La fièvre même basse me donne des délires, c'est comme une drogue gratuite. Je laisse venir des flashs, mes yeux sont chauds, sous mes paupières se débattent des images fantastiques, des séquences se répondent, c'est surréaliste. Je galère à m'accrocher au réel. Il n'existe plus, il est devenu une matière molle, du temps élastique et des paysages en deux dimensions qui s'écrasent sur les fenêtres fermées.
Je pourrais m'allonger sur le parquet dans une flaque de lumière, écouter le sang battre son plein dans mes artères. Je pourrais arrêter de me reprocher d'être déçue de voir mes plans ajournés et mon rythme ralenti. Le temps qui file sans contrainte n'a pas le même goût, c'est un dimanche qui dure depuis 10 jours.
Le soleil est froid, mes os sont lourds et pèsent sous ma chair chaque jour plus flasque.
J'observe le moindre souffle, mon corps n'est pas habitué à une telle attention. J'évite les nouvelles de ce tout nouveau monde. Mon regard fournaise tiédit à coup de Doliprane rationné. Mes paupières sont tirées de la torpeur par des projections frénétiques, des envolées lubriques. Un peu de sang sur ma lèvre. Pas mal de feu au cul. Je suis une bourgeoise au smic qui se fait chier dans son jus, qui brode sur une vie rêvée, qui imagine qu'avec l'avant il y a toujours un après. Je le fantasme et je le redoute. J'ai honte de mon imaginaire et ma vie intérieure est devenue une cavale. (...) Illustration : Francine Van Hove
Zed Zonk, des cimes aux abysses
mardi 24 mars 2020
lundi 23 mars 2020
Prenez soin de vous
C'est long mais c'est important // ça parle de psychiatrie et de prise en charge
Lundi dernier, chez ma généraliste, je fais état de différents symptômes. C'est un peu foutraque mais ils existent et le risque de contagion ne me permet pas de prendre mon état de santé à la légère.
Comme j'ai une ALD 23 pour trouble psy, elle perd par une minute pour corréler mes symptômes physiques au trouble mental (lequel est de plus en plus lisse à force d'un travail acharné mais ça, elle ne le soupçonne même pas).
Je sors avec un arrêt maladie de 15 jours et une impression de ne pas avoir été écoutée comme j'aurais du l'être. Aucune mise en garde particulière sur les sorties à éviter, les contact etc... Avant l'annonce du confinement le soir même.
Reposez-vous, détendez-vous, respirez dans un sac.
Bon, les jours défilent, je passe mes nuits en nage, j'ai un mal de tête quasi-permanent et une grande fatigue. J'ai du mal à marcher et parler en même temps. J'essaie encore de me convaincre que c'est moi toute seule qui me rend malade. Je ferme relativement ma gueule, c'est vivable quoi qu'il arrive. Un peu oppressant ceci-dit
Je ne nie pas l'existence de symptômes psychogènes, je ne nie pas ma capacité à somatiser, mais j'ai un passif de 37 ans d'angoisse, alors je sais la reconnaître, la neutraliser, je connais mon cerveau et ses ressorts mieux que mon appartement, vraiment, on me la fait pas. Je finis toujours par canaliser le kraken et ses sombres velléités, si je n'échappe pas à ses tentacules, j'ai au moins appris à ne pas les confondre avec les bras de Morphée et j'ai mis en place un bon paquet de parade pour ne pas me laisser noyer.
Peut-être qu'on dirait que je me vante, et je vais le dire une fois pour toute, oui, je me vante, parce que ça fait 15 ans que je suis sur le dossier et que j'organise ma vie autour d'un seul projet : une relative paix intérieure.
Et ça marche, la preuve, je suis là.
Isa consulte le même médecin quelques jours plus tard, avec des symptômes qui ressemblent aux miens à peu de chose près. Il semblerait que nous ayons quelques jours de décalage mais les mêmes embarras, plutôt mineurs mais stressants, même pour quelqu'un qui n'a pas un grain, je vous jure.
Elle consulte le même médecin, mais elle, elle n'a pas d'ALD psy, alors elle ne la teste pas mais lui dis qu'il y a de grandes chances qu'il s'agisse du covid-19, elle lui donne des conseils, lui parle des éventuelles évolutions, du pic possible au bout des 7e ou 9e jours, lui dit quel médicament prendre et quand, de ne surtout plus sortir de chez elle.
Ce week-end, j'ai le bide en vrac, des crampes intenses, la chiasse, une petite fièvre, une sensation d’essoufflement permanente. J'essaie de me détendre comme je peux, de rire, de me divertir, de me détourner de mon corps et de ses petits caprices. Je me dis que ça va passer.
Hier en fin d'après-midi, je respire mal, je me mets doucement à paniquer. Je prends sur moi, je fais des exercices, ceux qu'on fait contre les attaques de panique, ça passe pas. Je suis très essoufflée quand je lance une séance de relaxation guidée sur youtube (merci bb tmtc).
C'est pas mal, ça a calmé la panique sous-jacente mais reste l'inconfort du souffle court, la sensation de respirer comme une noyée, d'avoir une charge lourde sur la poitrine.
Je ne me sens pas capable de parler, Isa appelle un médecin. d'un transfert d'appel à un autre, elle se retrouve en ligne avec le SAMU, on la met en attente.
Je prends le téléphone pour attendre de parler à un médecin permanencier. Accueil bienveillant, je me sens écoutée, je suis calme, je respire mal et si je me sens oppressée, je reste calme pour lui expliquer le plus simplement du monde ce que je ressens sans stresser, sans le stresser.
Arrive la question de savoir si j'ai pris des médicaments. Alors oui, j'ai pris un doliprane, j'ai pris de la doxycycline et de la lamotrigine, un anti-épileptique prescrit pour ses effets thymo-régulateur dans le cadre d'un trouble de l'humeur, entre autres.
il dit Ah, la Lamotrigine vous a été prescrite ... par un neurologue ?
J'ai l'honnêteté naïve de corriger, non, par mon psychiatre.
Je peux sembler complètement parano mais je sens à cette seconde un changement dans ma prise en charge. Quand il répond un AH à la Denis Brognard, je sais que ça y est, il va me laisser dans ce qu'il pense être une crise d'angoisse.
Ne paniquez pas madame, c'est rien, si vous n'avez pas + de 38.5 de fièvre, une grosse toux sèche et une sensation d'étouffement, pas besoin de paniquer.
Je reformule : Il faut avoir les trois symptômes que vous citez simultanément pour considérer le cas comme sérieux?
Oui
ok, très bien, ciao. Je remercie, je m'EXCUSE de lui avoir fait perdre son temps comme la reine des connes.
Je me demande à quoi il a vu que je paniquais dans le ton de ma voix, j'étais juste en quête de réponses car tout le monde dit un truc différent et que je ne voudrais pas faire un malaise pour un malentendu.
D'ailleurs, j'aurai su quand m'inquiéter si j'avais fait l'objet d'une vraie consultation lundi dernier. J'aurai eu les informations appropriées, celles qui ont notamment été données à Isa.
Je ne veux pas généraliser, mais j'en ai marre.
Je ne fais pas partie des populations fragiles mais je n'ai jamais eu de problèmes respiratoires, jamais fait de crise d'asthme ou quoi que ce soit. Alors oui, je m'interroge sur cette sensation qui depuis hier ne me quitte que très rarement. Qu'on vienne pas m'expliquer ce que c'est qu'une crise d'angoisse sérieux, parce que j'en connais toutes les nuances et je suis un ninja pour m'en départir.
Je ne m'inquiète pas pour moi. Mais j'imagine quelqu'un qui prend un traitement psy plus ou moins lourd qui se retrouve dans un cas similaire avec cette fois des très sérieuses raisons de s'inquiéter, j'espère que ça n'arrive jamais, mais je me dis que ça peut avoir des conséquences sérieuses et ça me fait vraiment mal délirer.
C'est un partage d'expérience qui me semblait important. Peut-être que vous n'en aviez pas conscience. C'est très fréquent de se voir renvoyé à nos troubles psy quand on évoque des symptômes physiques.
Par des professionnels de santé mais également par des proches.
Sérieux, ne faites pas ça.
Lundi dernier, chez ma généraliste, je fais état de différents symptômes. C'est un peu foutraque mais ils existent et le risque de contagion ne me permet pas de prendre mon état de santé à la légère.
Comme j'ai une ALD 23 pour trouble psy, elle perd par une minute pour corréler mes symptômes physiques au trouble mental (lequel est de plus en plus lisse à force d'un travail acharné mais ça, elle ne le soupçonne même pas).
Je sors avec un arrêt maladie de 15 jours et une impression de ne pas avoir été écoutée comme j'aurais du l'être. Aucune mise en garde particulière sur les sorties à éviter, les contact etc... Avant l'annonce du confinement le soir même.
Reposez-vous, détendez-vous, respirez dans un sac.
Bon, les jours défilent, je passe mes nuits en nage, j'ai un mal de tête quasi-permanent et une grande fatigue. J'ai du mal à marcher et parler en même temps. J'essaie encore de me convaincre que c'est moi toute seule qui me rend malade. Je ferme relativement ma gueule, c'est vivable quoi qu'il arrive. Un peu oppressant ceci-dit
Je ne nie pas l'existence de symptômes psychogènes, je ne nie pas ma capacité à somatiser, mais j'ai un passif de 37 ans d'angoisse, alors je sais la reconnaître, la neutraliser, je connais mon cerveau et ses ressorts mieux que mon appartement, vraiment, on me la fait pas. Je finis toujours par canaliser le kraken et ses sombres velléités, si je n'échappe pas à ses tentacules, j'ai au moins appris à ne pas les confondre avec les bras de Morphée et j'ai mis en place un bon paquet de parade pour ne pas me laisser noyer.
Peut-être qu'on dirait que je me vante, et je vais le dire une fois pour toute, oui, je me vante, parce que ça fait 15 ans que je suis sur le dossier et que j'organise ma vie autour d'un seul projet : une relative paix intérieure.
Et ça marche, la preuve, je suis là.
Isa consulte le même médecin quelques jours plus tard, avec des symptômes qui ressemblent aux miens à peu de chose près. Il semblerait que nous ayons quelques jours de décalage mais les mêmes embarras, plutôt mineurs mais stressants, même pour quelqu'un qui n'a pas un grain, je vous jure.
Elle consulte le même médecin, mais elle, elle n'a pas d'ALD psy, alors elle ne la teste pas mais lui dis qu'il y a de grandes chances qu'il s'agisse du covid-19, elle lui donne des conseils, lui parle des éventuelles évolutions, du pic possible au bout des 7e ou 9e jours, lui dit quel médicament prendre et quand, de ne surtout plus sortir de chez elle.
Ce week-end, j'ai le bide en vrac, des crampes intenses, la chiasse, une petite fièvre, une sensation d’essoufflement permanente. J'essaie de me détendre comme je peux, de rire, de me divertir, de me détourner de mon corps et de ses petits caprices. Je me dis que ça va passer.
Hier en fin d'après-midi, je respire mal, je me mets doucement à paniquer. Je prends sur moi, je fais des exercices, ceux qu'on fait contre les attaques de panique, ça passe pas. Je suis très essoufflée quand je lance une séance de relaxation guidée sur youtube (merci bb tmtc).
C'est pas mal, ça a calmé la panique sous-jacente mais reste l'inconfort du souffle court, la sensation de respirer comme une noyée, d'avoir une charge lourde sur la poitrine.
Je ne me sens pas capable de parler, Isa appelle un médecin. d'un transfert d'appel à un autre, elle se retrouve en ligne avec le SAMU, on la met en attente.
Je prends le téléphone pour attendre de parler à un médecin permanencier. Accueil bienveillant, je me sens écoutée, je suis calme, je respire mal et si je me sens oppressée, je reste calme pour lui expliquer le plus simplement du monde ce que je ressens sans stresser, sans le stresser.
Arrive la question de savoir si j'ai pris des médicaments. Alors oui, j'ai pris un doliprane, j'ai pris de la doxycycline et de la lamotrigine, un anti-épileptique prescrit pour ses effets thymo-régulateur dans le cadre d'un trouble de l'humeur, entre autres.
il dit Ah, la Lamotrigine vous a été prescrite ... par un neurologue ?
J'ai l'honnêteté naïve de corriger, non, par mon psychiatre.
Je peux sembler complètement parano mais je sens à cette seconde un changement dans ma prise en charge. Quand il répond un AH à la Denis Brognard, je sais que ça y est, il va me laisser dans ce qu'il pense être une crise d'angoisse.
Ne paniquez pas madame, c'est rien, si vous n'avez pas + de 38.5 de fièvre, une grosse toux sèche et une sensation d'étouffement, pas besoin de paniquer.
Je reformule : Il faut avoir les trois symptômes que vous citez simultanément pour considérer le cas comme sérieux?
Oui
ok, très bien, ciao. Je remercie, je m'EXCUSE de lui avoir fait perdre son temps comme la reine des connes.
Je me demande à quoi il a vu que je paniquais dans le ton de ma voix, j'étais juste en quête de réponses car tout le monde dit un truc différent et que je ne voudrais pas faire un malaise pour un malentendu.
D'ailleurs, j'aurai su quand m'inquiéter si j'avais fait l'objet d'une vraie consultation lundi dernier. J'aurai eu les informations appropriées, celles qui ont notamment été données à Isa.
Je ne veux pas généraliser, mais j'en ai marre.
Je ne fais pas partie des populations fragiles mais je n'ai jamais eu de problèmes respiratoires, jamais fait de crise d'asthme ou quoi que ce soit. Alors oui, je m'interroge sur cette sensation qui depuis hier ne me quitte que très rarement. Qu'on vienne pas m'expliquer ce que c'est qu'une crise d'angoisse sérieux, parce que j'en connais toutes les nuances et je suis un ninja pour m'en départir.
Je ne m'inquiète pas pour moi. Mais j'imagine quelqu'un qui prend un traitement psy plus ou moins lourd qui se retrouve dans un cas similaire avec cette fois des très sérieuses raisons de s'inquiéter, j'espère que ça n'arrive jamais, mais je me dis que ça peut avoir des conséquences sérieuses et ça me fait vraiment mal délirer.
C'est un partage d'expérience qui me semblait important. Peut-être que vous n'en aviez pas conscience. C'est très fréquent de se voir renvoyé à nos troubles psy quand on évoque des symptômes physiques.
Par des professionnels de santé mais également par des proches.
Sérieux, ne faites pas ça.
dimanche 22 mars 2020
Tout le monde dévisse
Tout le monde dévisse. On lâche la rampe ensemble, ça me change. Je comprends les chats qui ont besoin de se pendre aux rideaux, de bouffer des plantes, de faire des courses poursuites contre l'ennui, de jouer avec leur queue comme s'ils la decouvraient. Chaque jour, inlassablement, depuis bientôt 16 ans, wo wo, c'est quoi ce truc qui bouge au bout de mon cul là ?
Je comprends qu'on vrille, enfermé chez soi. Et on a de la chance, c'est rien, c'est pas grave de se taper son quart de folie, de péter les plombs. Ça va.
Il y a plusieurs nuits j'ai rêvé que je passais l'aspirateur vêtue d'une robe de mariée fort encombrante, la clope au bec, visiblement bourrée au martini.
Je déteste le martini mais le rêve m'a fait rire.
Je suis fascinée par la fantaisie des unes et atterrée par les réflexes de panurge, la bêtise et l'incurie des autres. Mais j'en veux à personne, dire de la merde, c'est pas pire que découvrir sa queue ou bouffer un ficus. On fait comme on peut, j'espère que ça ne va pas devenir une constante.
Hier on est passé du rire à l'inquiétude et vice versa toute la journée. Essoufflées, fiévreuses, mais ensemble. C'est déjà ça.
Le gros de l'angoisse c'est de me dire que j'ai foutu cette merde partout, sur les outils au taf, les boutons de l'ascenseur, les TPE des commerces, la rampe d'escalier, les poignées de porte, la barre du tram, les touches du distributeur automatique ... Partout.
J'ai donné de l'argent sale, j'ai tendu une main droite potentiellement criminelle.
Voilà le gros de l'angoisse.
Respirer dans une paille, je connais, ça va pour l'instant, on se surveille et on se soutient. On a de la chance.
Mais imaginer que j'ai mis quelqu'un en galère, c'est ça, précisément, qui m'empêche de bien dormir.
Je comprends qu'on vrille, enfermé chez soi. Et on a de la chance, c'est rien, c'est pas grave de se taper son quart de folie, de péter les plombs. Ça va.
Il y a plusieurs nuits j'ai rêvé que je passais l'aspirateur vêtue d'une robe de mariée fort encombrante, la clope au bec, visiblement bourrée au martini.
Je déteste le martini mais le rêve m'a fait rire.
Je suis fascinée par la fantaisie des unes et atterrée par les réflexes de panurge, la bêtise et l'incurie des autres. Mais j'en veux à personne, dire de la merde, c'est pas pire que découvrir sa queue ou bouffer un ficus. On fait comme on peut, j'espère que ça ne va pas devenir une constante.
Hier on est passé du rire à l'inquiétude et vice versa toute la journée. Essoufflées, fiévreuses, mais ensemble. C'est déjà ça.
Le gros de l'angoisse c'est de me dire que j'ai foutu cette merde partout, sur les outils au taf, les boutons de l'ascenseur, les TPE des commerces, la rampe d'escalier, les poignées de porte, la barre du tram, les touches du distributeur automatique ... Partout.
J'ai donné de l'argent sale, j'ai tendu une main droite potentiellement criminelle.
Voilà le gros de l'angoisse.
Respirer dans une paille, je connais, ça va pour l'instant, on se surveille et on se soutient. On a de la chance.
Mais imaginer que j'ai mis quelqu'un en galère, c'est ça, précisément, qui m'empêche de bien dormir.
samedi 21 mars 2020
Comme d'hab, mais à l'intérieur
Dans les rues du Neudorf, hier, des vieux comme d'hab, des gens partout, même moi.
Parce-que je me sentais autorisée avec mon pète au casque et mon mot du psy.
J'ai arrêté. Je prends mes responsabilités, ni eux, ni moi, allez, on va y arriver à personne dans les rues ?
Mais il restera toujours le mec devant le monop et son chien, son tas de tupperware que les habitants du quartier déposent à côté de lui. Ils aiment bien donner, ils aiment bien que ça se voit. Je ne fais pas exception.
Et ces crevards de pigeon qui nettoient les rues des cadavres de leurs frères tellement ils ont la dalle. On leur balance plus de frites molles et de miettes hydrogénées, ils sont en manque de graisses saturées.
On lit à droite à gauche ce qu'il faut faire pour réussir son confinement.
La corde ou le gaz ?
Je déconne, c'est bon.
Il faudrait en profiter pour se réaliser dans quelque chose, lire Proust, trier ses fringues, apprendre à faire une pâte feuilletée, monter une mayonnaise. Pardon mais je vais plutôt essayer de trancher la question de savoir si je sors de tout ça plus grosse ou alcoolique. Je vais essayer de pas faire courir de risque à un dealer qui a dans sa poche de quoi contenir mon angoisse à court terme. Je fais vaguement du yoga, posture de l'hirondelle, du chien de fusil ou encore du cadavre, les yeux ouverts en direction du plafond.
J'essaie de répondre à la difficile et omniprésente question : QU'EST CE QU'ON MANGE ?
J'essaie de pas fusionner avec le canapé.
Je me tiens pas mal à distance de la culturanh en dehors de quelques documentaires d'arte et des podcasts habituels.
J'écoute de la musique anxiogène parce qu'aller mal est mon talent, et quand je m'en aperçois, j'arrête et je m'auto-blâme, parce que c'est mon autre talent.
J'appelle les gens que j'aime, je pense à eux, à vous, je m'inquiète pour ceux qui ne s'inquiètent pour personne.
Je lis Leila Slimani qui tripe dans sa longère sur les bourgeons de tilleul. J'ai des montées de violence, c'est pas nouveau, mais je peux pas sortir marcher deux heures avec du PNL dans le casque pour me sortir le seum.
Marie Darrieusseq s'y met aussi. On romantise l'enfermement, et je pense encore aux claques qui se perdent.
Souvent, je me rappelle que j'ai de la chance, j'ai de la place, j'ai un balcon, ma meuf ne me frappe pas, on a le frigo pété de bouffe, netflix, ocs, du vin, des doliprane et, relativement, la santé.
Internet regorge de bonnes vannes et d'initiatives qui mettent de la joie dans tout ça. Merci à cette génération avec laquelle on peut soit-disant "plus rien dire" de me faire autant rire. On nous trouve moralisateurs, censeurs, réac, je nous trouve hilarants.
Je me tape des angoisses abyssales et des crises de rire, en fait, c'est presque comme d'hab, mais à l'intérieur
Parce-que je me sentais autorisée avec mon pète au casque et mon mot du psy.
J'ai arrêté. Je prends mes responsabilités, ni eux, ni moi, allez, on va y arriver à personne dans les rues ?
Mais il restera toujours le mec devant le monop et son chien, son tas de tupperware que les habitants du quartier déposent à côté de lui. Ils aiment bien donner, ils aiment bien que ça se voit. Je ne fais pas exception.
Et ces crevards de pigeon qui nettoient les rues des cadavres de leurs frères tellement ils ont la dalle. On leur balance plus de frites molles et de miettes hydrogénées, ils sont en manque de graisses saturées.
On lit à droite à gauche ce qu'il faut faire pour réussir son confinement.
La corde ou le gaz ?
Je déconne, c'est bon.
Il faudrait en profiter pour se réaliser dans quelque chose, lire Proust, trier ses fringues, apprendre à faire une pâte feuilletée, monter une mayonnaise. Pardon mais je vais plutôt essayer de trancher la question de savoir si je sors de tout ça plus grosse ou alcoolique. Je vais essayer de pas faire courir de risque à un dealer qui a dans sa poche de quoi contenir mon angoisse à court terme. Je fais vaguement du yoga, posture de l'hirondelle, du chien de fusil ou encore du cadavre, les yeux ouverts en direction du plafond.
J'essaie de répondre à la difficile et omniprésente question : QU'EST CE QU'ON MANGE ?
J'essaie de pas fusionner avec le canapé.
Je me tiens pas mal à distance de la culturanh en dehors de quelques documentaires d'arte et des podcasts habituels.
J'écoute de la musique anxiogène parce qu'aller mal est mon talent, et quand je m'en aperçois, j'arrête et je m'auto-blâme, parce que c'est mon autre talent.
J'appelle les gens que j'aime, je pense à eux, à vous, je m'inquiète pour ceux qui ne s'inquiètent pour personne.
Je lis Leila Slimani qui tripe dans sa longère sur les bourgeons de tilleul. J'ai des montées de violence, c'est pas nouveau, mais je peux pas sortir marcher deux heures avec du PNL dans le casque pour me sortir le seum.
Marie Darrieusseq s'y met aussi. On romantise l'enfermement, et je pense encore aux claques qui se perdent.
Souvent, je me rappelle que j'ai de la chance, j'ai de la place, j'ai un balcon, ma meuf ne me frappe pas, on a le frigo pété de bouffe, netflix, ocs, du vin, des doliprane et, relativement, la santé.
Internet regorge de bonnes vannes et d'initiatives qui mettent de la joie dans tout ça. Merci à cette génération avec laquelle on peut soit-disant "plus rien dire" de me faire autant rire. On nous trouve moralisateurs, censeurs, réac, je nous trouve hilarants.
Je me tape des angoisses abyssales et des crises de rire, en fait, c'est presque comme d'hab, mais à l'intérieur
jeudi 12 décembre 2019
Easy Listing 111219 //
Un mec édenté par des coups directement portés au visage par les forces de l'ordre
Un père dit à son fils: tu ne veux pas t'en sortir, tu ne veux pas
- Si
- Non, tu baisserais pas le regard si tu voulais vraiment, je te connais comme si je t'avais fait
Moi, je regarde ailleurs en me disant : peut-être que tu l'as défait ton fils, qu'il te regarde pas pour pas t'en coller une, qu'il te met face aux ruines que tu feins d'ignorer ?
Il y a des ours affamés aux portes des villes et des milliers de colis amazon à envoyer
Il y a la paix familial à acheter avec des toasts séchés, croûtés, joyeux Noël, bonne année, surtout la santé
Je me fais sonner les cloches, on me dit : ça me fait pas rire, je suis pas content là, des cerveaux on en a qu'un Z, tu veux quoi ?
Je croise des skaters qui passent des figures brouillonnes, moi, je passe le refrain d'Au DD tu vas faire quoi ?
Je vis dans la partie de la ville qui ne sent pas la cannelle, dans la partie de la ville où sont installés les bobo, les homos et les vieux, ça sent les légumes de saison bio, locaux, équitables, ça sent le lait végétal dans le chaï latte, on se tient les portes, on se sourit, on se reconnaît à la longue
Des larmes atrocement sincères d'Adam Driver et de Scarlett Johansson
Le texte sur la voisine qui avance bien, souvenir d'une période d'effondrement psychologique
Souvenir de la période des relations hard discount, de l'adrénaline frelatée claquée sans compter au GIFI du cul
2014, la santé c'est bien chez les autres, franchement, j'en ressens pas le besoin, c'est sympa de loin, je mettrais pas ça dans mon salon
[C'est pas péjoratif]
Les discussions éclairées de 2h30 à 3h30, la permanence de nuit, les mains vides qu'on a honte de tendre
Vouloir faire + avec rien
Le 07 du sheitan, incandescent dans la poche arrière de mon jean
Se sentir pleine pleine pleine de vide à remplir
L'excitation de choisir avec soin les matériaux pour combler la brèche avec un vertige de détails
L'énergie hivernale prête à tout ravager sur son passage
C'est pas un poème, faut pas croire
Je me fais recadrer et je me sens plus pisser, je suis étourdie par le bien qu'on me veut
Des jeunes étudiants erasmus me demandent de les prendre en photo dans la ville électrique qui brille tout ce qu'elle peut, 5 poses plus tard, je tends le smartphone et je dis it's ok
Thank you so much
En 10 minutes, route du polygone, j'ai vu une gouine percée aux deux arcades vendre une barre de traction à un mec du bon coin, une dame tirer sur la laisse d'un yorkshire en pull jacquard en disant "ça suffit maintenant, Huguette", deux draisiennes et les gosses qui vont avec
Bobos, homos et vieux
Et c'est toujours pas péjoratif
dimanche 8 décembre 2019
.5
Un //
Je te mets des mots plein la bouche.
Par exemple : viens
Par exemple : oui
Alors que j'ai l'air de dire : non, rien.
Comme quand tu es dans des rêves salaces et qu'on t'en extirpe en demandant : à quoi tu penses ? Tu réponds, à rien de spécial et tu évites de regarder une personne physique avec ton regard de braise, de baise et t'as ce sourire volontaire bien qu'un peu con en mordillant l'intérieur de ta joue, et tu prends un air détaché en avalant une goutte de sang. La rouille te ramène à la réalité.
Deux //
La radio du salon de thé est passée de heart of glass à Take on me. Ça fait musique d'after glauque quand t'es defoncé jusqu'à la moelle et que tu sais très bien que c'est mort. C'est la torpeur qui a gagné. Tu vas aller au lit claquer des dents et sentir la tachycardie. Tu vas regretter les derniers shooter et la dernière trace en soupirant. Tu vas jurer sur tous les saints qu'on t'y reprendra plus. Tu vas avoir des fourmillements dans les lèvres et des fourmis rouges dans la bouche. Ça va devenir dégueulasse, chaotique, cauchemardesque. Ça fait partie du plan, c'est la clause écrite dans la plus petite police possible que tu te fais même plus chier à lire avant de signer le contrat. T'as le menton sur vibreur, le cerveau en mode avion. Tu voudrais sauter par la fenêtre, faire changer ton sang, revenir à hier mais t'es coincée dans une chambre borgne éclairée aux néons, avec ton coeur qui tape et tes mauvaises décisions.
Trois //
Un mec à côté de moi parle d'argent et de profit devant une collaboratrice attentive.
Il ajoute : c'est pas péjoratif.
Je sais pas de quoi ils parlent, je comprends pas l'argent, je m'en fous.
Elle dit: j't'invite
Lui : non c'est moi
Si, si, si, je t'invite.
Ils se font les politesses sociales d'usage mais j'ai su à la première seconde qu'elle allait finir par payer.
Il dit c'était bien et je me dis : ben putain...
Quatre //
Je pense à mes contrariétés purement formelles. J'aime pas ce petit ton de merde qui devient la norme. J'écoute même pas les mots quand j'aime pas la mélodie. Je bouche mes oreilles, je me roule par terre, je chante fort, je t'écoute pas. Lalala. C'est pas péjoratif.
Cinq //
Il y a 22 personnes devant moi quand j'arrive à la clinique avec mon doigts sur-bandé et mes trois points de suture. La chirurgienne a un accent mignon que j'identifie pas . Pliez, serrez, écartez, pliez, pliez... Si vous ne bougez pas la cicatrice ne va pas être belle.
J'ai envie de lui dire que c'est pas grave, j'en ai vu d'autres, je l'aimerais quand même ma cicatrice moche.
Je te mets des mots plein la bouche.
Par exemple : viens
Par exemple : oui
Alors que j'ai l'air de dire : non, rien.
Comme quand tu es dans des rêves salaces et qu'on t'en extirpe en demandant : à quoi tu penses ? Tu réponds, à rien de spécial et tu évites de regarder une personne physique avec ton regard de braise, de baise et t'as ce sourire volontaire bien qu'un peu con en mordillant l'intérieur de ta joue, et tu prends un air détaché en avalant une goutte de sang. La rouille te ramène à la réalité.
Deux //
La radio du salon de thé est passée de heart of glass à Take on me. Ça fait musique d'after glauque quand t'es defoncé jusqu'à la moelle et que tu sais très bien que c'est mort. C'est la torpeur qui a gagné. Tu vas aller au lit claquer des dents et sentir la tachycardie. Tu vas regretter les derniers shooter et la dernière trace en soupirant. Tu vas jurer sur tous les saints qu'on t'y reprendra plus. Tu vas avoir des fourmillements dans les lèvres et des fourmis rouges dans la bouche. Ça va devenir dégueulasse, chaotique, cauchemardesque. Ça fait partie du plan, c'est la clause écrite dans la plus petite police possible que tu te fais même plus chier à lire avant de signer le contrat. T'as le menton sur vibreur, le cerveau en mode avion. Tu voudrais sauter par la fenêtre, faire changer ton sang, revenir à hier mais t'es coincée dans une chambre borgne éclairée aux néons, avec ton coeur qui tape et tes mauvaises décisions.
Trois //
Un mec à côté de moi parle d'argent et de profit devant une collaboratrice attentive.
Il ajoute : c'est pas péjoratif.
Je sais pas de quoi ils parlent, je comprends pas l'argent, je m'en fous.
Elle dit: j't'invite
Lui : non c'est moi
Si, si, si, je t'invite.
Ils se font les politesses sociales d'usage mais j'ai su à la première seconde qu'elle allait finir par payer.
Il dit c'était bien et je me dis : ben putain...
Quatre //
Je pense à mes contrariétés purement formelles. J'aime pas ce petit ton de merde qui devient la norme. J'écoute même pas les mots quand j'aime pas la mélodie. Je bouche mes oreilles, je me roule par terre, je chante fort, je t'écoute pas. Lalala. C'est pas péjoratif.
Cinq //
Il y a 22 personnes devant moi quand j'arrive à la clinique avec mon doigts sur-bandé et mes trois points de suture. La chirurgienne a un accent mignon que j'identifie pas . Pliez, serrez, écartez, pliez, pliez... Si vous ne bougez pas la cicatrice ne va pas être belle.
J'ai envie de lui dire que c'est pas grave, j'en ai vu d'autres, je l'aimerais quand même ma cicatrice moche.
jeudi 5 décembre 2019
Quatre temps
Un //
L'hyperesthésie comme une flamme qui se balade à l'intérieur de ma cuisse, de mon avant bras, là où la peau est très blanche, très tendre, en feu.
Deux //
J'ai rêvé de la maison de mon enfance inondée, on écopait et on pleurait, je me demande si c'était pas nos larmes la catastrophe naturelle à l'origine du plus gros des dégâts. Mon hyperactivité diurne me permet d'oublier tous les rêves poisseux. Marcher vite et tout laisser derrière. La terre brûlée, le non retour...
Trois//
Sylvain Prud'homme à la radio qui s'extasie sur l'autostop, confort de l'habitacle, beauté de la rencontre avec des inconnus etc... Je pense à l'habitacle d'un 33t avec un routier qui pose des questions lubriques à la fille de 15 ans que j'étais. Je me demande si les hommes savent que faire du stop est un de leurs privilèges . S'ils savent ce que c'est que d'être avec sa pote dans la cabine d'un camion avec un mec qui nous demande si nous sommes vierges. Souvenir de nos pouces levés sur la route qui va de Salins-Les-Bains à Besançon le mercredi après-midi, la chance d'être deux. Est-ce qu'ils le savent, ce que c'est que de faire de l'auto stop avec une chatte ?
Quatre//
Je tiens méticuleusement le compte de mes réserves de sérotonine. Vieillir c'est apprendre où elle se cache : dans les conversations souriantes au téléphone, dans le chocolat noir au sésame grillé, dans la marche, dans les cafés avec les copines, dans une tasse fumante, entre les pages d'un livre terrifiant ou non, dans les bras de l'amoureuse, dans l'amour maladroit des chats qui se lavent le cul au creux de mon oreille, dans les différentes inflexions de voix des gens trop loin, dans la soupe orange, dans les rues un 5 décembre qu'on espère vivifiant, dans un verre d'eau quand il y a eu beaucoup trop de verres de vin ces derniers temps, dans les pas de cette fille devant moi qui traverse le marché de Noël avec une enceinte qui crache de la psy trance et un rat dans la capuche de son manteau, dans les minutes de calme volées aux canards à Krimmeri, dans les mots laissés dans différentes fenêtres de discussion : Les je t'aime, les je suis là, les t'inquiète pas, les appelle moi, les j'ai confiance en toi et cetera...
L'hyperesthésie comme une flamme qui se balade à l'intérieur de ma cuisse, de mon avant bras, là où la peau est très blanche, très tendre, en feu.
Deux //
J'ai rêvé de la maison de mon enfance inondée, on écopait et on pleurait, je me demande si c'était pas nos larmes la catastrophe naturelle à l'origine du plus gros des dégâts. Mon hyperactivité diurne me permet d'oublier tous les rêves poisseux. Marcher vite et tout laisser derrière. La terre brûlée, le non retour...
Trois//
Sylvain Prud'homme à la radio qui s'extasie sur l'autostop, confort de l'habitacle, beauté de la rencontre avec des inconnus etc... Je pense à l'habitacle d'un 33t avec un routier qui pose des questions lubriques à la fille de 15 ans que j'étais. Je me demande si les hommes savent que faire du stop est un de leurs privilèges . S'ils savent ce que c'est que d'être avec sa pote dans la cabine d'un camion avec un mec qui nous demande si nous sommes vierges. Souvenir de nos pouces levés sur la route qui va de Salins-Les-Bains à Besançon le mercredi après-midi, la chance d'être deux. Est-ce qu'ils le savent, ce que c'est que de faire de l'auto stop avec une chatte ?
Quatre//
Je tiens méticuleusement le compte de mes réserves de sérotonine. Vieillir c'est apprendre où elle se cache : dans les conversations souriantes au téléphone, dans le chocolat noir au sésame grillé, dans la marche, dans les cafés avec les copines, dans une tasse fumante, entre les pages d'un livre terrifiant ou non, dans les bras de l'amoureuse, dans l'amour maladroit des chats qui se lavent le cul au creux de mon oreille, dans les différentes inflexions de voix des gens trop loin, dans la soupe orange, dans les rues un 5 décembre qu'on espère vivifiant, dans un verre d'eau quand il y a eu beaucoup trop de verres de vin ces derniers temps, dans les pas de cette fille devant moi qui traverse le marché de Noël avec une enceinte qui crache de la psy trance et un rat dans la capuche de son manteau, dans les minutes de calme volées aux canards à Krimmeri, dans les mots laissés dans différentes fenêtres de discussion : Les je t'aime, les je suis là, les t'inquiète pas, les appelle moi, les j'ai confiance en toi et cetera...
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