Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

lundi 23 mars 2020

Prenez soin de vous

C'est long mais c'est important // ça parle de psychiatrie et de prise en charge

Lundi dernier, chez ma généraliste, je fais état de différents symptômes. C'est un peu foutraque mais ils existent et le risque de contagion ne me permet pas de prendre mon état de santé à la légère.
Comme j'ai une ALD 23 pour trouble psy, elle perd par une minute pour corréler mes symptômes physiques au trouble mental (lequel est de plus en plus lisse à force d'un travail acharné mais ça, elle ne le soupçonne même pas).
Je sors avec un arrêt maladie de 15 jours et une impression de ne pas avoir été écoutée comme j'aurais du l'être. Aucune mise en garde particulière sur les sorties à éviter, les contact etc... Avant l'annonce du confinement le soir même.

Reposez-vous, détendez-vous, respirez dans un sac.

Bon, les jours défilent, je passe mes nuits en nage, j'ai un mal de tête quasi-permanent et une grande fatigue. J'ai du mal à marcher et parler en même temps. J'essaie encore de me convaincre que c'est moi toute seule qui me rend malade. Je ferme relativement ma gueule, c'est vivable quoi qu'il arrive. Un peu oppressant ceci-dit

Je ne nie pas l'existence de symptômes psychogènes, je ne nie pas ma capacité à somatiser, mais j'ai un passif de 37 ans d'angoisse, alors je sais la reconnaître, la neutraliser, je connais mon cerveau et ses ressorts mieux que mon appartement, vraiment, on me la fait pas. Je finis toujours par canaliser le kraken et ses sombres velléités, si je n'échappe pas à ses tentacules, j'ai au moins appris à ne pas les confondre avec les bras de Morphée et j'ai mis en place un bon paquet de parade pour ne pas me laisser noyer.

Peut-être qu'on dirait que je me vante, et je vais le dire une fois pour toute, oui, je me vante, parce que ça fait 15 ans que je suis sur le dossier et que j'organise ma vie autour d'un seul projet : une relative paix intérieure.

Et ça marche, la preuve, je suis là.

Isa consulte le même médecin quelques jours plus tard, avec des symptômes qui ressemblent aux miens à peu de chose près. Il semblerait que nous ayons quelques jours de décalage mais les mêmes embarras, plutôt mineurs mais stressants, même pour quelqu'un qui n'a pas un grain, je vous jure.

Elle consulte le même médecin, mais elle, elle n'a pas d'ALD psy, alors elle ne la teste pas mais lui dis qu'il y a de grandes chances qu'il s'agisse du covid-19, elle lui donne des conseils, lui parle des éventuelles évolutions, du pic possible au bout des 7e ou 9e jours, lui dit quel médicament prendre et quand, de ne surtout plus sortir de chez elle.

Ce week-end, j'ai le bide en vrac, des crampes intenses, la chiasse,  une petite fièvre, une sensation d’essoufflement permanente. J'essaie de me détendre comme je peux, de rire, de me divertir, de me détourner de mon corps et de ses petits caprices. Je me dis que ça va passer.

Hier en fin d'après-midi, je respire mal, je me mets doucement à paniquer. Je prends sur moi, je fais des exercices, ceux qu'on fait contre les attaques de panique, ça passe pas. Je suis très essoufflée quand je lance une séance de relaxation guidée sur youtube (merci bb tmtc).
C'est pas mal, ça a calmé la panique sous-jacente mais reste l'inconfort du souffle court, la sensation de respirer comme une noyée, d'avoir une charge lourde sur la poitrine.

Je ne me sens pas capable de parler, Isa appelle un médecin. d'un transfert d'appel à un autre, elle se retrouve en ligne avec le SAMU, on la met en attente.
Je prends le téléphone pour attendre de parler à un médecin permanencier. Accueil bienveillant, je me sens écoutée, je suis calme, je respire mal et si je me sens oppressée, je reste calme pour lui expliquer le plus simplement du monde ce que je ressens sans stresser, sans le stresser.

Arrive la question de savoir si j'ai pris des médicaments. Alors oui, j'ai pris un doliprane, j'ai pris de la doxycycline et de la lamotrigine, un anti-épileptique prescrit pour ses effets thymo-régulateur dans le cadre d'un trouble de l'humeur, entre autres.

il dit Ah, la Lamotrigine vous a été prescrite ...  par un neurologue ?

J'ai l'honnêteté naïve de corriger, non, par mon psychiatre.

Je peux sembler complètement parano mais je sens à cette seconde un changement dans ma prise en charge. Quand il répond un AH à la Denis Brognard, je sais que ça y est, il va me laisser dans ce qu'il pense être une crise d'angoisse.

Ne paniquez pas madame, c'est rien, si vous n'avez pas + de 38.5 de fièvre, une grosse toux sèche et une sensation d'étouffement, pas besoin de paniquer.

Je reformule : Il faut avoir les trois symptômes que vous citez simultanément pour considérer le cas comme sérieux?

Oui

ok, très bien, ciao. Je remercie, je m'EXCUSE de lui avoir fait perdre son temps comme la reine des connes.

Je me demande à quoi il a vu que je paniquais dans le ton de ma voix, j'étais juste en quête de réponses car tout le monde dit un truc différent et que je ne voudrais pas faire un malaise pour un malentendu.

D'ailleurs, j'aurai su quand m'inquiéter si j'avais fait l'objet d'une vraie consultation lundi dernier. J'aurai eu les informations appropriées, celles qui ont notamment été données à Isa.

Je ne veux pas généraliser, mais j'en ai marre.

Je ne fais pas partie des populations fragiles mais je n'ai jamais eu de problèmes respiratoires, jamais fait de crise d'asthme ou quoi que ce soit. Alors oui, je m'interroge sur cette sensation qui depuis hier ne me quitte que très rarement. Qu'on vienne pas m'expliquer ce que c'est qu'une crise d'angoisse sérieux, parce que j'en connais toutes les nuances et je suis un ninja pour m'en départir.

Je ne m'inquiète pas pour moi. Mais j'imagine quelqu'un qui prend un traitement psy plus ou moins lourd qui se retrouve dans un cas similaire avec cette fois des très sérieuses raisons de s'inquiéter, j'espère que ça n'arrive jamais, mais je me dis que ça peut avoir des conséquences sérieuses et ça me fait vraiment mal délirer.

C'est un partage d'expérience qui me semblait important. Peut-être que vous n'en aviez pas conscience. C'est très fréquent de se voir renvoyé à nos troubles psy quand on évoque des symptômes physiques.

Par des professionnels de santé mais également par des proches.

Sérieux, ne faites pas ça.

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