Je m’épuise
dans des nuits fragmentées. Quand je ne suis pas assommée par les symptômes du
virus, je m’accorde une gorgée de Toplexil pour m’assurer un sommeil rapide. Je
fais des rêves qui n’ont ni queue ni tête, plus farfelus que ceux que je fais d’habitude.
J’ignore si c’est un effet secondaire de la molécule ou du confinement.
Je rêve
que je suis enceinte. Une grossesse mystérieuse et angoissante.
Je me réveille
plusieurs fois mais je retrouve ce rêve dès que je me rendors. Je me réveille,
la main droite posée sur mon ventre arrondi par tout ce que je mange pour
trouver du réconfort, par l’inactivité, la langueur qui distend le temps et la
peau.
Le
mouvement est la réponse la plus efficace que j’appose à l’ennui, creuset de l’angoisse.
Il n’y a que dans mes rêves et dans ce que j’appelle mes délires, que je vais
et que je viens, qu’il n’y a plus de limites spatio-temporelles. J’organise ma
fuite sans attestation dérogatoire, une fuite qui n’est pas sur la tournée des
flics et échappe à tous contrôles.
Je lis des mots, des phrases, des
paragraphes, dont il ne reste pas grand-chose. Je ne fixe rien des nutriments potentiellement
présents dans la lecture, de ceux qui contribuent à nous tenir debout. Ma
concentration est difficile à mobiliser, je suis partout à la fois, je suis
nulle part. Dispersée.
La
première semaine a été consacrée à l’observation des éventuels symptômes, à l’écoute
de mon corps et des manifestations inhabituelles de la gêne. Aucune douleur
précise mais un inconfort diffus et permanent qui se superpose au stress.
La semaine
II, je l’ai passée à dormir 10h, aller me reposer sur le canapé avant la sieste,
me réveiller pour manger un truc à la nuit tombée, aller me coucher, et ainsi
de suite…
Pour cette
troisième semaine, je ne sais pas à quoi m’attendre. Je suis en rade de
Toplexil, en rade de patience. Ça fait trois jours que je n’ai pas bu d’alcool
et je souhaite renouveler ce miracle le plus longtemps possible. Je pourrais
redéfinir les limites de mon corps mais tout est flou et je m’y perds.
Je peux
écrire comme tant de gens me le suggère, comme si le temps qu’on a devant soi
était de l’inspiration pure, qu’on avait qu’à se servir. Je peux écrire mais c’est
compliqué quand on cumule une ligne éditoriale de chouinasse et un cul bordé de
nouilles. Je n'ai jamais éprouvé l'indécence de mes tracas comme je le fais actuellement.
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