Dans mon rêve il y avait peu de couleurs mais de nombreuses nuances
Quand mes yeux se sont ouverts je me suis sentie trahie
La réalité m'a déçue
J'avais encore ton amitié collée sur la peau
Les sentiments que tu as déposé en me serrant
Je ne sais jamais qui serre l'autre
Trop tanquée, trop baraque
Je fais craquer les os
J'ai pensé à la couleur de tes cheveux et la lumière s'est allumée d'elle même
J'ai actionné l'interrupteur comme Carrie White déclenche des catastrophes naturelles à force de colère rentrée
Mais on sait que rien ne reste longtemps calme chez moi
Les tempêtes dans des verres d'eau sont comme une spécialité
Suggestion du chef
Je crois que le silence inocule les remords
Qu'il vaut mieux dire avant que la vérité s'altère au point de devenir un mensonge
Ça fait des jours que j'écris comme ça
Comme un livre raté de développement personnel
Là je me vois attaquer un chapitre ésotérique sur les apports et limites des rêves sur la vie verticale
J'ai la nostalgie, je décide de passer cette journée aveuglée par le doré de tes cheveux
J'essaie de ne pas en vouloir à la réalité, de pardonner au jour ce qu'il fait à la nuit
Sous mes yeux des lunes noires comme les questions que je ne pose pas
Et dans ma bouche, rien
C'est déjà quelque chose
Zed Zonk, des cimes aux abysses
mardi 30 juin 2020
Complexe mais pas compliquée
La tension retombe au moment où les minutes de soleil sont arrachées au jour.
Une à une pendant les prochains mois.
Les miracles se font dans mon dos, comme celui des jours sang devenus des jours "avec".
Les chairs se déchirent mais les émotions s'émoussent, les couleurs pâles reposent l'oeil. Pendant une bonne semaine tu te sens comme le couteau qui cherche où se planter, qui se demande quoi détruire qui ne le soit pas déjà. Et puis tu es désarmée, tu perds le goût de la violence, c'est trop tard. Ça reviendra, c'est toujours le même cycle, jusqu'à l'épuisement des stocks de seum, toujours la même rengaine et les mêmes mots pour la chanter.
J'aimerais te dire qu'on n'est pas pété pour toujours mais ce serait une insulte à ton intelligence. Ce que je peux te dire, ce que je crie à peu près tous les mois sur à peu près tous les toits, c'est que tout passe, même si ça revient, c'est plus pareil, c'est comme les vagues, t'en as pas une comme l'autre. Paye ton image à la con.
J'ai arrêté de me demander à quelle sauce j'allais être bouffée quand j'ai commencé à me rendre indigeste.
J'ai trouvé l'équilibre quand j'ai renoncé à la stabilité, que je me suis balancée sur des jambes molles ouvertes à la conquête de nouveaux appuis.
La complexité sans aucune forme de complication.
Une à une pendant les prochains mois.
Les miracles se font dans mon dos, comme celui des jours sang devenus des jours "avec".
Les chairs se déchirent mais les émotions s'émoussent, les couleurs pâles reposent l'oeil. Pendant une bonne semaine tu te sens comme le couteau qui cherche où se planter, qui se demande quoi détruire qui ne le soit pas déjà. Et puis tu es désarmée, tu perds le goût de la violence, c'est trop tard. Ça reviendra, c'est toujours le même cycle, jusqu'à l'épuisement des stocks de seum, toujours la même rengaine et les mêmes mots pour la chanter.
J'aimerais te dire qu'on n'est pas pété pour toujours mais ce serait une insulte à ton intelligence. Ce que je peux te dire, ce que je crie à peu près tous les mois sur à peu près tous les toits, c'est que tout passe, même si ça revient, c'est plus pareil, c'est comme les vagues, t'en as pas une comme l'autre. Paye ton image à la con.
J'ai arrêté de me demander à quelle sauce j'allais être bouffée quand j'ai commencé à me rendre indigeste.
J'ai trouvé l'équilibre quand j'ai renoncé à la stabilité, que je me suis balancée sur des jambes molles ouvertes à la conquête de nouveaux appuis.
La complexité sans aucune forme de complication.
mercredi 10 juin 2020
Cette ville au loin perdue
Pendant des années ça m'était insupportable de revenir sur ces pas là mais désormais ma nostalgie revêt de belles couleurs et le pèlerinage est d'une douceur lancinante.
J'ai recollé les pots cassés, j'ai pris le temps de refaire le puzzle des belles images qu'on a déchirées. Les appels restés lettre morte, le mal qu'on s'est fait. On s'est abîmé, à croire qu'on l'avait choisi.
Je n'irai plus jamais marcher dans ce village où résonne encore mon ennui et ce silence sidéré que j'ai eu bien de la peine à me pardonner. Quand j'y repense, je suis encore terrifiée, j'ai encore peur de respirer, peur de cligner des yeux, peur d'exciter les monstres sous mon lit, peur de me rappeler à eux.
Quand j'y suis retourné, il y a cinq ans déjà, j'ai senti une terrible pesanteur, le poids de mes choix dans les yeux de ceux qui sont restés. Nous avons mangé des frites sur des bancs de kermesse, nous avons marché dans les allées d'un vide-grenier glauque. J'ai vu des filles de mon âge vendre des merdes, des jouets, des articles de puériculture, table à langer et chaise haute évolutive.
J'ai baissé le regard pour ne pas prendre le risque d'être reconnue ou de reconnaître. Mais même sans regarder, j'ai vu. C'est comme une gale qui m'a sautée dessus.
Il n'y avait pas de couleurs, seulement des nuances de gris. C'était un jour blanc, eblouissant.
Nous étions quatre représentants du lobby gay peut-être un peu condescendant dans nos fringues de crâneuses.
J'ai regardé l'arbre autour duquel ma classe avait chanté je ne sais plus quelle chanson quand nous l'avons planté en 1989 pour le bicentenaire de la révolution.
Longtemps il a gardé un ruban bleu-blanc-rouge enroulé autour du tronc. Il m'a semblé malingre, comme s'il avait refusé de grandir, j'ai pensé à de la mauvaise terre, à une maladie. J'ai noirci le tableau comme on le fait dans les mauvais souvenirs ou après un cauchemar.
C'est moi qui avait choisi de revenir, c'est moi qui ai répondu oui quand Joris m'a demandé si j'étais sûre, j'ai fait la mariole, j'ai pas tenu longtemps. J'étais clairement pas sûre mais j'avais encore l'habitude d'ériger la douleur en religion.
Devant notre ancienne maison, j'ai eu envie de chialer ma mère, mon père, mon frère. Elle m'a semblé minuscule alors qu'elle abritait de si grands sentiments.
Là bas, je n'irai plus jamais, mais je suis bien aux alentours, aux environs des sables mouvants il reste de belles balades à faire, je n'ai plus l'énergie de me les confisquer.
La voiture lancée sur les petites routes, on écoute plein coeur, comme un ouragan, 100% succès français, 0% de déception. On chante, j'ai arrêté de pleurer pour tout ça. Je suis résiliente, j'en ai vu d'autres et c'est pas terminé. Alors autant chanté des succès français, 100% yaourt.
J'ai l'impression d'avoir une connaissance viscérale du moindre virage. Je me laisse bercer, consoler.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. La première fois que j'ai entendu cette phrase, c'est de la bouche d'un prof de SVT au collège. On disait pas SVT mais sciences naturelles. Elle s'est gravé dans ma mémoire comme un slogan publicitaire. Comme toutes les pub à la con qui passent à la radio.
Dépannage 70, la casse-auto qu'il vous faut.
De la pourriture né le compost.
Dans cette région obscure de mon cerveau, j'ai planté un arbre qui n'est ni malade ni malingre. Je me repose sous son ombre, je n'ai plus peur de m'endormir, je rêve que je rêve, j'attends d'en récolter les fruits.
vendredi 5 juin 2020
Les eaux claires
Quand j'ai commencé à creuser, je ne savais pas ce que j'allais trouver. L'or, la merde ou l'un déguisé en l'autre.
J'ai vu des eaux claires scintiller comme un ciel et j'ai voulu y baigner mon corps.
J'ai marché dans une vase compacte et tout s'est troublé, je n'ai plus vu où je mettais les pieds. J'ai pensé à l'or qui se cache dans la merde. Mon pas s'est fait plus lourd, mes intentions m'écrasaient les épaules, j'avais le corps plié et j'appelais ça une danse.
Chaque pas semblait éloigner de moi le scintillement et la clarté. Je crois que je m'enlisais. J'ai pensé à me laisser avaler par la vase ou à laisser tomber, revenir sur mes pas, regagner la berge et détourner le regard de mes eaux sales. Abandonner l'idée du scintillement et de l'eau claire.
J'ai tenu ma tête entre mes mains, je me suis sentie implantée profondément dans le limon, j'ai vu mes jambes nues disparaître et j'ai serré très fort mes tempes. J'ai pensé à hurler mais j'ai ressenti la honte. Je me suis vue de loin, c'était ridicule mais pas drôle. C'était triste. J'ai eu peur.
Peur comme quand on pense ouvrir un livre mais qu'on trouve un miroir. Quand on veut y lire une belle histoire mais que c'est juste un procès.
J'ai détendu mes doigts et j'ai fermé les yeux, j'ai caressé mon crâne, je me suis tenue immobile et j'ai attendu.
Je me suis demandé si la vase était un état d'esprit et les eaux claires un leurre. Dans le doute, je me suis couchée en boule derrière mes paupières pour attendre la fin des turpitudes. Il faisait noir, tout était chaud et c'est d'ici que j'écris.
J'ai vu des eaux claires scintiller comme un ciel et j'ai voulu y baigner mon corps.
J'ai marché dans une vase compacte et tout s'est troublé, je n'ai plus vu où je mettais les pieds. J'ai pensé à l'or qui se cache dans la merde. Mon pas s'est fait plus lourd, mes intentions m'écrasaient les épaules, j'avais le corps plié et j'appelais ça une danse.
Chaque pas semblait éloigner de moi le scintillement et la clarté. Je crois que je m'enlisais. J'ai pensé à me laisser avaler par la vase ou à laisser tomber, revenir sur mes pas, regagner la berge et détourner le regard de mes eaux sales. Abandonner l'idée du scintillement et de l'eau claire.
J'ai tenu ma tête entre mes mains, je me suis sentie implantée profondément dans le limon, j'ai vu mes jambes nues disparaître et j'ai serré très fort mes tempes. J'ai pensé à hurler mais j'ai ressenti la honte. Je me suis vue de loin, c'était ridicule mais pas drôle. C'était triste. J'ai eu peur.
Peur comme quand on pense ouvrir un livre mais qu'on trouve un miroir. Quand on veut y lire une belle histoire mais que c'est juste un procès.
J'ai détendu mes doigts et j'ai fermé les yeux, j'ai caressé mon crâne, je me suis tenue immobile et j'ai attendu.
Je me suis demandé si la vase était un état d'esprit et les eaux claires un leurre. Dans le doute, je me suis couchée en boule derrière mes paupières pour attendre la fin des turpitudes. Il faisait noir, tout était chaud et c'est d'ici que j'écris.
dimanche 31 mai 2020
Sang d'encre
J’aimerais que les nuits qui vont du dimanche au lundi soient simplifiées, par exemple par un sommeil de plomb. Au lieu de ça je me bouffe les cuticules, je m’invente des dialogues, des conversations qui virent au drame, quand les vérités sortent toutes seules en bombe en déchiquetant le silence, pulvérisant l’harmonie.
Depuis une semaine, les mots ne viennent plus, la source semble tarie et je ne trouve aucun charme à cette jachère.
B. me dit de snober mon texte, il finira bien par me réclamer.
Je me demande si c’est juste mon cerveau du moment, des jours pré-monstrueux qui déloge toutes les idées pour les remplacer par des fringales, des petits drames qui caracolent dans la région des urgences en attendant le sang.
Je me lis, je me relis, jusqu’à ne plus comprendre le sens des mots, je finis par ne voir qu’une bouillie impudique et ça me braque.
Je l’explique à B, je me tape une crise de « pour qui tu te prends ? » j’ai peur de proposer les meilleures pages de mon skyblog là où j’ai imaginé de la littérature.
C’est comme si je me pimpais pour sortir, je mets une robe qui me flatte, je valide mon reflet, je me jette dans les rues ensoleillées avec toute la confiance du monde, heureuse de ne pas avoir à penser à mon image. C’est alors que je me rends compte que la robe est transparente, que je suis indécente, pas à cause de la quasi-nudité mais plutôt de la honte que j’en tire. Alors l’histoire de ma confiance devient une blague de mauvais goût, je suis nue sous une lumière crue sans aucun endroit où me cacher, mortifiée par ma vérité devenue vulgaire, tout ce que je montre, rêvant de me fondre dans le bitume, de ne plus exister. Mais c’est impossible, il faut soutenir les regards, faire comme si je n’étais pas à moitié à poil, donner le change, défendre le fond comme la forme.
Peut-être que ce qui est tarie c’est la source de cette confiance-là, c’est l’aplomb, celui qui aide à soutenir les regards.
C’est la mécanique des fluides qui s’insinue dans les rouages mal graissés d’un cerveau déstabilisé par le sang et par l’encre, mon cerveau qui se fait un sang d’encre.
Depuis une semaine, les mots ne viennent plus, la source semble tarie et je ne trouve aucun charme à cette jachère.
B. me dit de snober mon texte, il finira bien par me réclamer.
Je me demande si c’est juste mon cerveau du moment, des jours pré-monstrueux qui déloge toutes les idées pour les remplacer par des fringales, des petits drames qui caracolent dans la région des urgences en attendant le sang.
Je me lis, je me relis, jusqu’à ne plus comprendre le sens des mots, je finis par ne voir qu’une bouillie impudique et ça me braque.
Je l’explique à B, je me tape une crise de « pour qui tu te prends ? » j’ai peur de proposer les meilleures pages de mon skyblog là où j’ai imaginé de la littérature.
C’est comme si je me pimpais pour sortir, je mets une robe qui me flatte, je valide mon reflet, je me jette dans les rues ensoleillées avec toute la confiance du monde, heureuse de ne pas avoir à penser à mon image. C’est alors que je me rends compte que la robe est transparente, que je suis indécente, pas à cause de la quasi-nudité mais plutôt de la honte que j’en tire. Alors l’histoire de ma confiance devient une blague de mauvais goût, je suis nue sous une lumière crue sans aucun endroit où me cacher, mortifiée par ma vérité devenue vulgaire, tout ce que je montre, rêvant de me fondre dans le bitume, de ne plus exister. Mais c’est impossible, il faut soutenir les regards, faire comme si je n’étais pas à moitié à poil, donner le change, défendre le fond comme la forme.
Peut-être que ce qui est tarie c’est la source de cette confiance-là, c’est l’aplomb, celui qui aide à soutenir les regards.
C’est la mécanique des fluides qui s’insinue dans les rouages mal graissés d’un cerveau déstabilisé par le sang et par l’encre, mon cerveau qui se fait un sang d’encre.
mardi 19 mai 2020
En vie
Envie d'envoyer une photo de mes joues pleines et de mes cheveux grisonnants à la prof qui m'a adressée à la psychologue scolaire parce que j'ai mis : vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre à la rubrique " profession envisagée" de sa fiche de renseignements.
Envie de systématiser le fait de considérer la journée comme unité de temps. On se lève, on se couche, entre temps on fait des trucs. Demain est une autre vie et ça va aller. Hier est un temps révolu et c'est pas grave.
Envie de lire un livre monde pour être à côté de celui-ci, une brique de 2000 pages, une cavale clef en main, mystère et suspense. Mais un article de 5000 mots et c'est déjà trop pour mon intellect alors pour la littérature on repassera.
Envie d'une retraite solitaire dans une maison aux volets rouges. Vivre en slip et manger des fraises, relativiser mes pages blanches, organiser mon quotidien autour de siestes, de rêveries érotiques, de course frénétique qui stimule la sécrétion d'endorphine... Regarder des livres monde me tomber des mains, écrire le mien, au crépuscule ouvrir une bouteille, boire à la santé de mon echo.
À la tienne...
tienne...
... tienne
Envie de me téléporter à la cartoucherie de Vincennes, au théâtre du soleil. De voir Piccoli boire un verre au comptoir et les gens, nous en gros, en train de faire comme s'il n'était pas là alors qu'il est vraiment partout. Nous en train de faire comme si on arrivait à parler d'autre chose et à regarder ailleurs. Dans ce souvenir, la lumière est belle et il sourit. De ce jour, je retiens deux choses, Piccoli, immense, au sens propre. Une montagne. Ariane Mnouchkine, clairement chiante mais ça arrive, on lui demande pas d'être sympa après tout.
Une étreinte entre eux. La grande famille du cinéma, le théâtre, la culture , le métier qui s'embrasse, incarné comme jamais.
Tout ce que j'aime dans les bras de tout ce que je déteste.
Envie de montagne et de mer, et de sable, et de pinèdes, et de rocaille, et de mouettes, et de cigales, de moustiques tigre et de scorpions...
Envie de draps froissés imprimés sur nos peaux brûlées. Murmurer des obscénités dans la nuit, déconfiner ta pudeur, disloquer la moindre retenue. Oublier les livres monde. Oublier Piccoli et James Dean, Ariane Mnouchkine et la famille télérama qui sait tout mieux que tout me monde, oublier la cartoucherie et les scorpions...
(...)
Envie de systématiser le fait de considérer la journée comme unité de temps. On se lève, on se couche, entre temps on fait des trucs. Demain est une autre vie et ça va aller. Hier est un temps révolu et c'est pas grave.
Envie de lire un livre monde pour être à côté de celui-ci, une brique de 2000 pages, une cavale clef en main, mystère et suspense. Mais un article de 5000 mots et c'est déjà trop pour mon intellect alors pour la littérature on repassera.
Envie d'une retraite solitaire dans une maison aux volets rouges. Vivre en slip et manger des fraises, relativiser mes pages blanches, organiser mon quotidien autour de siestes, de rêveries érotiques, de course frénétique qui stimule la sécrétion d'endorphine... Regarder des livres monde me tomber des mains, écrire le mien, au crépuscule ouvrir une bouteille, boire à la santé de mon echo.
À la tienne...
tienne...
... tienne
Envie de me téléporter à la cartoucherie de Vincennes, au théâtre du soleil. De voir Piccoli boire un verre au comptoir et les gens, nous en gros, en train de faire comme s'il n'était pas là alors qu'il est vraiment partout. Nous en train de faire comme si on arrivait à parler d'autre chose et à regarder ailleurs. Dans ce souvenir, la lumière est belle et il sourit. De ce jour, je retiens deux choses, Piccoli, immense, au sens propre. Une montagne. Ariane Mnouchkine, clairement chiante mais ça arrive, on lui demande pas d'être sympa après tout.
Une étreinte entre eux. La grande famille du cinéma, le théâtre, la culture , le métier qui s'embrasse, incarné comme jamais.
Tout ce que j'aime dans les bras de tout ce que je déteste.
Envie de montagne et de mer, et de sable, et de pinèdes, et de rocaille, et de mouettes, et de cigales, de moustiques tigre et de scorpions...
Envie de draps froissés imprimés sur nos peaux brûlées. Murmurer des obscénités dans la nuit, déconfiner ta pudeur, disloquer la moindre retenue. Oublier les livres monde. Oublier Piccoli et James Dean, Ariane Mnouchkine et la famille télérama qui sait tout mieux que tout me monde, oublier la cartoucherie et les scorpions...
(...)
dimanche 26 avril 2020
Intérieur nuit
France culture rediffuse “une vie, une œuvre” sur Chantal Akerman. Ça ne s’appelle plus une vie une œuvre mais « toute une histoire ».
L’histoire d’une vie joyeuse et d’une fin tragique. Est-ce que c’est tragique de mettre fin à ses jours ? Je ne sais pas dire et je me garde bien de juger. J’aime la formule, mettre fin à ses jours, autant que j’aime la fin du jour et son début, le milieu, pour être franche, je suis pas fan. Au petit matin, tout reste à faire, l’espoir est permis, je suis excitée, avide de voir ce qu’elle a dans le ventre cette nouvelle journée. Et quand la nuit tombe, elle ne se fait pas mal, elle tombe comme une robe dont on dit qu’elle tombe bien. La nuit est comme la petite laine qu’on dépose sur mes épaules au premier frisson de l’automne, une étoffe soyeuse qui me console si le jour n’a pas été tout à fait comme je l’imaginais, en dépit de la bonne volonté et de la gourmandise. La nuit, elle apporte un message, elle dit que c’est pas grave, que demain est un autre jour avec de nouvelles chances, un potentiel, ça tombe bien.
Pendant les dernières minutes du documentaire, les pleurs du violoncelle de Sonia Wierder-Atherton me font plier, l’archer joue sur ma corde sensible jusqu’au point de rupture mais je tiens encore un peu.
Je ferme les yeux, ça aide. Je ferme les yeux quand j’ai peur, quand j’ai mal, quand c’est bon, quand ça saigne. Pour ne pas me voir en train de ressentir.
Je continue, même les yeux fermés. Ce n’est qu’un violoncelle.
Dans la voix de Chantal, il y a des décennies de clopes fumées, il y a beaucoup de rire aussi, des cris. On les devine, les cris, les éclats de voix. Quand je lis « Ma mère rit », c’est comme si elle me le lisait. J’entends sa voix, et les pauses pour aller fumer à la fenêtre ou se faire un café qu’elle boit noir. Je dis n’importe quoi pendant que sa mère rit. Je dis n’importe quoi pour couvrir le violoncelle qui joue avec le point de rupture comme un chat avec une souris à l’agonie, avec une mouche qui bat de l’aile entre ses griffes.
La fin des jours de Chantal, que j’appelle par son prénom depuis qu’elle fume des clopes à ma fenêtre en me parlant de sa mère, la fin de ses jours fait suite à la fin des jours de sa mère qui a cessé de rire.
Alors Chantal aussi, elle a perdu son sens de l’humour.
La réflexion qui clôture l’émission, elle se situe précisément entre ces deux morts, et là, je te le dis, il n’y a plus de point de rupture, il n’y a plus qu’un menton qui tremble et des yeux qui se noient. Tout se rompt, là. Les derniers mots finissent le travail du violoncelle. Me terminent. J'épluche mes légumes et j'en mène pas large, après coup c'est drôle.
Le coup de grâce, porté par la voix éraillée, ce sont ces mots simples :
« En fait, je me suis rendu-compte, qu'au fond, ma mère était le centre de mon œuvre. Maintenant que ma mère n'est plus là, il n'y a plus personne. »
Quand il n’y a plus personne, c’est la fin des jours et celle des nuits. Plus de lendemain. On fait comme on peut pour se sentir mieux, se sentir bien
L’histoire d’une vie joyeuse et d’une fin tragique. Est-ce que c’est tragique de mettre fin à ses jours ? Je ne sais pas dire et je me garde bien de juger. J’aime la formule, mettre fin à ses jours, autant que j’aime la fin du jour et son début, le milieu, pour être franche, je suis pas fan. Au petit matin, tout reste à faire, l’espoir est permis, je suis excitée, avide de voir ce qu’elle a dans le ventre cette nouvelle journée. Et quand la nuit tombe, elle ne se fait pas mal, elle tombe comme une robe dont on dit qu’elle tombe bien. La nuit est comme la petite laine qu’on dépose sur mes épaules au premier frisson de l’automne, une étoffe soyeuse qui me console si le jour n’a pas été tout à fait comme je l’imaginais, en dépit de la bonne volonté et de la gourmandise. La nuit, elle apporte un message, elle dit que c’est pas grave, que demain est un autre jour avec de nouvelles chances, un potentiel, ça tombe bien.
Pendant les dernières minutes du documentaire, les pleurs du violoncelle de Sonia Wierder-Atherton me font plier, l’archer joue sur ma corde sensible jusqu’au point de rupture mais je tiens encore un peu.
Je ferme les yeux, ça aide. Je ferme les yeux quand j’ai peur, quand j’ai mal, quand c’est bon, quand ça saigne. Pour ne pas me voir en train de ressentir.
Je continue, même les yeux fermés. Ce n’est qu’un violoncelle.
Dans la voix de Chantal, il y a des décennies de clopes fumées, il y a beaucoup de rire aussi, des cris. On les devine, les cris, les éclats de voix. Quand je lis « Ma mère rit », c’est comme si elle me le lisait. J’entends sa voix, et les pauses pour aller fumer à la fenêtre ou se faire un café qu’elle boit noir. Je dis n’importe quoi pendant que sa mère rit. Je dis n’importe quoi pour couvrir le violoncelle qui joue avec le point de rupture comme un chat avec une souris à l’agonie, avec une mouche qui bat de l’aile entre ses griffes.
La fin des jours de Chantal, que j’appelle par son prénom depuis qu’elle fume des clopes à ma fenêtre en me parlant de sa mère, la fin de ses jours fait suite à la fin des jours de sa mère qui a cessé de rire.
Alors Chantal aussi, elle a perdu son sens de l’humour.
La réflexion qui clôture l’émission, elle se situe précisément entre ces deux morts, et là, je te le dis, il n’y a plus de point de rupture, il n’y a plus qu’un menton qui tremble et des yeux qui se noient. Tout se rompt, là. Les derniers mots finissent le travail du violoncelle. Me terminent. J'épluche mes légumes et j'en mène pas large, après coup c'est drôle.
Le coup de grâce, porté par la voix éraillée, ce sont ces mots simples :
« En fait, je me suis rendu-compte, qu'au fond, ma mère était le centre de mon œuvre. Maintenant que ma mère n'est plus là, il n'y a plus personne. »
Quand il n’y a plus personne, c’est la fin des jours et celle des nuits. Plus de lendemain. On fait comme on peut pour se sentir mieux, se sentir bien
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