Le 14 juillet c'est l'anniversaire de ma grand-mère, Marie-Antoinette. Enfant, je pensais que les feux d'artifice lui étaient destinés. Quand je n'étais pas avec elle ce jour là je lui racontais au téléphone, on était à ton anniversaire c'était super.
Il y a une vingtaine d'années elle a emménagé à Martigues dans un appartement au 6ème étage avec une vue sur l'étang de Berre. Pour le 14 juillet, depuis son balcon on voit tous les feux d'artifice les uns à la suite des autres, parfois en même temps. Marignane, Istres etc... Toutes les villes autour de l'étang qui envoient la sauce.
Je me rappelle d'être sur le balcon et de regarder son visage, les couleurs qui explosent sur son sourire et dans ses yeux. Je suis sûre qu'elle se raconte que c'est pour elle quand même.
Aujourd'hui je l'ai appelée pour lui souhaiter un bon anniversaire et elle m'a dit comme chaque année : tu te rappelles quand t'étais petite ?
Je lui ai dit oui, je me rappelle. Mais parfois, elle me demande si je me rappelle des trucs et je dis non même si j'oublie jamais rien et que c'est mon drame. Je dis non pour qu'elle me raconte encore et encore avec sa voix qui sourit. Et je fais un peu semblant, ah oui, ça me revient.
Là j'ai dit oui, je me rappelle, il y a toujours un très beau ciel pour ton anniversaire et je pense tout le temps que c'est pour toi. Les feux d' artifice me font un peu peur, je peux pas être trop près, je le regarderai ce soir depuis la fenêtre de notre chambre, je rassurerai les chattes qui vont croire que c'est la guerre, je penserai au balcon de ma grand-mère et à la vue imprenable qu'il offre sur son sourire de petite fille.
Bien sûr que je me rappelle.
Zed Zonk, des cimes aux abysses
dimanche 14 juillet 2019
mardi 9 juillet 2019
L'amorce d'une danse
L'amorce d'une danse //
J'étais arrêtée la semaine passée. On a pris cette décision avec ma généraliste parce que j'avais une pharyngite carabinée, des céphalées qui me donnaient l'impression qu'on essayait de me clouer les yeux, le tout sur fond de dépression. Peut-être que je devrais dire déprime plutôt que dépression. Un psychiatre que j'ai vu il y a bien des années m'a dit que la différence entre la depression et la déprime réside dans notre capacité à faire preuve de second degré. Quand on parvient à être ironique, à garder du recul sur la situation ça reste gérable et on peut bricoler plus ou moins seule sans donner l'alerte.
On le sent quand c'est la dépression, plus de couleurs, plus d'envie, on raisonne en niveau de gris, on attend les secours et la couverture de survie alors qu'on les a pas appelé.
Là c'est pas ça.
Il y a des moments comme ça, j'accumule une grande fatigue sociale. J'ai vu trop de monde, fait trop d'effort, j'ai fait trop de choses même si ça n'a l'air de rien C'était bien, aucun regret, mais j'ai brûlé ma jauge d'interactions sociales et je sais que tout va rentrer dans l'ordre après une période de réclusion organisée autour de l'écriture, de la lecture et de la sieste.
On a parlé rapidement hier avec E et O de la somatisation des maux qui résultent de nos états psychiques. Je pense savoir très précisément ce qui psychiquement m'a amenée à perdre mon souffle, à rendre la prononciation de chaque mot douloureuse. Je vois très précisément à qui j'ai eu envie d'hurler mon mode d'emploi à la gueule en demandant du respect. Je ne l'ai pas fait, préférant me rendre malade. J'ai pensé et repensé à ce que j'aurais pu dire pour m'éviter ça mais je ne trouve rien qui puisse s'exprimer calmement. Rien d'assez propre et j'en ai marre de faire du sale. Ce que je remarque aujourd'hui après avoir retrouvé mon souffle et mon calme, c'est un grand sentiment d'espoir. Après des jours et des jours à ruminer sur l'air de qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça, j'ai ma réponse : rien.
Et aussi, les relations devraient être détachées de toute notion de mérite. On s'en fout, c'est bon, on est pas Sarkozyste.
Je me sens heureuse de l'amour propre que j'ai découvert sous les décombres de mon ego, en fait rien n'était définitivement brisé et j'ai pu restaurer un socle stable.
Je dis restaurer m'alors que j'ai du l'inventer de toutes pièces mais laissons ce petit mensonge me faire du bien.
Je me sens prête à couper court aux derniers élans d'amour sale. Je piétine les dernières braises. Mon pas n'est pas teigneux mais léger comme l'amorce d'une danse. Je vais mieux.
Longtemps j'ai cherché de la compagnie, maintenant je cherche aussi du respect.
Pour soutenir mon activité :
https://fr.tipeee.com/zed-zonk-fanzine/news
J'étais arrêtée la semaine passée. On a pris cette décision avec ma généraliste parce que j'avais une pharyngite carabinée, des céphalées qui me donnaient l'impression qu'on essayait de me clouer les yeux, le tout sur fond de dépression. Peut-être que je devrais dire déprime plutôt que dépression. Un psychiatre que j'ai vu il y a bien des années m'a dit que la différence entre la depression et la déprime réside dans notre capacité à faire preuve de second degré. Quand on parvient à être ironique, à garder du recul sur la situation ça reste gérable et on peut bricoler plus ou moins seule sans donner l'alerte.
On le sent quand c'est la dépression, plus de couleurs, plus d'envie, on raisonne en niveau de gris, on attend les secours et la couverture de survie alors qu'on les a pas appelé.
Là c'est pas ça.
Il y a des moments comme ça, j'accumule une grande fatigue sociale. J'ai vu trop de monde, fait trop d'effort, j'ai fait trop de choses même si ça n'a l'air de rien C'était bien, aucun regret, mais j'ai brûlé ma jauge d'interactions sociales et je sais que tout va rentrer dans l'ordre après une période de réclusion organisée autour de l'écriture, de la lecture et de la sieste.
On a parlé rapidement hier avec E et O de la somatisation des maux qui résultent de nos états psychiques. Je pense savoir très précisément ce qui psychiquement m'a amenée à perdre mon souffle, à rendre la prononciation de chaque mot douloureuse. Je vois très précisément à qui j'ai eu envie d'hurler mon mode d'emploi à la gueule en demandant du respect. Je ne l'ai pas fait, préférant me rendre malade. J'ai pensé et repensé à ce que j'aurais pu dire pour m'éviter ça mais je ne trouve rien qui puisse s'exprimer calmement. Rien d'assez propre et j'en ai marre de faire du sale. Ce que je remarque aujourd'hui après avoir retrouvé mon souffle et mon calme, c'est un grand sentiment d'espoir. Après des jours et des jours à ruminer sur l'air de qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça, j'ai ma réponse : rien.
Et aussi, les relations devraient être détachées de toute notion de mérite. On s'en fout, c'est bon, on est pas Sarkozyste.
Je me sens heureuse de l'amour propre que j'ai découvert sous les décombres de mon ego, en fait rien n'était définitivement brisé et j'ai pu restaurer un socle stable.
Je dis restaurer m'alors que j'ai du l'inventer de toutes pièces mais laissons ce petit mensonge me faire du bien.
Je me sens prête à couper court aux derniers élans d'amour sale. Je piétine les dernières braises. Mon pas n'est pas teigneux mais léger comme l'amorce d'une danse. Je vais mieux.
Longtemps j'ai cherché de la compagnie, maintenant je cherche aussi du respect.
Pour soutenir mon activité :
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jeudi 4 juillet 2019
Le mutant
On passe devant un bâtiment du genre ancien lidl réhabilité en église évangéliste qui me fait une forte impression. Je le dis et je pense que ça pouvait aussi être le mutant. C'était même plus du hard discount le mutant, on pouvait remplir un plein caddie pour 100 francs, c'était leur meilleur argument publicitaire. Il y en avait en Haute-Saône dans le temps et on y allait quand on vivait à Gray même si on a toujours été team lidl. Je me rappelle des allumettes du mutant qui traînait sur la table de la cuisine. Une boîte bleue classique avec écrit LE MUTANT en jaune, le dessin d'une flamme et l'indication 240 allumettes. Avec ça t'as le temps de voir venir.
Il me laisse devant la gare, sort du camion pour me serrer, je lui dis que je l'aime il me dit que lui aussi. J'ai un pincement au cœur, toujours le même.
Un homme debout devant la porte d'entrée me prévient que le train pour Mulhouse accuse un retard de 2h. C'est énorme.
Je passe une heure à la terrasse d'un troquet et la suivante devant la gare, au soleil, et puis auprès de l'employée à essayer de mettre mon voyage en règle pour la suite.
Au bar, j'écris longuement, je profite du temps qui m'est offert. Ça servirait à rien de péter un câble. Je pense à l'amitié qui reste toujours le sujet de préoccupation numéro un en ce moment. À égalité avec ma santé mentale qui s'étiole.
Quand je retourne dans la gare pour voir mon billet avec la nana, elle fait un carnage, annule mon voyage, me donne d'autres billets qui n'ont rien à voir avec ce que je lui ai demandé. Elle me demande 1,70 pour régulariser le tout. Là c'est à peine trop, je refuse et lui explique que je verrai à bord avec le contrôleur. Même 1 pauvre euros 70 ça me paraît trop cher payé pour le temps que je viens de perdre. Faut pas déconner.
Elle est sympa, beau sourire, c'est chiant. Je voudrais qu'elle soit conne et obtuse pour passer mes nerfs. J'en tire aucune fierté, non, mais c'est vraiment chiant de sourire à quelqu'un qui comprend rien, qui me donne envie d'hurler.
J'ai envie de retrouver mon amour, ma santé, mon souffle. Ça fait une semaine que je respire dans une paille. Le pire est passé. Le pire c'était cette sensation d'avoir du verre pilé coincé dans la gorge associée à la sensation de lourdeur derrière les yeux, le cerveau congestionné.
Il me laisse devant la gare, sort du camion pour me serrer, je lui dis que je l'aime il me dit que lui aussi. J'ai un pincement au cœur, toujours le même.
Un homme debout devant la porte d'entrée me prévient que le train pour Mulhouse accuse un retard de 2h. C'est énorme.
Je passe une heure à la terrasse d'un troquet et la suivante devant la gare, au soleil, et puis auprès de l'employée à essayer de mettre mon voyage en règle pour la suite.
Au bar, j'écris longuement, je profite du temps qui m'est offert. Ça servirait à rien de péter un câble. Je pense à l'amitié qui reste toujours le sujet de préoccupation numéro un en ce moment. À égalité avec ma santé mentale qui s'étiole.
Quand je retourne dans la gare pour voir mon billet avec la nana, elle fait un carnage, annule mon voyage, me donne d'autres billets qui n'ont rien à voir avec ce que je lui ai demandé. Elle me demande 1,70 pour régulariser le tout. Là c'est à peine trop, je refuse et lui explique que je verrai à bord avec le contrôleur. Même 1 pauvre euros 70 ça me paraît trop cher payé pour le temps que je viens de perdre. Faut pas déconner.
Elle est sympa, beau sourire, c'est chiant. Je voudrais qu'elle soit conne et obtuse pour passer mes nerfs. J'en tire aucune fierté, non, mais c'est vraiment chiant de sourire à quelqu'un qui comprend rien, qui me donne envie d'hurler.
J'ai envie de retrouver mon amour, ma santé, mon souffle. Ça fait une semaine que je respire dans une paille. Le pire est passé. Le pire c'était cette sensation d'avoir du verre pilé coincé dans la gorge associée à la sensation de lourdeur derrière les yeux, le cerveau congestionné.
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