Au réveil j'ai la tête lourde et le cerveau collé, déshydraté. Quand j'ai bu de l'alcool la veille et que je me réveille asséchée, j'ai toujours l'image d'un plat de spaghettis amalgamés dans une passoire, auquel on a oublié d'ajouter un peu de beurre. J'ai un plat de nouilles non lubrifiées à la place du cerveau.
Après le premier café, les premières larmes. On sait d'où elles viennent, on les reconnaît, elles charrient la haine, la culpabilité, la violence des sentiments tyranniques. Je lève les yeux sur un nuage noir qui me suit partout même aux chiottes.
C'est incroyable la culpabilité comme elle est l'apanage de celles et ceux qui n'ont pas tellement de merdes que ça sous le tapis. J'ai beau le savoir ça n'empêche pas de me reprocher tout un tas de torts.
Un merle vient de se poser sur le balcon, j'ai immédiatement cherché à le prendre en photo au lieu de me réjouir de sa présence. L'autre fois c'était une corneille grosse comme une poule à un mètre de moi.J'ai pensé à instagrammer, recueillir des preuves à verser au dossier sur ma vie palpitante. Le mal du siècle c'est sûrement ça, chercher des preuves, la ramener, crâner alors qu'on se fait principalement chier.
On passe à côté de relations formidables avec des corneilles et des merles qu'on préfère capturer que contempler.
Au sujet de ma culpabilité, en revanche, pas tant de preuves que ça... À midi le nuage noir menace de pleuvoir.
En météorologie on parle de précipitation, de dépression de perturbation et de nebulosité.
Je pense à l'oeil du cyclone en me cachant sous une couette. À la lubrification des nouilles. À mon cerveau en gluten.
Mon pc indique que c'est la fête de la victoire, c'est mentionné à côté de la date et de l'heure.
C'est limite flippant comme mot. Je sais pas, déjà, le champs lexical de la guerre ne me met pas spécialement à l'aise.
J'ai pas spécialement de victoires à fêter en ce moment et j'attends autre chose de la vie que l'impression d'être victorieuse.
Je préfère m'en tenir à la météo. Attendre que ça se dégage en me faisant bouillir la rate...
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