La fièvre même basse me donne des délires, c'est comme une drogue gratuite. Je laisse venir des flashs, mes yeux sont chauds, sous mes paupières se débattent des images fantastiques, des séquences se répondent, c'est surréaliste. Je galère à m'accrocher au réel. Il n'existe plus, il est devenu une matière molle, du temps élastique et des paysages en deux dimensions qui s'écrasent sur les fenêtres fermées.
Je pourrais m'allonger sur le parquet dans une flaque de lumière, écouter le sang battre son plein dans mes artères. Je pourrais arrêter de me reprocher d'être déçue de voir mes plans ajournés et mon rythme ralenti. Le temps qui file sans contrainte n'a pas le même goût, c'est un dimanche qui dure depuis 10 jours.
Le soleil est froid, mes os sont lourds et pèsent sous ma chair chaque jour plus flasque.
J'observe le moindre souffle, mon corps n'est pas habitué à une telle attention. J'évite les nouvelles de ce tout nouveau monde. Mon regard fournaise tiédit à coup de Doliprane rationné. Mes paupières sont tirées de la torpeur par des projections frénétiques, des envolées lubriques. Un peu de sang sur ma lèvre. Pas mal de feu au cul. Je suis une bourgeoise au smic qui se fait chier dans son jus, qui brode sur une vie rêvée, qui imagine qu'avec l'avant il y a toujours un après. Je le fantasme et je le redoute. J'ai honte de mon imaginaire et ma vie intérieure est devenue une cavale. (...) Illustration : Francine Van Hove

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