5h, le réveil sonne et j'ai l'impression que je viens à peine de m'endormir. J'ai les oreilles qui bourdonnent et la tête lourde.
La séparation est pénible parce que je sens toujours des adieux tapis sous un simple aurevoir. Du coup je bâcle un peu...
Il pleut depuis la veille au soir. il y a eu le tonnerre et les éclairs, c'était beau. Maintenant c'est une pluie banale et lourde qui tombe droit, sans interruption.
6h, nous prenons la route dans un épais brouillard qui s'ajoute à la nuit, qui elle même s'ajoute à la route rendue inhospitalière par l'ambiance de fin du monde.
On ne voit rien à 10 m devant nous. On se tortille dans les épingles à l'aveuglette et je serre mes mains l'une contre l'autre, je respire mal mais j'ai confiance.
J'avais pas anticipé que la route puisse être si mauvaise dans le col de Sorba. Et puis le jour se lève, la brume aussi, nous entamons la descente et mes mains lâchent la pression.
Au deuxième col j'ai un peu la gerbe mais nous arrivons à temps.
On se quitte assez vite, j'aime pas trop ça les séparations dans les aéroports, les gares et tout. Toujours pour cette histoire des adieux qui ne sont jamais loin. J'ai toujours peur des dernières fois, surtout en ce moment où le niveau d'angoisse dépasse l'entendement. Je regarde jusqu'au bout, jusqu'à la dernière seconde les silhouettes disparaître.
J'achète un café dégueulasse et un pain au chocolat trop gras. Je reconnais le visage du couple qui était à mes côtés dans le vol aller. J'envie un peu leurs belles couleurs moi qui suis restée blanche comme une endive.
Je regarde un gay lire une biographie du pape François en croquant dans mon pain au chocolat comme on se met du gloss et je le juge.
Dans l'avion, ça mastique nerveusement des chewing gum, ça sent le fromage et ça me dégoûte. J'imagine dans les valises, les fromages à moitié vivants rapportés pour faire goûter aux potes et je pense que ça se voit sur mon visage que je suis pas tellement fan de l'idée.
J'ai le cafard quand je boucle ma ceinture. Une fille me demande si je voyage seule, si je veux bien prendre le hublot pour qu'elle soit à côté de sa copine.
Je dis oui, bien sûr, oui. Le hublot de toutes façons, c'est mieux pour pleurer. Je lui tend un sourire trempé, elle me rend un sourire gênée. Je me dis : T'es conne franchement, elle a rien demandé.
Quand l'avion décolle un gosse sur les genoux de son père me donne des coups de pieds dans la cuisse. Le père me dit : on va le canaliser. J'ai surtout envie que la mère de l'enfant se canalise parce qu'elle a un rire intense et ininterrompu qui me tape sur les nerfs. Le gosse boit du sirop d'anis dans un biberon, pitié, arrêtons ce loto des odeurs.
J'ai de la peine et j'ai le démon.
Pendant tout le vol j'essaie de déterminer ce qui est le plus embarrassant dans ce moment : Le rire de la meuf, la pastis du gosse, mes larmes désinhibées, le fromage qui daube.
Mais je crois que, finalement, c'est ce mec qui lit une biographie du pape François.
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