Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

vendredi 10 juillet 2020

Vickie Gendreau // emmène-moi danser

Je remplis la baignoire d’eau tiède qui se transforme en partie en mousse Hermès, Vickie Gendreau partage mon bain. Je tourne les pages, mon cul de prolote dans la mousse de bourgeasse, je les tourne de plus en plus vite et mon ventre raconte sa vie à l’eau d’hermès. J’immerge ma tête, j’entends la salade de fruits se faire digérer, et les trop nombreux cafés, et les mots de Vickie qui deviennent des frissons sub aquatiques. C’est balaise. J’entends mes mots à moi coincés dans mon larynx, tout complexés, tout contrits, tout cons. Mon larynx endolori d'avoir gueulé comme un perdu.

Au quai des brumes, j’ai pris son Testament sur l’étagère et j’ai lu une page, puis deux, et finalement cinq. Je passe en caisse avec l’ensemble de son œuvre. Je l’envie d’être si jeune et d’avoir toutes ces pages sur des étagères de librairie. C’est moche l’envie. Je me dis qu’il faut que j’arrête avec ces conneries et que je cravache au lieu de maronner.

Plus tard je tape son nom dans google parce que je veux voir son visage. Je ne digère pas ce que je lis, je ne supporte pas d’apprendre que ces mots-là, qui se cognent dans mon sac, dans ma tête et dans mon bain, sont les premiers et les derniers.
Vickie Gendreau a 24 ans, elle n’en aura jamais 25 parce qu’une tumeur lui a grignoté le cerveau et c’était plus rapide encore qu’une fulgurance.

Je chante très bas : emmène-moi danser …

… en fermant les yeux, comme une prière…

emmène-moi / emmène-moi / emmène-moi

emmène-moi danser

Je fais diversion parce que la mousse n’absorbe pas tous les chagrins, celui de Vickie, le mien, celui des vivants, l’obscénité des pages wikipedia qui donnent des dates de morts aberrantes. Ça va pas la tête ? Et puis quoi encore ?

Hier soir Isa me parle d’une comète qu’on peut observer à l’œil nu dans le ciel de juillet. Je ne savais pas. Je ne sais jamais ce genre de chose.

Ce que je sais c’est souvent ce que je ressens. Comme l’impression que j’ai depuis hier d’avoir une comète incandescente qui crépite dans mon sac, et ma tête et mon bain, le modèle noir sur blanc, une obsession qu’il fallait partager.



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