ça. Ma grand mère est une adepte de cette thérapie bien connue des alentours de la méditerranée consistant à faire manger les gens qu'on aime jusqu'à ce qu'ils n'aient plus l'énergie de faire autre chose que digérer. Mange ma fille, mange.
J'avais plus la force des larmes. Mange, tu sais pas qui c'est qui te mangera.
Parfois, entre les repas, les larmes abondaient à nouveau, je me cachais dans ses bras. Elle disait pas grand chose dans ces moments là, elle mettait de l'eau dans la bouilloire et sortait un paquet de galettes. Elle m'embrassait fort pas loin des oreilles et me parlait de ce qu'elle ferait à manger le soir même. La bouffe ça fait bien diversion.
Pendant ce même séjour, nous étions allées à Rosse où la vue sur la vallée du Fium'orbu est magnifique. Nous étions avec ma grande tante et mon oncle qui parlait avec le berger. Il y avait aussi un cheval, ça avait de la gueule.
Ma grand mère avait un sourire qui traduisait son apaisement. Elle m'a dit, je me cherche une pierre. Je me suis mise moi aussi à me chercher une pierre. J'en ai trouvé une en forme de coeur dans les tons roses. Un coeur qui craint rien, prêt pour une transplantation.
Nous nous sommes assises toutes les trois devant les montagnes. Nous avions nos pierres, nous nous avions nous, nous étions plus solides que tous les minéraux du monde pendant de longues minutes.
J'ai toujours le cœur de pierre.
Il est toujours pas transplanté.
Quand je me cherche des problèmes, que je me colle la mort, je pense aux pierres, ça me fout le cafard de me dire que quand elle sera plus là, je pourrai plus les blairer les pierres. Je regarderai la montagne, j'en mènerai pas large. Peut-être que j'aurai la force de me dire, allez, mange ma fille, mange, et je penserai à autre chose.
On peut pas le savoir à l'avance. Et des cailloux y'en a tellement, j'ai pas fini de chialer.
Mais pour l'instant je profite tant est plus. Je me ressers, je laisse pas mon tour, il vaut mieux m'avoir en photo qu'en pension etc...
Et je me ressers aussi des bisous près des oreilles, l'amour qui blinde le bide et pète les tympans. J'en profite parce que c'est vrai, je sais pas qui c'est qui me mangera.

La peur du blanc

Pendant quelques jours, j'ai vécu comme ça, dans une tourmente silencieuse à affronter seule des élans bizarres. D'une minute à l'autre les sentiments les plus radicaux qui prennent le pouvoir. Ça va loin, de la colère noire au désespoir. Et parfois, quelque chose de nouveau, je ne sais pas comment l'appeler, c'est un peu comme l'amour mais une version radicale. Une gratitude profonde qui s'empare de chaque cellule de mon corps. Je déborde, ça me colle limite la gerbe. C'est écœurant. J'aimerais des yeux à regarder fort, autre chose, je ne sais pas quoi. Un truc auquel m'accrocher. C'est une poussée, une crise aiguë.
Je voudrais prendre le chagrin des miens, les alléger, ça va aller. Je passe des cimes aux abysses en quelques secondes. Je me comprends pas. La beauté, la bonté m'étouffent et succèdent à l'amertume.
Ça disparait comme c'est venu. Ça prévient pas.
Et c'est reparti pour un tour de nuancier. D'ailleurs nuancier c'est pas le bon mot, c'est pas comme si je me tapais un cercle chromatique complet, ça se limite aux nuances de noir, de rouge, de blanc. Le blanc, c'est le plus flippant en fait, parce que je sais pas quoi en foutre de ce flux là. Je me sens pas prête à gérer la gratitude et les conneries comme ça. C'est comme une montée d'ecsta mais sans produit, sans descente progressive. On m'a souvent dit que ce serait plus paisible pour moi si j'accueillais ma nature sans m'en méfier. Ça me prend comme ça, au détriment de mon hospitalité, j'ai pas le temps de savoir si je suis prête ou pas que c'est déjà là. Je veux bien accueillir mais j'aime pas les surprises.
La honte, la haine, la rage, la joie, le désir, l'envie, tout ça, je sais. J'ai appris à faire avec et sans.
Mais là, non, je sais pas. Je voudrais me sentir complète mais pas d'un coup et pour une durée incertaine. C'est trop puissant, trop soudain, je me sens saturée, j'ai des hauts le coeur. Je gère mieux les bas.
Quand on a peur du noir on a juste à chercher l'interrupteur pour allumer la lumière. Je cherche un moyen de gérer ma peur du blanc

mardi 2 avril 2019

de la nostalgie aux promesses

Rentrer de Paris, à reculons et le cœur énorme. Positivement gonflé d'un désir que j'avais étouffé.

J'oublie toujours que j'aime Paris. Que je l'ai tant aimée. J'ai un trac taré quand je la retrouve, le voyage aller je le passe tendue comme une arbalète. Et puis je pose un pied sur le quai et j'ai envie de tout.

Ce que je peux avoir et ce que je n'aurai jamais.

J'ai eu 18 ans ici, j'étais mal dégrossie, jument pas débourrée qui te bouffe la main si t'essayes de lui mettre le mors aux dents.

Qui prend des poses, qui se veut définitive et confond les postures avec des traits de son caractère. Tu crois que t'as tout pigé mais t'as surtout assimilé l'art de la feinte. Tu joues à un, deux, trois soleil mais y'a que toi qui ne le sais pas. Tu gesticules dès qu'on a le dos tourné.

Des sessions régulières avec la mort dans l'âme. Des éclats de jeunesse mais pas d'erreurs de parcours. Les sourcils froncés de fille qui sourit quand elle se brûle. Qui s'invente une attitude et c'est pas mal exécuté. On a vu pire.

Mais bon, on fait pas grand chose avec des flammes,ça fait chier de l'admettre mais les braises sont plus prometteuses.

Tout à l'heure ça fera 20 ans.

Toujours pas de mors aux dents.

Un peu moins de mort dans l'âme.

La voracité s'est changée en gourmandise.

La nostalgie en promesseS