France culture rediffuse “une vie, une œuvre” sur Chantal Akerman. Ça ne s’appelle plus une vie une œuvre mais « toute une histoire ».
L’histoire d’une vie joyeuse et d’une fin tragique. Est-ce que c’est tragique de mettre fin à ses jours ? Je ne sais pas dire et je me garde bien de juger. J’aime la formule, mettre fin à ses jours, autant que j’aime la fin du jour et son début, le milieu, pour être franche, je suis pas fan. Au petit matin, tout reste à faire, l’espoir est permis, je suis excitée, avide de voir ce qu’elle a dans le ventre cette nouvelle journée. Et quand la nuit tombe, elle ne se fait pas mal, elle tombe comme une robe dont on dit qu’elle tombe bien. La nuit est comme la petite laine qu’on dépose sur mes épaules au premier frisson de l’automne, une étoffe soyeuse qui me console si le jour n’a pas été tout à fait comme je l’imaginais, en dépit de la bonne volonté et de la gourmandise. La nuit, elle apporte un message, elle dit que c’est pas grave, que demain est un autre jour avec de nouvelles chances, un potentiel, ça tombe bien.
Pendant les dernières minutes du documentaire, les pleurs du violoncelle de Sonia Wierder-Atherton me font plier, l’archer joue sur ma corde sensible jusqu’au point de rupture mais je tiens encore un peu.
Je ferme les yeux, ça aide. Je ferme les yeux quand j’ai peur, quand j’ai mal, quand c’est bon, quand ça saigne. Pour ne pas me voir en train de ressentir.
Je continue, même les yeux fermés. Ce n’est qu’un violoncelle.
Dans la voix de Chantal, il y a des décennies de clopes fumées, il y a beaucoup de rire aussi, des cris. On les devine, les cris, les éclats de voix. Quand je lis « Ma mère rit », c’est comme si elle me le lisait. J’entends sa voix, et les pauses pour aller fumer à la fenêtre ou se faire un café qu’elle boit noir. Je dis n’importe quoi pendant que sa mère rit. Je dis n’importe quoi pour couvrir le violoncelle qui joue avec le point de rupture comme un chat avec une souris à l’agonie, avec une mouche qui bat de l’aile entre ses griffes.
La fin des jours de Chantal, que j’appelle par son prénom depuis qu’elle fume des clopes à ma fenêtre en me parlant de sa mère, la fin de ses jours fait suite à la fin des jours de sa mère qui a cessé de rire.
Alors Chantal aussi, elle a perdu son sens de l’humour.
La réflexion qui clôture l’émission, elle se situe précisément entre ces deux morts, et là, je te le dis, il n’y a plus de point de rupture, il n’y a plus qu’un menton qui tremble et des yeux qui se noient. Tout se rompt, là. Les derniers mots finissent le travail du violoncelle. Me terminent. J'épluche mes légumes et j'en mène pas large, après coup c'est drôle.
Le coup de grâce, porté par la voix éraillée, ce sont ces mots simples :
« En fait, je me suis rendu-compte, qu'au fond, ma mère était le centre de mon œuvre. Maintenant que ma mère n'est plus là, il n'y a plus personne. »
Quand il n’y a plus personne, c’est la fin des jours et celle des nuits. Plus de lendemain. On fait comme on peut pour se sentir mieux, se sentir bien

Vous dites : Quand il n’y a plus personne, c’est la fin des jours et celle des nuits. Plus de lendemain. On fait comme on peut pour se sentir mieux, se sentir bien
RépondreSupprimerEh bien, comptez pas sur moi