C'est une photo de Carrie Fisher dans une poubelle qui m'a fait me sentir mieux. Après des heures d'effondrement émotionnel, j'ai vu les perspectives se dégager.
Comme une percée de lumière dans un ciel gris. J'ai tenté dans me blottir dans cette brèche.
Je porte la chemise trop grande de mon grand-père et c'est un réconfort qui s'ajoute au sourire de Carrie Fisher. Je ne comprends pas la taille de cette chemise qui laisse croire qu'elle m'a été léguée par une armoire, une baraque. Je me souviens pas comme ça de lui.
Aussi la maladie gâche les souvenirs, les silhouettes, les proportions, tout.
Je ne sais pas pourquoi, j'ai pensé aux gens qui sont toujours choisi comme témoin de mariage, parrain, marraine des gosses etc.. . Je me demande à quoi ça tient, ce talent. Je pensais à ça parce qu'il me semble que c'est vraiment une caractéristique ce truc. T'as des gens comme ça. Pas moi. Et c'est pas grave au fond, je me demande simplement.
Je me suis souvent dit qu'on choisissait de donner cette place à un être cher pour faire famille, pour que le lien soit renforcé par autre chose. De la paperasse mais pas seulement. J'en sais rien.
Je pense que je suis la marraine de personne parce que je m'impose comme daronne étouffante alors ça suffit. Faire famille avec de la paperasse ça ne me concernera jamais. Ce que je me dis aussi, c'est que je suis un bon labrador et franchement, pas besoin d'officialiser quoi que ce soit avec un clébard. Tu peux tout lui faire, si t'es dans son coeur en mousse il finira par pardonner n'importe quoi. Il s'inquiètera, il attendra, il veillera et te défendra jusqu'au ridicule.
C'est mignon et je l'accepte. Pas besoin de contrat quand on sait que tu feras toujours plus ou moins partie des meubles.
Je pensais à ça pour me distraire de ma déprime. Pour détourner la tête du champ de ruines que je laisse derrière moi, derrière ces trois semaines de chaos émotionnel.
On sait, Nelson Mandela il avait pas la télé, c'est bon, et il nous cassait pas les couilles.
C'est pas tant d'être confinée dans mon appartement qui m'a effondrée. Je suis confinée dans mes secrets, mes hontes, mes mensonges et dans la solitude qui en découle. Confinée dans des promesses chaque nuit renouvelées, trahies dès le lendemain.
Je suis confinée dans des problèmes que j'ai longtemps considérés comme des hobbies.
Je ronge mon os, je mords ma laisse, je cours dans mon sommeil, j'abois plus que je ne mords, je monte la garde mais l'ennemi est déjà là, vautré sur le canap, dans sa chemise trop grande, rêvant d'une crise de larmes, n'ayant plus de force pour le drame, pétrie par la trouille .
Franchement, c'est chaud, alors merci Carrie Fisher.
Zed Zonk, des cimes aux abysses
samedi 4 avril 2020
lundi 30 mars 2020
Dispersée
Je m’épuise
dans des nuits fragmentées. Quand je ne suis pas assommée par les symptômes du
virus, je m’accorde une gorgée de Toplexil pour m’assurer un sommeil rapide. Je
fais des rêves qui n’ont ni queue ni tête, plus farfelus que ceux que je fais d’habitude.
J’ignore si c’est un effet secondaire de la molécule ou du confinement.
Je rêve
que je suis enceinte. Une grossesse mystérieuse et angoissante.
Je me réveille
plusieurs fois mais je retrouve ce rêve dès que je me rendors. Je me réveille,
la main droite posée sur mon ventre arrondi par tout ce que je mange pour
trouver du réconfort, par l’inactivité, la langueur qui distend le temps et la
peau.
Le
mouvement est la réponse la plus efficace que j’appose à l’ennui, creuset de l’angoisse.
Il n’y a que dans mes rêves et dans ce que j’appelle mes délires, que je vais
et que je viens, qu’il n’y a plus de limites spatio-temporelles. J’organise ma
fuite sans attestation dérogatoire, une fuite qui n’est pas sur la tournée des
flics et échappe à tous contrôles.
Je lis des mots, des phrases, des
paragraphes, dont il ne reste pas grand-chose. Je ne fixe rien des nutriments potentiellement
présents dans la lecture, de ceux qui contribuent à nous tenir debout. Ma
concentration est difficile à mobiliser, je suis partout à la fois, je suis
nulle part. Dispersée.
La
première semaine a été consacrée à l’observation des éventuels symptômes, à l’écoute
de mon corps et des manifestations inhabituelles de la gêne. Aucune douleur
précise mais un inconfort diffus et permanent qui se superpose au stress.
La semaine
II, je l’ai passée à dormir 10h, aller me reposer sur le canapé avant la sieste,
me réveiller pour manger un truc à la nuit tombée, aller me coucher, et ainsi
de suite…
Pour cette
troisième semaine, je ne sais pas à quoi m’attendre. Je suis en rade de
Toplexil, en rade de patience. Ça fait trois jours que je n’ai pas bu d’alcool
et je souhaite renouveler ce miracle le plus longtemps possible. Je pourrais
redéfinir les limites de mon corps mais tout est flou et je m’y perds.
Je peux
écrire comme tant de gens me le suggère, comme si le temps qu’on a devant soi
était de l’inspiration pure, qu’on avait qu’à se servir. Je peux écrire mais c’est
compliqué quand on cumule une ligne éditoriale de chouinasse et un cul bordé de
nouilles. Je n'ai jamais éprouvé l'indécence de mes tracas comme je le fais actuellement.
mercredi 25 mars 2020
Les pétales de neige dans le ciel de mars
J'ai pris une grande respiration, un volume d'air qui, hier, aurait été impensable, de la science-fiction.
Après une nuit de 10h, j'ai souri au matin, aux chattes sédatées par la chaleur de leurs bains de soleil respectifs.
Je traîne sur mon téléphone, je lis des nouvelles, rien de crucial, je slalome entre les informations anxiogènes, j'ai pas envie.
Je sais que c'est un luxe. Je ne me suis jamais sentie aussi bien lotie. C'est vrai que c'est exaspérant les gens qui se plaignent la bouche pleine mais quoi ? Il faudrait avoir été trépané pour s'autoriser l'embarras d'un bon mal de tête ?
Dans toutes les situations tu trouveras toujours des gens plus malins que tout le monde pour distribuer les bons points.
Je profite de ma bonne voix pour appeler ma grand-mère. Ça ne lui échappe pas car elle dit tout de suite avec une inflexion souriante : Comme tu as une voix claire, je suis tellement contente. Elle poursuit : tiens, je voulais le dire à quelqu'un alors je te le dis à toi : que c'est beau dehors, je suis sortie et je suis restée à regarder comme c'était beau. Il neige de gros flocons , c'est comme des pétales qui tombent du ciel, tu n'imagines pas comme c'est beau.
Si, je crois que j'imagine. Et cette exaltation dans sa voix elle est au moins aussi belle que les pétales de neige dans un ciel de mars.
Après une nuit de 10h, j'ai souri au matin, aux chattes sédatées par la chaleur de leurs bains de soleil respectifs.
Je traîne sur mon téléphone, je lis des nouvelles, rien de crucial, je slalome entre les informations anxiogènes, j'ai pas envie.
Je sais que c'est un luxe. Je ne me suis jamais sentie aussi bien lotie. C'est vrai que c'est exaspérant les gens qui se plaignent la bouche pleine mais quoi ? Il faudrait avoir été trépané pour s'autoriser l'embarras d'un bon mal de tête ?
Dans toutes les situations tu trouveras toujours des gens plus malins que tout le monde pour distribuer les bons points.
Je profite de ma bonne voix pour appeler ma grand-mère. Ça ne lui échappe pas car elle dit tout de suite avec une inflexion souriante : Comme tu as une voix claire, je suis tellement contente. Elle poursuit : tiens, je voulais le dire à quelqu'un alors je te le dis à toi : que c'est beau dehors, je suis sortie et je suis restée à regarder comme c'était beau. Il neige de gros flocons , c'est comme des pétales qui tombent du ciel, tu n'imagines pas comme c'est beau.
Si, je crois que j'imagine. Et cette exaltation dans sa voix elle est au moins aussi belle que les pétales de neige dans un ciel de mars.

mardi 24 mars 2020
Le réel est une matière molle
La fièvre même basse me donne des délires, c'est comme une drogue gratuite. Je laisse venir des flashs, mes yeux sont chauds, sous mes paupières se débattent des images fantastiques, des séquences se répondent, c'est surréaliste. Je galère à m'accrocher au réel. Il n'existe plus, il est devenu une matière molle, du temps élastique et des paysages en deux dimensions qui s'écrasent sur les fenêtres fermées.
Je pourrais m'allonger sur le parquet dans une flaque de lumière, écouter le sang battre son plein dans mes artères. Je pourrais arrêter de me reprocher d'être déçue de voir mes plans ajournés et mon rythme ralenti. Le temps qui file sans contrainte n'a pas le même goût, c'est un dimanche qui dure depuis 10 jours.
Le soleil est froid, mes os sont lourds et pèsent sous ma chair chaque jour plus flasque.
J'observe le moindre souffle, mon corps n'est pas habitué à une telle attention. J'évite les nouvelles de ce tout nouveau monde. Mon regard fournaise tiédit à coup de Doliprane rationné. Mes paupières sont tirées de la torpeur par des projections frénétiques, des envolées lubriques. Un peu de sang sur ma lèvre. Pas mal de feu au cul. Je suis une bourgeoise au smic qui se fait chier dans son jus, qui brode sur une vie rêvée, qui imagine qu'avec l'avant il y a toujours un après. Je le fantasme et je le redoute. J'ai honte de mon imaginaire et ma vie intérieure est devenue une cavale. (...) Illustration : Francine Van Hove
Je pourrais m'allonger sur le parquet dans une flaque de lumière, écouter le sang battre son plein dans mes artères. Je pourrais arrêter de me reprocher d'être déçue de voir mes plans ajournés et mon rythme ralenti. Le temps qui file sans contrainte n'a pas le même goût, c'est un dimanche qui dure depuis 10 jours.
Le soleil est froid, mes os sont lourds et pèsent sous ma chair chaque jour plus flasque.
J'observe le moindre souffle, mon corps n'est pas habitué à une telle attention. J'évite les nouvelles de ce tout nouveau monde. Mon regard fournaise tiédit à coup de Doliprane rationné. Mes paupières sont tirées de la torpeur par des projections frénétiques, des envolées lubriques. Un peu de sang sur ma lèvre. Pas mal de feu au cul. Je suis une bourgeoise au smic qui se fait chier dans son jus, qui brode sur une vie rêvée, qui imagine qu'avec l'avant il y a toujours un après. Je le fantasme et je le redoute. J'ai honte de mon imaginaire et ma vie intérieure est devenue une cavale. (...) Illustration : Francine Van Hove
lundi 23 mars 2020
Prenez soin de vous
C'est long mais c'est important // ça parle de psychiatrie et de prise en charge
Lundi dernier, chez ma généraliste, je fais état de différents symptômes. C'est un peu foutraque mais ils existent et le risque de contagion ne me permet pas de prendre mon état de santé à la légère.
Comme j'ai une ALD 23 pour trouble psy, elle perd par une minute pour corréler mes symptômes physiques au trouble mental (lequel est de plus en plus lisse à force d'un travail acharné mais ça, elle ne le soupçonne même pas).
Je sors avec un arrêt maladie de 15 jours et une impression de ne pas avoir été écoutée comme j'aurais du l'être. Aucune mise en garde particulière sur les sorties à éviter, les contact etc... Avant l'annonce du confinement le soir même.
Reposez-vous, détendez-vous, respirez dans un sac.
Bon, les jours défilent, je passe mes nuits en nage, j'ai un mal de tête quasi-permanent et une grande fatigue. J'ai du mal à marcher et parler en même temps. J'essaie encore de me convaincre que c'est moi toute seule qui me rend malade. Je ferme relativement ma gueule, c'est vivable quoi qu'il arrive. Un peu oppressant ceci-dit
Je ne nie pas l'existence de symptômes psychogènes, je ne nie pas ma capacité à somatiser, mais j'ai un passif de 37 ans d'angoisse, alors je sais la reconnaître, la neutraliser, je connais mon cerveau et ses ressorts mieux que mon appartement, vraiment, on me la fait pas. Je finis toujours par canaliser le kraken et ses sombres velléités, si je n'échappe pas à ses tentacules, j'ai au moins appris à ne pas les confondre avec les bras de Morphée et j'ai mis en place un bon paquet de parade pour ne pas me laisser noyer.
Peut-être qu'on dirait que je me vante, et je vais le dire une fois pour toute, oui, je me vante, parce que ça fait 15 ans que je suis sur le dossier et que j'organise ma vie autour d'un seul projet : une relative paix intérieure.
Et ça marche, la preuve, je suis là.
Isa consulte le même médecin quelques jours plus tard, avec des symptômes qui ressemblent aux miens à peu de chose près. Il semblerait que nous ayons quelques jours de décalage mais les mêmes embarras, plutôt mineurs mais stressants, même pour quelqu'un qui n'a pas un grain, je vous jure.
Elle consulte le même médecin, mais elle, elle n'a pas d'ALD psy, alors elle ne la teste pas mais lui dis qu'il y a de grandes chances qu'il s'agisse du covid-19, elle lui donne des conseils, lui parle des éventuelles évolutions, du pic possible au bout des 7e ou 9e jours, lui dit quel médicament prendre et quand, de ne surtout plus sortir de chez elle.
Ce week-end, j'ai le bide en vrac, des crampes intenses, la chiasse, une petite fièvre, une sensation d’essoufflement permanente. J'essaie de me détendre comme je peux, de rire, de me divertir, de me détourner de mon corps et de ses petits caprices. Je me dis que ça va passer.
Hier en fin d'après-midi, je respire mal, je me mets doucement à paniquer. Je prends sur moi, je fais des exercices, ceux qu'on fait contre les attaques de panique, ça passe pas. Je suis très essoufflée quand je lance une séance de relaxation guidée sur youtube (merci bb tmtc).
C'est pas mal, ça a calmé la panique sous-jacente mais reste l'inconfort du souffle court, la sensation de respirer comme une noyée, d'avoir une charge lourde sur la poitrine.
Je ne me sens pas capable de parler, Isa appelle un médecin. d'un transfert d'appel à un autre, elle se retrouve en ligne avec le SAMU, on la met en attente.
Je prends le téléphone pour attendre de parler à un médecin permanencier. Accueil bienveillant, je me sens écoutée, je suis calme, je respire mal et si je me sens oppressée, je reste calme pour lui expliquer le plus simplement du monde ce que je ressens sans stresser, sans le stresser.
Arrive la question de savoir si j'ai pris des médicaments. Alors oui, j'ai pris un doliprane, j'ai pris de la doxycycline et de la lamotrigine, un anti-épileptique prescrit pour ses effets thymo-régulateur dans le cadre d'un trouble de l'humeur, entre autres.
il dit Ah, la Lamotrigine vous a été prescrite ... par un neurologue ?
J'ai l'honnêteté naïve de corriger, non, par mon psychiatre.
Je peux sembler complètement parano mais je sens à cette seconde un changement dans ma prise en charge. Quand il répond un AH à la Denis Brognard, je sais que ça y est, il va me laisser dans ce qu'il pense être une crise d'angoisse.
Ne paniquez pas madame, c'est rien, si vous n'avez pas + de 38.5 de fièvre, une grosse toux sèche et une sensation d'étouffement, pas besoin de paniquer.
Je reformule : Il faut avoir les trois symptômes que vous citez simultanément pour considérer le cas comme sérieux?
Oui
ok, très bien, ciao. Je remercie, je m'EXCUSE de lui avoir fait perdre son temps comme la reine des connes.
Je me demande à quoi il a vu que je paniquais dans le ton de ma voix, j'étais juste en quête de réponses car tout le monde dit un truc différent et que je ne voudrais pas faire un malaise pour un malentendu.
D'ailleurs, j'aurai su quand m'inquiéter si j'avais fait l'objet d'une vraie consultation lundi dernier. J'aurai eu les informations appropriées, celles qui ont notamment été données à Isa.
Je ne veux pas généraliser, mais j'en ai marre.
Je ne fais pas partie des populations fragiles mais je n'ai jamais eu de problèmes respiratoires, jamais fait de crise d'asthme ou quoi que ce soit. Alors oui, je m'interroge sur cette sensation qui depuis hier ne me quitte que très rarement. Qu'on vienne pas m'expliquer ce que c'est qu'une crise d'angoisse sérieux, parce que j'en connais toutes les nuances et je suis un ninja pour m'en départir.
Je ne m'inquiète pas pour moi. Mais j'imagine quelqu'un qui prend un traitement psy plus ou moins lourd qui se retrouve dans un cas similaire avec cette fois des très sérieuses raisons de s'inquiéter, j'espère que ça n'arrive jamais, mais je me dis que ça peut avoir des conséquences sérieuses et ça me fait vraiment mal délirer.
C'est un partage d'expérience qui me semblait important. Peut-être que vous n'en aviez pas conscience. C'est très fréquent de se voir renvoyé à nos troubles psy quand on évoque des symptômes physiques.
Par des professionnels de santé mais également par des proches.
Sérieux, ne faites pas ça.
Lundi dernier, chez ma généraliste, je fais état de différents symptômes. C'est un peu foutraque mais ils existent et le risque de contagion ne me permet pas de prendre mon état de santé à la légère.
Comme j'ai une ALD 23 pour trouble psy, elle perd par une minute pour corréler mes symptômes physiques au trouble mental (lequel est de plus en plus lisse à force d'un travail acharné mais ça, elle ne le soupçonne même pas).
Je sors avec un arrêt maladie de 15 jours et une impression de ne pas avoir été écoutée comme j'aurais du l'être. Aucune mise en garde particulière sur les sorties à éviter, les contact etc... Avant l'annonce du confinement le soir même.
Reposez-vous, détendez-vous, respirez dans un sac.
Bon, les jours défilent, je passe mes nuits en nage, j'ai un mal de tête quasi-permanent et une grande fatigue. J'ai du mal à marcher et parler en même temps. J'essaie encore de me convaincre que c'est moi toute seule qui me rend malade. Je ferme relativement ma gueule, c'est vivable quoi qu'il arrive. Un peu oppressant ceci-dit
Je ne nie pas l'existence de symptômes psychogènes, je ne nie pas ma capacité à somatiser, mais j'ai un passif de 37 ans d'angoisse, alors je sais la reconnaître, la neutraliser, je connais mon cerveau et ses ressorts mieux que mon appartement, vraiment, on me la fait pas. Je finis toujours par canaliser le kraken et ses sombres velléités, si je n'échappe pas à ses tentacules, j'ai au moins appris à ne pas les confondre avec les bras de Morphée et j'ai mis en place un bon paquet de parade pour ne pas me laisser noyer.
Peut-être qu'on dirait que je me vante, et je vais le dire une fois pour toute, oui, je me vante, parce que ça fait 15 ans que je suis sur le dossier et que j'organise ma vie autour d'un seul projet : une relative paix intérieure.
Et ça marche, la preuve, je suis là.
Isa consulte le même médecin quelques jours plus tard, avec des symptômes qui ressemblent aux miens à peu de chose près. Il semblerait que nous ayons quelques jours de décalage mais les mêmes embarras, plutôt mineurs mais stressants, même pour quelqu'un qui n'a pas un grain, je vous jure.
Elle consulte le même médecin, mais elle, elle n'a pas d'ALD psy, alors elle ne la teste pas mais lui dis qu'il y a de grandes chances qu'il s'agisse du covid-19, elle lui donne des conseils, lui parle des éventuelles évolutions, du pic possible au bout des 7e ou 9e jours, lui dit quel médicament prendre et quand, de ne surtout plus sortir de chez elle.
Ce week-end, j'ai le bide en vrac, des crampes intenses, la chiasse, une petite fièvre, une sensation d’essoufflement permanente. J'essaie de me détendre comme je peux, de rire, de me divertir, de me détourner de mon corps et de ses petits caprices. Je me dis que ça va passer.
Hier en fin d'après-midi, je respire mal, je me mets doucement à paniquer. Je prends sur moi, je fais des exercices, ceux qu'on fait contre les attaques de panique, ça passe pas. Je suis très essoufflée quand je lance une séance de relaxation guidée sur youtube (merci bb tmtc).
C'est pas mal, ça a calmé la panique sous-jacente mais reste l'inconfort du souffle court, la sensation de respirer comme une noyée, d'avoir une charge lourde sur la poitrine.
Je ne me sens pas capable de parler, Isa appelle un médecin. d'un transfert d'appel à un autre, elle se retrouve en ligne avec le SAMU, on la met en attente.
Je prends le téléphone pour attendre de parler à un médecin permanencier. Accueil bienveillant, je me sens écoutée, je suis calme, je respire mal et si je me sens oppressée, je reste calme pour lui expliquer le plus simplement du monde ce que je ressens sans stresser, sans le stresser.
Arrive la question de savoir si j'ai pris des médicaments. Alors oui, j'ai pris un doliprane, j'ai pris de la doxycycline et de la lamotrigine, un anti-épileptique prescrit pour ses effets thymo-régulateur dans le cadre d'un trouble de l'humeur, entre autres.
il dit Ah, la Lamotrigine vous a été prescrite ... par un neurologue ?
J'ai l'honnêteté naïve de corriger, non, par mon psychiatre.
Je peux sembler complètement parano mais je sens à cette seconde un changement dans ma prise en charge. Quand il répond un AH à la Denis Brognard, je sais que ça y est, il va me laisser dans ce qu'il pense être une crise d'angoisse.
Ne paniquez pas madame, c'est rien, si vous n'avez pas + de 38.5 de fièvre, une grosse toux sèche et une sensation d'étouffement, pas besoin de paniquer.
Je reformule : Il faut avoir les trois symptômes que vous citez simultanément pour considérer le cas comme sérieux?
Oui
ok, très bien, ciao. Je remercie, je m'EXCUSE de lui avoir fait perdre son temps comme la reine des connes.
Je me demande à quoi il a vu que je paniquais dans le ton de ma voix, j'étais juste en quête de réponses car tout le monde dit un truc différent et que je ne voudrais pas faire un malaise pour un malentendu.
D'ailleurs, j'aurai su quand m'inquiéter si j'avais fait l'objet d'une vraie consultation lundi dernier. J'aurai eu les informations appropriées, celles qui ont notamment été données à Isa.
Je ne veux pas généraliser, mais j'en ai marre.
Je ne fais pas partie des populations fragiles mais je n'ai jamais eu de problèmes respiratoires, jamais fait de crise d'asthme ou quoi que ce soit. Alors oui, je m'interroge sur cette sensation qui depuis hier ne me quitte que très rarement. Qu'on vienne pas m'expliquer ce que c'est qu'une crise d'angoisse sérieux, parce que j'en connais toutes les nuances et je suis un ninja pour m'en départir.
Je ne m'inquiète pas pour moi. Mais j'imagine quelqu'un qui prend un traitement psy plus ou moins lourd qui se retrouve dans un cas similaire avec cette fois des très sérieuses raisons de s'inquiéter, j'espère que ça n'arrive jamais, mais je me dis que ça peut avoir des conséquences sérieuses et ça me fait vraiment mal délirer.
C'est un partage d'expérience qui me semblait important. Peut-être que vous n'en aviez pas conscience. C'est très fréquent de se voir renvoyé à nos troubles psy quand on évoque des symptômes physiques.
Par des professionnels de santé mais également par des proches.
Sérieux, ne faites pas ça.
dimanche 22 mars 2020
Tout le monde dévisse
Tout le monde dévisse. On lâche la rampe ensemble, ça me change. Je comprends les chats qui ont besoin de se pendre aux rideaux, de bouffer des plantes, de faire des courses poursuites contre l'ennui, de jouer avec leur queue comme s'ils la decouvraient. Chaque jour, inlassablement, depuis bientôt 16 ans, wo wo, c'est quoi ce truc qui bouge au bout de mon cul là ?
Je comprends qu'on vrille, enfermé chez soi. Et on a de la chance, c'est rien, c'est pas grave de se taper son quart de folie, de péter les plombs. Ça va.
Il y a plusieurs nuits j'ai rêvé que je passais l'aspirateur vêtue d'une robe de mariée fort encombrante, la clope au bec, visiblement bourrée au martini.
Je déteste le martini mais le rêve m'a fait rire.
Je suis fascinée par la fantaisie des unes et atterrée par les réflexes de panurge, la bêtise et l'incurie des autres. Mais j'en veux à personne, dire de la merde, c'est pas pire que découvrir sa queue ou bouffer un ficus. On fait comme on peut, j'espère que ça ne va pas devenir une constante.
Hier on est passé du rire à l'inquiétude et vice versa toute la journée. Essoufflées, fiévreuses, mais ensemble. C'est déjà ça.
Le gros de l'angoisse c'est de me dire que j'ai foutu cette merde partout, sur les outils au taf, les boutons de l'ascenseur, les TPE des commerces, la rampe d'escalier, les poignées de porte, la barre du tram, les touches du distributeur automatique ... Partout.
J'ai donné de l'argent sale, j'ai tendu une main droite potentiellement criminelle.
Voilà le gros de l'angoisse.
Respirer dans une paille, je connais, ça va pour l'instant, on se surveille et on se soutient. On a de la chance.
Mais imaginer que j'ai mis quelqu'un en galère, c'est ça, précisément, qui m'empêche de bien dormir.
Je comprends qu'on vrille, enfermé chez soi. Et on a de la chance, c'est rien, c'est pas grave de se taper son quart de folie, de péter les plombs. Ça va.
Il y a plusieurs nuits j'ai rêvé que je passais l'aspirateur vêtue d'une robe de mariée fort encombrante, la clope au bec, visiblement bourrée au martini.
Je déteste le martini mais le rêve m'a fait rire.
Je suis fascinée par la fantaisie des unes et atterrée par les réflexes de panurge, la bêtise et l'incurie des autres. Mais j'en veux à personne, dire de la merde, c'est pas pire que découvrir sa queue ou bouffer un ficus. On fait comme on peut, j'espère que ça ne va pas devenir une constante.
Hier on est passé du rire à l'inquiétude et vice versa toute la journée. Essoufflées, fiévreuses, mais ensemble. C'est déjà ça.
Le gros de l'angoisse c'est de me dire que j'ai foutu cette merde partout, sur les outils au taf, les boutons de l'ascenseur, les TPE des commerces, la rampe d'escalier, les poignées de porte, la barre du tram, les touches du distributeur automatique ... Partout.
J'ai donné de l'argent sale, j'ai tendu une main droite potentiellement criminelle.
Voilà le gros de l'angoisse.
Respirer dans une paille, je connais, ça va pour l'instant, on se surveille et on se soutient. On a de la chance.
Mais imaginer que j'ai mis quelqu'un en galère, c'est ça, précisément, qui m'empêche de bien dormir.
samedi 21 mars 2020
Comme d'hab, mais à l'intérieur
Dans les rues du Neudorf, hier, des vieux comme d'hab, des gens partout, même moi.
Parce-que je me sentais autorisée avec mon pète au casque et mon mot du psy.
J'ai arrêté. Je prends mes responsabilités, ni eux, ni moi, allez, on va y arriver à personne dans les rues ?
Mais il restera toujours le mec devant le monop et son chien, son tas de tupperware que les habitants du quartier déposent à côté de lui. Ils aiment bien donner, ils aiment bien que ça se voit. Je ne fais pas exception.
Et ces crevards de pigeon qui nettoient les rues des cadavres de leurs frères tellement ils ont la dalle. On leur balance plus de frites molles et de miettes hydrogénées, ils sont en manque de graisses saturées.
On lit à droite à gauche ce qu'il faut faire pour réussir son confinement.
La corde ou le gaz ?
Je déconne, c'est bon.
Il faudrait en profiter pour se réaliser dans quelque chose, lire Proust, trier ses fringues, apprendre à faire une pâte feuilletée, monter une mayonnaise. Pardon mais je vais plutôt essayer de trancher la question de savoir si je sors de tout ça plus grosse ou alcoolique. Je vais essayer de pas faire courir de risque à un dealer qui a dans sa poche de quoi contenir mon angoisse à court terme. Je fais vaguement du yoga, posture de l'hirondelle, du chien de fusil ou encore du cadavre, les yeux ouverts en direction du plafond.
J'essaie de répondre à la difficile et omniprésente question : QU'EST CE QU'ON MANGE ?
J'essaie de pas fusionner avec le canapé.
Je me tiens pas mal à distance de la culturanh en dehors de quelques documentaires d'arte et des podcasts habituels.
J'écoute de la musique anxiogène parce qu'aller mal est mon talent, et quand je m'en aperçois, j'arrête et je m'auto-blâme, parce que c'est mon autre talent.
J'appelle les gens que j'aime, je pense à eux, à vous, je m'inquiète pour ceux qui ne s'inquiètent pour personne.
Je lis Leila Slimani qui tripe dans sa longère sur les bourgeons de tilleul. J'ai des montées de violence, c'est pas nouveau, mais je peux pas sortir marcher deux heures avec du PNL dans le casque pour me sortir le seum.
Marie Darrieusseq s'y met aussi. On romantise l'enfermement, et je pense encore aux claques qui se perdent.
Souvent, je me rappelle que j'ai de la chance, j'ai de la place, j'ai un balcon, ma meuf ne me frappe pas, on a le frigo pété de bouffe, netflix, ocs, du vin, des doliprane et, relativement, la santé.
Internet regorge de bonnes vannes et d'initiatives qui mettent de la joie dans tout ça. Merci à cette génération avec laquelle on peut soit-disant "plus rien dire" de me faire autant rire. On nous trouve moralisateurs, censeurs, réac, je nous trouve hilarants.
Je me tape des angoisses abyssales et des crises de rire, en fait, c'est presque comme d'hab, mais à l'intérieur
Parce-que je me sentais autorisée avec mon pète au casque et mon mot du psy.
J'ai arrêté. Je prends mes responsabilités, ni eux, ni moi, allez, on va y arriver à personne dans les rues ?
Mais il restera toujours le mec devant le monop et son chien, son tas de tupperware que les habitants du quartier déposent à côté de lui. Ils aiment bien donner, ils aiment bien que ça se voit. Je ne fais pas exception.
Et ces crevards de pigeon qui nettoient les rues des cadavres de leurs frères tellement ils ont la dalle. On leur balance plus de frites molles et de miettes hydrogénées, ils sont en manque de graisses saturées.
On lit à droite à gauche ce qu'il faut faire pour réussir son confinement.
La corde ou le gaz ?
Je déconne, c'est bon.
Il faudrait en profiter pour se réaliser dans quelque chose, lire Proust, trier ses fringues, apprendre à faire une pâte feuilletée, monter une mayonnaise. Pardon mais je vais plutôt essayer de trancher la question de savoir si je sors de tout ça plus grosse ou alcoolique. Je vais essayer de pas faire courir de risque à un dealer qui a dans sa poche de quoi contenir mon angoisse à court terme. Je fais vaguement du yoga, posture de l'hirondelle, du chien de fusil ou encore du cadavre, les yeux ouverts en direction du plafond.
J'essaie de répondre à la difficile et omniprésente question : QU'EST CE QU'ON MANGE ?
J'essaie de pas fusionner avec le canapé.
Je me tiens pas mal à distance de la culturanh en dehors de quelques documentaires d'arte et des podcasts habituels.
J'écoute de la musique anxiogène parce qu'aller mal est mon talent, et quand je m'en aperçois, j'arrête et je m'auto-blâme, parce que c'est mon autre talent.
J'appelle les gens que j'aime, je pense à eux, à vous, je m'inquiète pour ceux qui ne s'inquiètent pour personne.
Je lis Leila Slimani qui tripe dans sa longère sur les bourgeons de tilleul. J'ai des montées de violence, c'est pas nouveau, mais je peux pas sortir marcher deux heures avec du PNL dans le casque pour me sortir le seum.
Marie Darrieusseq s'y met aussi. On romantise l'enfermement, et je pense encore aux claques qui se perdent.
Souvent, je me rappelle que j'ai de la chance, j'ai de la place, j'ai un balcon, ma meuf ne me frappe pas, on a le frigo pété de bouffe, netflix, ocs, du vin, des doliprane et, relativement, la santé.
Internet regorge de bonnes vannes et d'initiatives qui mettent de la joie dans tout ça. Merci à cette génération avec laquelle on peut soit-disant "plus rien dire" de me faire autant rire. On nous trouve moralisateurs, censeurs, réac, je nous trouve hilarants.
Je me tape des angoisses abyssales et des crises de rire, en fait, c'est presque comme d'hab, mais à l'intérieur
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