Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

jeudi 27 juin 2019

2003, histoire de canicule

2003 // en avant les histoires

Sur twitter des gens se souviennent de ce qu'ils faisaient l'été 2003 pendant que nos vieux crevaient, qu'il faisait une chaleur que nous semblions découvrir. À l'été 2003, je faisais des aller retour entre Dijon et Montbéliard pour des consultations de 15 min avec un lacanien qui ne desserrait pas les dents. J'avais 21 ans et je menais une vie dissolue en appelant ça la fête. Ma vie comme ma personnalité étaient solubles dans l'alcool. La fête n'était que du bruit. Assez de bruit pour couvrir les voix, surtout celles qui me veulent du bien.

J'allais me marier à Londres, on m'a confisqué mon époux à un mètre de l'autel. J'ai failli m'appeler Ammour. Un agent de l'immigration a parlé si près de mon visage qu'il m'a craché dessus. J'avais peur et ça s'est traduit par un rire acide. Un rire de folle que je n'avais pas encore entendu. Mes jambes m'ont lâchée sur le trottoir devant la mairie de Westminster. J'étais seule avec un bouquet rond et un smoking blanc. On est revenu me chercher plus tard. J'ai eu un fou rire de plusieurs jours. J'avais perdu une roue.
Après ça, tout est parti en vrille. Marseille, Londres, Besançon, Paris et enfin la ZUP de Montbé où je regardais depuis la fenêtre du premier des mecs monter une voiture à partir de trois épaves en vidant des canettes d'oasis.

Marie Trintignant est morte sous les coups de son compagnon. On disait comme ça à la télévision. Les coups de son compagnon.
Il faisait 35, il faisait 37. Elle etait toujours morte, rien n'avait de sens. Je ne me souviens d'aucune musique. Je n'écoutais que ma vérité débile. J'allais de postures en impostures en pensant mon existence sulfureuse.
J'avais 21 ans comme on en a 15.

Mes premières vendanges à ramper dans le beaujolais pour gagner le prix d'un billet de train. C'était l'été des string ficelle, impossible de trouver une culotte digne de ce nom. C'était aussi, toujours, l'été des ecsta. Le quick de Sochaux et le déguisement trop grand de meuf du quick. Un coup de sang, traversée de la ZUP en casquette et jupe en jean taillée à la serpe. Le menu ou juste le sandwich ? J'ai tenu deux jours. J'avais la culture macdo, je parlais de menu best of, on me regardait avec des yeux comme des donuts. Mon sang a tourné. J'ai pas rendu la jupe, j'ai pas récupéré mes thunes.

L'été du chien souffrant, du train corail, des médicaments contre les effets de la maladie de Parkinson, les spéculations de circonstances sur les dispositifs de climatisation, les coups du compagnon, mes vêtements de pilier de boîte de province, ma nuque longue, ma frange playmobil, en avant les histoires...

BHL edenté

" Le mec demande si le briquet qu'il vient de trouver par terre est à moi. Quand je lui réponds non de la tête avec un sourire qui veut bien dire que je suis pas plus partante que ça pour une discussion de quai de gare il dit : Alors il est à moi, comportons-nous comme en temps de guerre.
Ouais, si tu veux, vis ta vie. 
Un mec genre Béhachelle édenté qui vit sur de beaux restes une vieillesse apparemment pénible. Tout en lui transpire le "c'était mieux avant". 
Ce que je pressentais arrive : Il me parle. Malgré une attitude plus-détachée-tu-meurs, je suis prise au piège du vieux beau auquel je laisse trois minutes le bénéfice du doute. 
Je pige en deux secondes qu'il me parle  pour s'écouter alors je reste dans le registre hochement de tête et sourire à la con en buvant ma canette d'Heineken.
Il en vient à vigipirate après des détours grossiers et évoque sans honte les gens normaux : Lui, moi, nous, pris en otage par les minorités. 
Là je m'entends lui rire à la gueule. Le gars ne sent pas le mépris, il est en boucle sur Munich 72, la pornographie qui nous agresse et la guerre civile qui se prépare. 

-Vous savez Mademoiselle, à la rigueur, ce qu'on devrait faire avec ces minorités, c'est les foutre dans un c(h)amp et les laisser s'entre tuer. 

-Vous savez Monsieur,  le problème, c'est qu'on va galérer à trouver un champ assez vaste pour y mettre tous les connards dans votre genre qui ne seront bientôt même plus une minorité."

samedi 22 juin 2019

Bien charpentée


Chaque matin je suis au bord des larmes devant une vérité que je suis seule à voir. Le temps me défigure même s'il consolide ma charpente psychique. Tout à coup ça se pète la gueule. C'est un effondrement lent qui commence par des éclats, de l'agressivité adressée à mon petit monde avant d'être retournée contre moi. Comme si je construisais minutieusement des raisons de me détester. Je me laisse tomber, je peux plus compter sur moi. Je sens que je ne tiens plus qu'à un fil. Je ne sais toujours pas comment on se met à l'abri de soi. La seule solution qui me vient à l'esprit c'est de tout plaquer et tourner le dos à ce travail que je fais depuis des années pour tenir la route.
J'ai mal à la gorge, mes secrets m'étranglent.
Je les regarde les yeux exhorbités sans avoir la force de crier.
J'ai l'impression de crever discrètement, poliment, en gardant le sourire. Que personne ne s'inquiète. C'est pas la première fois, ce sera pas la dernière.

Alors ce serait le temps qui vous aiderait à aller bien ? C'est lui qui consolide ce que vous avez appelé votre charpente ?

Oui, mais pas que.

Vous l'aidez un peu il me semble ?
Essayez de vous souvenir de ce que c'est une charpente en termes de travail. Réfléchissez à ce qui tient l'ensemble. Quels sont les différents étaiements. Vous verrez que dans cette construction le temps n'est que... Du temps. Il passe. C'est vous qui faites tout.

On parle ensuite du sentiment de vide qui pousse à combler avec de la merde. On parle d'un usage doux des drogues dures et de la violence de l'alcool, du seul chemin qui mène à l'abstinence et qui consiste à ne plus boire. Du tout. J'explique que même lorsque je fumais de la grosse frappe ça me rendait paz cinglée. L'alcool si. Je commence et je suis partie. Plus rien ne m'arrête et je perds le contrôle de mon cerveau. Je ne supporte plus aucune frustration. J'oublie ce que le mot non signifie.

Je voudrais être bien en ma compagnie, vous voyez ? J'en ai marre de tout ce que je suis capable de mettre en place pour me donner des raisons valables de me détester. J'en suis même plus au stade de vouloir plaire aux autres. Je veux me rendre intéressante à mes propres yeux.

Alors, écrivez.











jeudi 20 juin 2019

On a que les transports en commun //


Un adolescent dort dans le tram, sa tête lourde l'emporte, il tangue du côté droit, mais ses réflexes la remettent dans le bon axe. Sa beauté est terrible. Sa barbe naissante recouvre une peau irreprochable. Ça m'attendrit et ça me déprime dans le même temps. Il sursaute quand son téléphone tombe au passage brusque d'une voyageuse.
Un mec gratte un blackjack puis un autre. Il est frénétique. Je vois passer la déception fugace d'avoir perdu. Ou de n'avoir rien gagné.
Je me demande si c'est vraiment la même chose.
Les écouteurs silencieux dans mes oreilles. Pour rester un peu dans ma nuit.
Le tatouage artisanal Dylan d'une fille qui porte un piercing sous la lèvre inférieure. Côté droit.
Bon, j'extrapole peut-être sur l'aspect artisanal du truc mais si elle a payé les gens sont vraiment des chiens.
Ses yeux tombent, je ne sais pas si c'est lié au poids de la nuit, celui de la vie ou si c'est d'origine.
Je réfléchis à écrire sur des gens que je connais mais rien ne m'inspire tant que le premier venu.


Les calories vides

Ces dernières semaines j'ai beaucoup pensé au lien. À ce que je suis en mesure d'offrir et ce que je suis en droit d'attendre. Chaque jour qui passe me conforte dans mon besoin de solitude. Je n'ai plus la force d'essayer de renforcer des liens avec des personnes qui me font envie. J'échoue la plupart du temps à garder le rythme. Je me dis qu'il y a des tours et quand j'ai trop sollicité une personne, que je considère que là, non, ce serait trop, que ce n'est pas mon tour etc... Il ne se passe rien. Et c'est ce rien que j'habite de mieux en mieux. Si ça n'existe pas, c'est que ça ne doit pas exister. Les ami.e.s ça ne s'attrape pas au lasso. Quand on était au lycée on disait "viens pas gratter l'amitié, qu'est ce qui t'arrives wesh ? "
Il y a des relations qui me nourrissent et d'autres qui me creusent. Je ne veux pas être évidée par la voracité de qui que ce soit. C'est fuir le vide que je veux, pas le creuser davantage.
Depuis 2011 j'ai quelque fois été confrontée à la curiosité des inconnues à mon égard, impulsée par ce que je peux écrire et partager
Je repense à des gens qui m'ont consommée comme un snack avant le repas. Un truc gras, sucré, salé, avalé entre le taf et la maison au moment où personne ne voit. Des calories vides pauvres en nutriment qui ne font que passer mais qui font beaucoup de bien sur le moment. Je me suis sentie comme un paquet de m&m's dans lequel on tape compulsivement. C'est frénétique, même quand t'essayes de mettre en place un stratagème pour que ça dure, c'est mort, tu vas déglinguer le paquet et il n'y a que toi qui fait semblant de ne pas le savoir.
Voilà, c'est mort. Parfois brutalement, parfois ça s'étiole sur le long terme. On perd l'entrain avant de perdre l'habitude et finalement l'envie de se parler.
Je ne réponds quasiment plus aux messages privés d'inconnu.e.s où alors en quelques phrases. Et si je mets cette distance en place ce n'est pas pour me donner un genre. C'est parce que je suis pétée de trouille. Vous me faites flipper.
J'ai raconté trop de choses à des gens qui se faisaient chier au taf ou dans leur vie et qui cherchaient à se distraire. Des contacts qui se montent la tête sur la personne que je peux être et qui ne savent pas cacher leur déception.
J'ai perdu mon temps et des points de vie dans ce type de relation. Je n'ai pas de talent pour me lier. Je ne suis pas douée pour l'amitié. C'est pas à moi qu'on pense pour être témoin, marraine et tout le bordel.
Je ne m'en plains pas, c'est comme ça. Ça me convient.
Je suis chiante, intense, exigeante, directe, je sais que je suis plus facile à l'écrit qu'à l'oral. Je réfléchis davantage avant de balancer des punchline définitives au risque d'être odieuse
...
À l'écrit c'est autre chose. Je suis plus vulnérable, en un sens plus honnête aussi. Je suis triste quand je pense à l'usage qu'on a pu faire de cette honnêteté. On m'écrit parce qu'on se cherche une copine de ramasse.
Cherche partenaire pour aller mal ensemble.
Cherche complice dans l'ennui.
Cherche repères affectifs à dézinguer, travail soigné.
Cherche un mur contre lequel renvoyer ma balle.
Avec le temps on se méfie, on fait preuve d'un plus grand discernement. On les voit venir de loin les vampires qui s'emmerdent comme des rats et qui cherchent une distraction intellectuelle pour passer le temps.
Ça pourrait m'amuser mais je ne suis pas joueuse et je n'ai pas les ressources affectives pour faire face au rejet peu importe qu'il soit effectif ou ressenti. Je ne peux tout simplement pas me permettre de me ramasser encore et ça me rend heureuse de le savoir.
(...)
Enfin, j'ai pigé comment ça fonctionne tout ça et j'ai envie de dire à celles et ceux qui se sont fait leur trip, arrêtez les m&m's si vous savez pas vous gérer
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La liste rouge



Je me suis souvenue il y a peu de temps des familles qui se mettaient sur liste rouge pour ne pas figurer dans l'annuaire. Quand j'étais gosse, il faut savoir que l'annuaire était ma lecture principale, aussi je connaissais le prénom des personnes de mon village qui avaient une ligne téléphonique et surtout, qui n'étaient pas sur liste rouge. Je connaissais le prénom des profs aussi, j'allais bêtement le chercher pour le ressortir un jour pas comme un autre. Salut Brigitte ! Merci Christian !
N'importe quoi. Alors que j'aurais pu simplement demander et avoir moins l'air d'une sociopathe.
Je fantasmais sur le secret qui entourait ces familles. Pourquoi se mettre sur liste rouge, qu'est ce qu'elles ont à cacher ? De qui veulent-elles se protéger ? Pourquoi cette distance etc...
Je trouvais ça tellement classe. J'avais envie de prononcer les mots : je suis sur liste rouge.
Parce que tout de suite tu laisses planer un petit mystère à l'âge le moins mystérieux.
Ça sonne badass, à cause du rouge qui n'est pas une couleur tiède. C'est pas la liste turquoise quoi. C'est du sérieux.
Les filles sur liste rouge c'était celles qui faisaient du cheval et qui portaient des kickers et des vêtements de bonne facture. Celles qui portent du cachemire comme toi tu portes du polyester.
Moi j'etais plutôt la fille qui disait "faire du cheval" et qui nageait dans des tee-shirt fido dido contrefaits et des jeans Complices sur lesquels j'écrivais des conneries du genre KURT suivi d'un cœur brisé ou le numéro de sida info service, parce qu'à cette époque c'était un sujet d'angoisse terrible.
Sur liste rouge t'avais toute la bonne chair à polo du bahut, qui joue au tennis, qui va ramasser des balles à Roland Garros. Tellement de soumission qui m'en mettait plein la vue. Alors que bon, c'était surtout des gros bolosses avec des prénoms de merde.
Après ils font leurs communions, la petite, la grande. Ils vont à l'aumônerie, j'ai jamais compris ce que c'était (ne m'expliquez pas).
La grande mode à l'époque c'était de recevoir en cadeau de communion une télé avec un magnétoscope intégré. On disait un combi, maintenant on dirait un combo, ou alors on dirait rien, on s'en vanterait pas à l'heure de netflix et tout.
Pour cette histoire de liste rouge, je pense que je faisais un lien foireux avec le téléphone rouge qui assure la liaison entre foyers geopolitique brûlants. Bien sûr, je comprenais rien (ne m'expliquez pas) à part que c'était important. Ben oui, c'est rouge.
Parfois je posais la question de manière inopinée, comme pour savoir si j'étais pas en train de me tromper de rang. T'es sur liste rouge ?
C'est comme si moi, par élimination, j'étais dans l'autre liste qu'on pourrait appeler la liste noire.



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samedi 15 juin 2019

soutien

Après de longues réflexions j'ai fini par me lancer et ouvrir une page Tipee parce que les textes que je partage largement et gratuitement me demandent beaucoup de temps. Je les partage gratuitement parce que c'est important pour moi de les rendre accessibles au plus grand nombre. 
Je précise que j'ai un taf alimentaire payé au smic donc je ne suis pas sans thunes. 
Si vous voulez me soutenir ça m'aiderait à envisager l'avenir plus sereinement, à continuer mon travail d'écriture plus légèrement et à financer un envoi massif à des maisons d'édition dès que mon roman sera terminé... 
ça me permettrait d'avoir recours à un correcteur / conseiller en édition ou que sais-je à la fin de l'écriture parce que je suis merdique 1) en grammaire, orthographe, conjugaison, ponctuation (ouais, ça fait beaucoup) et 2) je ne sais vraiment pas promouvoir mon travail. 
Aussi ça me permet de réimprimer des fanzines et assurer la continuité du bordel <3
Pour finir, je peux aussi faire face à des petits imprévus comme des frais de vétérinaire...

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