Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

lundi 22 avril 2019

Lestée // Délestée #Corsica

Nous montons à Rosse ce matin avec mon oncle et mon père. Il y a une vingtaine de minutes de voiture dans des lacets serrés avant d'arriver. C'est comme une berceuse sans parole, je me cale sur le rythme, j'ai la mémoire des virages.
Arrivée au village abandonné, nous surprenons un taureau, une vache et huit veaux impressionnés par notre présence. Ils se relèvent péniblement et vont plus loin pour marquer le coup.
Un peu plus tard d'autres vaches rejoindront le groupe initial. L'une d'entre elle s'est postée face à moi sans que je parvienne à déterminer la part de surprise et d'hostilité dans son attitude. Je n'ai plus bougé, j'ai à peine respiré, elle m'a regardée comme si j'étais un arbre chelou qu'il fallait contourner puis elle est passé très près de moi après avoir jugé qu'il n'y avait aucun danger.
Je me suis assise un moment sous le chêne sans âge rencontré il y a plus de 10 ans.
J'ai écrit quelques mots et j'ai contemplé une pierre que j'ai trouvé. Une pierre aux angles aiguës, limite tranchante. Mon oncle m'a assuré que je pourrai m'en servir pour aiguiser des couteaux.
Je l'ai sortie de ma poche et je me suis étonnée de sa forme, de la netteté de ses contours. J'ai mis deux pierres dans mon escarcelle lors de ce séjour et elles ont toutes les deux des tranches plates sur lesquelles s'appuyer solidement. Elles ne sont pas si grosses mais elles sont denses et étonnamment stables.
Sous mon arbre, je me charge les bronches de l'air du maquis, je pense à la rondeur, je pense aux pierres qui roulent et aux couteaux.
Je regarde loin devant, le plus loin possible. Le cafard que je me traîne depuis quelques jours s'est envolé pour le moment. Loin devant, il n'y a rien d'inquiétant, des forêts profondes et une rivière qui serpente.
Rien ne semble avoir bougé. J'ai toujours rencontré des animaux à cet endroit précis. Des marcassins, des chèvres, un cheval et aujourd'hui des vaches des veaux et un imposant taureau.
Je suis toujours repartie d'ici avec plus de joie qu'à mon arrivée et avec de la caillasse.
J'arrive évaporée, je repars lestée de pierre, délestée d'une part de mon fond d'angoisse. Toujours.

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