Zed Zonk, des cimes aux abysses
samedi 27 mars 2021
Space Oddity
Effacer mes traces
Zone d'inconfort
lundi 18 janvier 2021
The Leftovers
vendredi 28 août 2020
Continuer le dialogue
J'ai eu envie de pleurer devant des applats de noir et des vagues texturées qui révèlent une lumière qui ne ressemble à aucune autre. Parce que j'avais la gueule de bois et parce que j'ai trouvé insupportable l'idée de ne jamais te raconter ce noir là. L'outrenoir de Pierre Soulages. Je ne te raconterai pas le chardonnay vieilles vignes couleur de miel, la tombe de schlag de Françoise Sagan, les paysages du Lot, le dernier roman de Lola Lafon, le musée Soulages, les albums de Shannon Wright que je ponce. Je te raconterai pas le papillon et son aile malade, je te dirai pas que je lui ai à moitié tapé ma vie, j'avais envie de l'aider mais j'avais pas d'or sur moi pour lui refaire la carrosserie. Je suis revenue plusieurs fois où je l'avais laissé et il a fini par disparaître. Dans mon histoire, il va très bien.
Je te montrerai pas la minuscule plume de geai que j'ai mis dans un cahier. On se tapera pas de barre en parlant du Sheitan entre parenthèses l'apéro et de la cirrhose estivale. On parlera pas de ces trucs sexy qu'on a mangé. Le ventre et la joie sont liés, ô combien. Je vais pas te conseiller de voir I May Destroy You. Tu ne sauras pas que j'ai fait un Paris-Strasbourg à deux mètres de David Dufresne dont on a tant parlé. J'ai enfin reçu la coque de téléphone otterbox que tu m'avais conseillée, que tu voulais m'offrir parce que c'est pas possible ce carnage, frangine. Je te dirai pas toutes les conneries ésotériques que je fais en appelant ça du spiritisme. T'imagines pas combien de fois je t'ai confondu avec le vent, un arc-en-ciel, un nuage fluo ou encore l'aile valide d'un papillon, un jouet dinosaure trouvé par terre. Ça me fait même pas honte de faire comme je peux avec ce que j'ai sous la main.
Je m'en fous de parler à des jouets, à des plumes à la con, à des papillons, à des arbres, des caillasses, des pages word ou même à la tombe de Françoise Sagan.
Ce que je veux c'est continuer le dialogue.
Je voudrais te montrer ce que tu ne peux plus voir, je voudrais te faire entendre toute cette musique que je découvre que tu aurais aimé. Je voudrais spéculer avec toi sur la saison 6 de Better Call Saul. Je voudrais oublier ta voix rincée qui me dit : vivement que ça se termine frangine, que je puisse venir vous voir à Strasbourg.
Hier matin en partant de notre villégiature j'ai vu une biche sautiller à l'orée d'un bois. Isa a stoppé la voiture, la biche s'est arrêtée pour regarder vers nous, quand j'ai croisé son regard, j'ai eu envie de lui demander des nouvelles de toi. Je lâche la rampe, je bois trop, je mange trop, j'essaie de vivre pour moi et pour toi. D'être heureuse là où tu ne peux plus l'être. Je me dis que ça va se décanter. Les cauchemars et le besoin de m'oublier. Je me dis que je vais arrêter de t'écrire des lettres débiles. Je vais m'habituer à te voir partout. M'habituer au monologue. Parler aux biches c'est à peine moins con que de parler aux murs.
dimanche 23 août 2020
Carnet de deuil 5
Faire le ménage ça fait bien diversion. J'ai passé le balai comme si ma vie en dépendait. Le sol c'était un crumble, je te jure.
Carnet de deuil 1
Ça raconte comme c'était bien et comme ça le redeviendra, ça raconte un crépuscule à peine long, entre chien et rien, le soleil pas tout à fait parti et les étoiles encore engourdies, la lune la tête dans le cul. Ça raconte une carte du ciel revue et corrigée dans la précipitation. Ça raconte les caprices d'une maladie, le mental d'un samouraï. Ça parle de ce petit souffle d'air qui me parcourt la nuque dans la nuit caniculaire.
