Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

mardi 30 juin 2020

Dans mon rêve il y avait peu de couleurs mais de nombreuses nuances
Quand mes yeux se sont ouverts je me suis sentie trahie
La réalité m'a déçue
J'avais encore ton amitié collée sur la peau
Les sentiments que tu as déposé en me serrant
Je ne sais jamais qui serre l'autre
Trop tanquée, trop baraque
Je fais craquer les os
J'ai pensé à la couleur de tes cheveux et la lumière s'est allumée d'elle même
J'ai actionné l'interrupteur comme Carrie White déclenche des catastrophes naturelles à force de colère rentrée
Mais on sait que rien ne reste longtemps calme chez moi
Les tempêtes dans des verres d'eau sont comme une spécialité
Suggestion du chef
Je crois que le silence inocule les remords
Qu'il vaut mieux dire avant que la vérité s'altère au point de devenir un mensonge
Ça fait des jours que j'écris comme ça
Comme un livre raté de développement personnel
Là je me vois attaquer un chapitre ésotérique sur les apports et limites des rêves sur la vie verticale
J'ai la nostalgie, je décide de passer cette journée aveuglée par le doré de tes cheveux
J'essaie de ne pas en vouloir à la réalité, de pardonner au jour ce qu'il fait à la nuit
Sous mes yeux des lunes noires comme les questions que je ne pose pas
Et dans ma bouche, rien
C'est déjà quelque chose


Complexe mais pas compliquée

La tension retombe au moment où les minutes de soleil sont arrachées au jour.

Une à une pendant les prochains mois.

Les miracles se font dans mon dos, comme celui des jours sang devenus des jours "avec".
Les chairs se déchirent mais les émotions s'émoussent, les couleurs pâles reposent l'oeil. Pendant une bonne semaine tu te sens comme le couteau qui cherche où se planter, qui se demande quoi détruire qui ne le soit pas déjà. Et puis tu es désarmée, tu perds le goût de la violence, c'est trop tard. Ça reviendra, c'est toujours le même cycle, jusqu'à l'épuisement des stocks de seum, toujours la même rengaine et les mêmes mots pour la chanter.
J'aimerais te dire qu'on n'est pas pété pour toujours mais ce serait une insulte à ton intelligence. Ce que je peux te dire, ce que je crie à peu près tous les mois sur à peu près tous les toits, c'est que tout passe, même si ça revient, c'est plus pareil, c'est comme les vagues, t'en as pas une comme l'autre. Paye ton image à la con.

J'ai arrêté de me demander à quelle sauce j'allais être bouffée quand j'ai commencé à me rendre indigeste.

J'ai trouvé l'équilibre quand j'ai renoncé à la stabilité, que je me suis balancée sur des jambes molles ouvertes à la conquête de nouveaux appuis.

La complexité sans aucune forme de complication.

mercredi 10 juin 2020

Cette ville au loin perdue


Pendant des années ça m'était insupportable de revenir sur ces pas là mais désormais ma nostalgie revêt de belles couleurs et le pèlerinage est d'une douceur lancinante.

J'ai recollé les pots cassés, j'ai pris le temps de refaire le puzzle des belles images qu'on a déchirées. Les appels restés lettre morte, le mal qu'on s'est fait. On s'est abîmé, à croire qu'on l'avait choisi.

Je n'irai plus jamais marcher dans ce village où résonne encore mon ennui et ce silence sidéré que j'ai eu bien de la peine à me pardonner. Quand j'y repense, je suis encore terrifiée, j'ai encore peur de respirer, peur de cligner des yeux, peur d'exciter les monstres sous mon lit, peur de me rappeler à eux.

Quand j'y suis retourné, il y a cinq ans déjà, j'ai senti une terrible pesanteur, le poids de mes choix dans les yeux de ceux qui sont restés. Nous avons mangé des frites sur des bancs de kermesse, nous avons marché dans les allées d'un vide-grenier glauque. J'ai vu des filles de mon âge vendre des merdes, des jouets, des articles de puériculture, table à langer et chaise haute évolutive.

J'ai baissé le regard pour ne pas prendre le risque d'être reconnue ou de reconnaître. Mais même sans regarder, j'ai vu. C'est comme une gale qui m'a sautée dessus.
Il n'y avait pas de couleurs, seulement des nuances de gris. C'était un jour blanc, eblouissant.
Nous étions quatre représentants du lobby gay peut-être un peu condescendant dans nos fringues de crâneuses.
J'ai regardé l'arbre autour duquel ma classe avait chanté je ne sais plus quelle chanson quand nous l'avons planté en 1989 pour le bicentenaire de la révolution.
Longtemps il a gardé un ruban bleu-blanc-rouge enroulé autour du tronc. Il m'a semblé malingre, comme s'il avait refusé de grandir, j'ai pensé à de la mauvaise terre, à une maladie. J'ai noirci le tableau comme on le fait dans les mauvais souvenirs ou après un cauchemar.

C'est moi qui avait choisi de revenir, c'est moi qui ai répondu oui quand Joris m'a demandé si j'étais sûre, j'ai fait la mariole, j'ai pas tenu longtemps. J'étais clairement pas sûre mais j'avais encore l'habitude d'ériger la douleur en religion.

Devant notre ancienne maison, j'ai eu envie de chialer ma mère, mon père, mon frère. Elle m'a semblé minuscule alors qu'elle abritait de si grands sentiments.

Là bas, je n'irai plus jamais, mais je suis bien aux alentours, aux environs des sables mouvants il reste de belles balades à faire, je n'ai plus l'énergie de me les confisquer.

La voiture lancée sur les petites routes, on écoute plein coeur, comme un ouragan, 100% succès français, 0% de déception. On chante, j'ai arrêté de pleurer pour tout ça. Je suis résiliente, j'en ai vu d'autres et c'est pas terminé. Alors autant chanté des succès français, 100% yaourt.

J'ai l'impression d'avoir une connaissance viscérale du moindre virage. Je me laisse bercer, consoler.

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. La première fois que j'ai entendu cette phrase, c'est de la bouche d'un prof de SVT au collège. On disait pas SVT mais sciences naturelles. Elle s'est gravé dans ma mémoire comme un slogan publicitaire. Comme toutes les pub à la con qui passent à la radio.

Dépannage 70, la casse-auto qu'il vous faut.

De la pourriture né le compost.

Dans cette région obscure de mon cerveau, j'ai planté un arbre qui n'est ni malade ni malingre. Je me repose sous son ombre, je n'ai plus peur de m'endormir, je rêve que je rêve, j'attends d'en récolter les fruits.


vendredi 5 juin 2020

Les eaux claires

Quand j'ai commencé à creuser, je ne savais pas ce que j'allais trouver. L'or, la merde ou l'un déguisé en l'autre.
J'ai vu des eaux claires scintiller comme un ciel et j'ai voulu y baigner mon corps.
J'ai marché dans une vase compacte et tout s'est troublé, je n'ai plus vu où je mettais les pieds. J'ai pensé à l'or qui se cache dans la merde. Mon pas s'est fait plus lourd, mes intentions m'écrasaient les épaules, j'avais le corps plié et j'appelais ça une danse.
Chaque pas semblait éloigner de moi le scintillement et la clarté. Je crois que je m'enlisais. J'ai pensé à me laisser avaler par la vase ou à laisser tomber, revenir sur mes pas, regagner la berge et détourner le regard de mes eaux sales. Abandonner l'idée du scintillement et de l'eau claire.
J'ai tenu ma tête entre mes mains, je me suis sentie implantée profondément dans le limon, j'ai vu mes jambes nues disparaître et j'ai serré très fort mes tempes. J'ai pensé à hurler mais j'ai ressenti la honte. Je me suis vue de loin, c'était ridicule mais pas drôle. C'était triste. J'ai eu peur.
Peur comme quand on pense ouvrir un livre mais qu'on trouve un miroir. Quand on veut y lire une belle histoire mais que c'est juste un procès.
J'ai détendu mes doigts et j'ai fermé les yeux, j'ai caressé mon crâne, je me suis tenue immobile et j'ai attendu.
Je me suis demandé si la vase était un état d'esprit et les eaux claires un leurre. Dans le doute, je me suis couchée en boule derrière mes paupières pour attendre la fin des turpitudes. Il faisait noir, tout était chaud et c'est d'ici que j'écris.