Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

lundi 30 mars 2020

Dispersée


Je m’épuise dans des nuits fragmentées. Quand je ne suis pas assommée par les symptômes du virus, je m’accorde une gorgée de Toplexil pour m’assurer un sommeil rapide. Je fais des rêves qui n’ont ni queue ni tête, plus farfelus que ceux que je fais d’habitude. J’ignore si c’est un effet secondaire de la molécule ou du confinement.
Je rêve que je suis enceinte. Une grossesse mystérieuse et angoissante. 
Je me réveille plusieurs fois mais je retrouve ce rêve dès que je me rendors. Je me réveille, la main droite posée sur mon ventre arrondi par tout ce que je mange pour trouver du réconfort, par l’inactivité, la langueur qui distend le temps et la peau. 

Le mouvement est la réponse la plus efficace que j’appose à l’ennui, creuset de l’angoisse. Il n’y a que dans mes rêves et dans ce que j’appelle mes délires, que je vais et que je viens, qu’il n’y a plus de limites spatio-temporelles. J’organise ma fuite sans attestation dérogatoire, une fuite qui n’est pas sur la tournée des flics et échappe à tous contrôles. 
Je lis des mots, des phrases, des paragraphes, dont il ne reste pas grand-chose. Je ne fixe rien des nutriments potentiellement présents dans la lecture, de ceux qui contribuent à nous tenir debout. Ma concentration est difficile à mobiliser, je suis partout à la fois, je suis nulle part. Dispersée.

La première semaine a été consacrée à l’observation des éventuels symptômes, à l’écoute de mon corps et des manifestations inhabituelles de la gêne. Aucune douleur précise mais un inconfort diffus et permanent qui se superpose au stress.

La semaine II, je l’ai passée à dormir 10h, aller me reposer sur le canapé avant la sieste, me réveiller pour manger un truc à la nuit tombée, aller me coucher, et ainsi de suite…

Pour cette troisième semaine, je ne sais pas à quoi m’attendre. Je suis en rade de Toplexil, en rade de patience. Ça fait trois jours que je n’ai pas bu d’alcool et je souhaite renouveler ce miracle le plus longtemps possible. Je pourrais redéfinir les limites de mon corps mais tout est flou et je m’y perds.

Je peux écrire comme tant de gens me le suggère, comme si le temps qu’on a devant soi était de l’inspiration pure, qu’on avait qu’à se servir. Je peux écrire mais c’est compliqué quand on cumule une ligne éditoriale de chouinasse et un cul bordé de nouilles. Je n'ai jamais éprouvé l'indécence de mes tracas comme je le fais actuellement. 



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