L'été 2020 restera pour toujours celui de mes 17 ans. En titubant je me traîne jusqu'au petit matin après être allée du jour au jour. Je lui dis salut, je lui dis ciao avant de plonger dans un fulgurant sommeil.
Je me réveille peu de temps après, surprise par la fatigue de mes muscles, de chacune de mes cellules. Surprise par le poids de ma tête et la légèreté de mon coeur.
Je lis dans la pénombre, à travers les persiennes. Je lis dans un courant d'air et entre deux siestes. Je me roule dans la fraîcheur avec au maximum un slip sur le cul.
Devant le miroir de la salle de bains, je ne peux pas cacher qu'un frisson d'effroi secoue mon nerf optique. Je prends mon coup de vieux sans demander mon reste.
Je fais pas mes 17 ans. J'ai des fils d'argent plein la tête et mon regard est assombrit par des cernes. On dirait basiquement que je me suis pris des mandales.
C'est juste la réalité qui m'a rattrapée pour me rappeler à ma vie, à mon âge.
Pour me dire : cocotte, tu nous prends pour des perdreaux de l'année ? Pour des lapins de trois semaines?
Je suis sur le cul.
La réalité m'appelle "cocotte" ouais. Elle est affectueuse malgré des recadrages sévères.
Malgré le zèle qu'elle met à me donner mon âge.
L'été 2020, j'ai regardé mon visage tuméfié par le temps qui passe comme on se prend une porte. J'ai aidé les heures à passer plus vite en dansant sur une lune pleine. J'ai rogné les angles acérés des mauvaises nouvelles à la disqueuse.
C'est le chant de cette disqueuse qui me réveille le matin, qui me sort des cauchemars.
Je comprends pas ce rire qui déforme mon visage, un gros rire bien flippant qui veut recouvrir toutes les mises en garde. la réalité qui dit Putain t'es grave, qui m'appelle plus cocotte, qui m'appelle plus du tout, qui me regarde faire, une main sur mon épaule, qui attend la fin de la plaisanterie poliment avant de dire que c'est pas drôle.
Ça fait rire que toi, cocotte.
L'été 2020, j'ai perdu 20 ans, j'ai bu des shots de jouvence, j'ai tout oublié, j'ai effacé une séquence. Je me suis raconté cette histoire et j'y ai cru. J'avais besoin d'une fable taillée à la disqueuse, une fable à lire en slip, dans un courant d'air, entre deux siestes.
Ne plus penser.
Décompenser.
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