Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

mercredi 29 mai 2019

La gaîté

En rentrant aujourd'hui je croise un type dans la rue dont l'apparence m'a fait penser à la rencontre de David Foster Wallace et Axel Rose jeune. De longs cheveux retenus par un bandana clair à motifs noirs. Des lunettes à monture fine. Il se débattait avec un élastique à cheveux, tout en marchant.
Quand il passe le plus près possible de moi je constate qu'il sent la sueur. Une odeur âcre qui me jette en arrière.
J'abuse un peu.
Après je me suis dit qu'il venait très certainement de faire du sport. J'ai trouvé plusieurs explications.
Je venais de raccrocher mon téléphone après une longue conversation avec B.
J'avais encore sur le visage des restes de la gaîté que j'ai essayé de lui communiquer.
J'aurais aimé être en face de lui qu'on se parle avec les yeux aussi. Et les mains qui font leurs trucs de main pour accompagner l'ensemble. Ça manque.
À la maison, je me croise dans le miroir et je considère deux minutes mon visage ravagé. Les restes de gaîté, dans les plis autour de mes yeux.
Je culpabilise de ne pas avoir tout donné à B.


Sur cette photo comme sur toutes celles que j'ai trouvé de D. Foster Wallace, je le trouve sédaté.
J'imagine que je légende ces clichés comme ça parce que je sais qu'il est effectivement bien dosé. Il me donne du chagrin mais ça dure pas longtemps. Il y a des gens qui ne sont pas fait pour "tout ça" et je comprends que ça se finisse en noeud coulant.

mercredi 22 mai 2019

Athènes II

Nous logeons a Exarchia considéré comme le quartier libertaire d'Athènes. Il y a peu de touristes et beaucoup de “jeunesse”. Je mets entre guillemets ce terme que j'emploie comme si j'avais 98 ans. Je veux dire, une jeunesse plus jeune que la mienne.
Ça sent la beuh et le posca. On trouve des tags d'extrême gauche, féministes, anticapitalistes, des hommages aux morts tués par les polices d'Europe.
On sent une détermination mais pas l'animosité qui pourrait accompagner les revendications qui recouvrent les murs. Ça parle de brûler des violeurs, niquer la police, le fascisme, les frontières, le capital, le patriarcat, les gouvernements…
Quand je tombe sur une inscription en français ça me met mal à l'aise parce que c'est principalement des poèmes courts à base de fleurs, de coeur. Du romantisme qui me laisse froide. Tout à l'heure le dessin d'un mec qui parle à son coeur en lui disant : s'il te plait, ne t'arrête pas.
Pitié.
On sent aussi la gentrification, comme partout. Tout nous sera pris, je suis résignée sur la question.
L'espace public est principalement occupé par des hommes en groupe. J'allais dire en meute. Nous comprenons vite qu'il vaut mieux éviter de les regarder, encore moins de sourire comme ça pour rien, juste parce qu'on est heureuse et que tout nous plaît. Le risque c'est de devoir se taper des regards voraces et lubriques.
Ce n'est pas oppressant une fois qu'on a compris on évite tout eye contact et rien ne se passe.
C'est intéressant de devoir détourner le regard d'un groupe de 5 hommes aux pieds desquels on peut lire SMASH THE PATRIARCHY.
J'essaie de prendre le moins de photo possible. Je me dis qu'on peut s'imprégner davantage de cette façon, je sais pas, j'essaie un truc.
Je me mets en mode buvard en trainant mon ravissement d'une place à une autre.
Je me pose à une terrasse, l'anglais me vient dans le désordre mais je mets du coeur à la tâche. Je le mélange à l'espagnol, là aussi on peut dire que j'essaie un truc.
Là je viens de dire à la serveuse qui est venu me servir : “ hola! give me a big draft of beer por favor. Merci.”
N'importe quoi mais avec un sourire ça passe.
Je constate un entrain rare de ma part alors je l'accueille, j'essaie d'en faire quelque chose, je vais pas cracher dessus.
Pour la suite, on verra.

Athènes I

Depuis toute jeune j'ai le goût de la marche dans ce qu'elle propose en termes de mouvement, d'effort mais surtout comme possibilité d'accéder à des points de vue tarés. J'ai une préférence pour les hauteurs, le surplomb. J'aime culminer mais ça n'a rien à voir avec le fait de dominer, de me placer au dessus de tout. Ce n'est pas une recherche de toute puissance mais disons que ça console une vulnérabilité intrinsèque. Je suis minuscule, je suis un point sur un tableau trop grand mais là, je peux considérer le tableau dans son ensemble et éprouver calmement mes contours. Ma place dans ma petite histoire devient plus concise et je cesse de me sentir comme une fragile buée.
Ce matin je sors marcher un peu aux abords de notre hôtel, je regarde deux femmes discuter sur le terrain de basket où elles font pisser leur chien. Je trouve ça concept de faire pisser des chiens à cet endroit mais qui suis je pour juger ?
Je suis sur un chemin régulier mais je repère rapidement des éboulis, une terre ocre et un itinéraire escarpé dans lequel je m'élance franchement.
Je suis seule, je marche, je monte, loin des voix des femmes et des jeux des chiens. Je frôle des à-pic qui réveillent mon vertige mais je gère.
Je me trouve sur un point qui me permet de voir Athènes à 360°. Tout en haut de la colline Strefi, j'entends des chiens, des autres, des oiseaux, plein, un muezzin, des cloches et mon sang qui s'excite, mon envie de tout.
J'espère qu'on trouvera jamais cette balade dans aucun guide de voyage, que ça ne deviendra pas un haut lieu du pèlerinage capitaliste orchestré par easyjet et Air bnb.
On aura bientôt plus le droit de se sentir seule et complète à sourire connement en haut d'une colline sans qu'il y ait 50 gus à la recherche du meilleur selfie.
Assise sur une pierre chaude, je lis un tag All Clitoris Are Beautiful, tu m'étonnes.
J'ai croisé un mec qui courrait, un mec qui dormait, un vieux sosie d'Allen Ginsberg grisé de liberté.
Eux, ils ont croisé une disciple d'Eve Angeli qui cherche en tout lieu à aller plus haut bien qu'elle ait une grande tendresse pour le ras des pâquerettes.
Je réfléchis mais non, vraiment, je vois pas où je pourrais aller pour me sentir mieux. Tout semble parfaitement agencé.

lundi 13 mai 2019

la mémoire et la mer

Si la mémoire est menteuse, je lui fais néanmoins confiance pour une chose, elle me retranscrit tes éclats de rire fidèlement, justement. Les années éloignent notre dernière soirée de mes souvenirs et tu me reviens, plus fort, plus beau que jamais. Et tellement solide. Tu t'es décharné mais tu te réincarnes. Tu réinvestis la place que tu as laissée vacante, tu l'as réchauffée. Je t'ai pleuré fort et beaucoup, tu m'as manqué quand tu nous as quitté. Et puis tu es revenu, les joues pleines, le corps rond, la mine radieuse, sur nos photos comme dans nos cœurs. C'était une blague que tu nous faisais cette histoire de cancer et de corps en miettes, tous les angles qui sont apparus sur ton visage. C'est pas ta meilleure plaisanterie. T'en avais de bonnes mais celle là, non. 
J'avais passé 20 ans que tu me protégeais encore les oreilles d'eventuelles histoires de cul. Tu disais à qui voulait l'entendre que ma blague préférée c'était celle d'un nuage qui voulait faire pluie pluie. T'avais envie que je sois petite et moi j'avais envie que tu sois toujours fort. Je regarde cette photo aujourd'hui et je suis contente. Je sens la mer, le pento sur tes cheveux, le soleil sur ta peau, le parfum de super marché que tu portais en alternance avec Égoïste de Chanel, Brut de Fabergé, le rire des mouettes et le ronronnement du moteur quand on rentrait au port.
Je sais pas si tu m'as menti pour me faire rêver quand tu disais que tu avais nagé avec les requins, que tu avais vu une baleine sur la côte bleue, que tu gagnais des bras de fer contre des mecs qui te faisaient deux fois quand t'étais marin et plein d'autres choses encore.
Ce que je sais, c'est que tu as repris du poil de la bête et que la longue nuit d'octobre qui t'a emportée en nous écorchant s'est presque effacée de ma mémoire.
Remplacée par ta collection de rire, tes cracks et ta beauté solaire ❤


Mon état normal


50 minutes de retard. C'est l'information que je regarde clignoter en jaune à côté du numero de mon tgv pour Strasbourg. 
Je prends un café que je vais regretter plus tard dans la nuit quand je chercherai un masque quiès pour me fermer les yeux. Quand mes nerfs n'auront pas sommeil et que je ferai machinalement mon procès comme c'est souvent le cas en ce moment. 
On nous confirme vocalement et avec l'accent Franc Comtois que notre train aura 50 minutes de retard suite à un accident de personne. Je me demande quel accident, sur quelle personne. 
Je lis Ratcharge. C'est bien mais l'echo n'est pas confortable. Je suis ravagée par le manque de certitude en ce moment alors c'est pas une lecture qui glisse. 
Deux soldats s'installent à côté de moi. Une fille, un gars. Ça bave sur le sergent. La fille a faim, elle dit je vais acheter à manger, je fais ma grosse. Elle se lève pour aller chercher un truc et je constate qu'elle fait moins d'1m50 et qu'elle doit peser le même poids qu'une de mes cuisses. Je me dis qu'elle fait super mal la grosse.
Je repense à la soirée de vendredi. Au soleil levant samedi matin. D'habitude j'ai horreur de ça mais là c'était bien. On était bien.
Sur le balcon, je fumais une clope et je dis à Léna, des fois le matin, le vieux en face me regarde écrire à mon bureau, il est en marcel à sa fenêtre et il me fait flipper, il me scotche.
Je lui montre la fenêtre en question et on rigole, deux minutes plus tard, je regarde à nouveau et le vieux est là, comme un fantôme mal rasé. J'aime bien quand la vie illustre mon propos. On a 12 ans, on rentre se cacher en gloussant. 
Samedi j'étais embrumée dans des émotions adverses. Mon sommeil est rigide, après l'heure c'est plus l'heure, j'ai raté tous les coches. J'ai passé la journée à tout regretter. C'est ce matin que j'ai été heureuse de mes courbatures de danse. 
Il faut que j'arrête de boire quand même. J'ai peur d'être le prochain accident de personne avec mes conneries. J'ai peur que la gueule de bois et les regrets deviennent mon état naturel.
J'aimerais bien être plus accueillante avec ce qu'on a coutume d'appeler mon "état normal".

jeudi 9 mai 2019

Les émotions moyennes

J'ai commencé la lecture du journal de Kurt Cobain. Je l'ai lu il y a un bail, peut-être une quinzaine d'années. J'en ai gardé peu de souvenir. Je le lis parce que je cède à tous les supports d'inspiration pour écrire sur les années 90 et la voix de Kurt Cobain, comme celle de Kim Deal en sont des emblèmes dans ma mythologie personnelle. J'étoffe mon texte à chacune de mes relectures mais je stagne un peu. C'est pourquoi j'ai repris le blog, pour être sûre d'un travail complémentaire quotidien. Pour la discipline.

Plus je prends de l'âge, plus je m'aperçois que je ne peux plus me permettre d'être en roue libre, de ne pas avoir de cadre. En même temps je suis dans une phase où la contrainte m'est difficile.
Je me demande si écrire sur mon adolescence ne me fait pas revivre comme je vivais à l'époque. Comme une flamme vibrante qui se tortille au moindre souffle extérieur mais qui tient quand même le coup.

Hier j'ai finalement sauvé la journée. J'ai survécu à mes pulsions de sabotage radical. On va appeler ça comme ça. J'ai marché sous une pluie fine pour me rendre au cinéma. J'ai regardé Julianne Moore crever l'écran comme on regarde une publicité pour la cinquantaine.
J'ai chialé mes angoisses. J'ai dû mal à comprendre mon cerveau mais à un moment il s'épuise tout seul.

La pluie sur mon visage a commencé à me sortir d'affaire. C'est pas la première fois que ça arrive, un peu d'eau fraîche sur la figure, ça remet les idées en place.

J'ai retrouvé un moment mon sourire exalté en chantant Clémence en vacances dans la rue Mariano déserte. Ça aussi, ça fatigue. Je voudrais bien passer de la torpeur à une émotion, disons, moyenne. Pas l'euphorie cash. Surtout pour pleurer à nouveau 20 minutes plus tard. Devant la bande annonce du prochain Almodovar qui, lui aussi, chiale bien sa mère. Devant Julianne Moore qui en chie des ronds de chapeau, devant mon incapacité à appeler quelqu'un.e pour parler de tout et surtout de rien.

mercredi 8 mai 2019

la fête de la victoire

Au réveil j'ai la tête lourde et le cerveau collé, déshydraté. Quand j'ai bu de l'alcool la veille et que je me réveille asséchée, j'ai toujours l'image d'un plat de spaghettis amalgamés dans une passoire, auquel on a oublié d'ajouter un peu de beurre. J'ai un plat de nouilles non lubrifiées à la place du cerveau.
Après le premier café, les premières larmes. On sait d'où elles viennent, on les reconnaît, elles charrient la haine, la culpabilité, la violence des sentiments tyranniques. Je lève les yeux sur un nuage noir qui me suit partout même aux chiottes.
C'est incroyable la culpabilité comme elle est l'apanage de celles et ceux qui n'ont pas tellement de merdes que ça sous le tapis. J'ai beau le savoir ça n'empêche pas de me reprocher tout un tas de torts.
Un merle vient de se poser sur le balcon, j'ai immédiatement cherché à le prendre en photo au lieu de me réjouir de sa présence. L'autre fois c'était une corneille grosse comme une poule à un mètre de moi.J'ai pensé à instagrammer, recueillir des preuves à verser au dossier sur ma vie palpitante. Le mal du siècle c'est sûrement ça, chercher des preuves, la ramener, crâner alors qu'on se fait principalement chier.
On passe à côté de relations formidables avec des corneilles et des merles qu'on préfère capturer que contempler.
Au sujet de ma culpabilité, en revanche, pas tant de preuves que ça... À midi le nuage noir menace de pleuvoir.
En météorologie on parle de précipitation, de dépression de perturbation et de nebulosité.
Je pense à l'oeil du cyclone en me cachant sous une couette. À la lubrification des nouilles. À mon cerveau en gluten.
Mon pc indique que c'est la fête de la victoire, c'est mentionné à côté de la date et de l'heure.
C'est limite flippant comme mot. Je sais pas, déjà, le champs lexical de la guerre ne me met pas spécialement à l'aise.
J'ai pas spécialement de victoires à fêter en ce moment et j'attends autre chose de la vie que l'impression d'être victorieuse.
Je préfère m'en tenir à la météo. Attendre que ça se dégage en me faisant bouillir la rate...