Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

lundi 13 juillet 2020

Dimanche soir dans le coaltar

La nuit qui va du dimanche au lundi est pour moi celle du doute fondamental et de la perdition.
Au couché du soleil, le ciel était jaune, un bon vieux jaune pisse. Il fait une chaleur vulgaire et je soupire sévère.
J'ouvre des applications que je referme aussitôt. J'ouvre et je ferme des dossiers suspendus, je claque les portes, passant d'un projet à l'autre, ça fait une petite musique métallique.
Je remplis un panier ASOS de fringues hallucinantes, des vêtements que je mettrais jamais qui sortent de ma ligne habituelle.
Je lis mon horoscope de la semaine, du mois, du reste de l'année. J'essaie d'y trouver l'inspiration d'un plan de carrière viable. Mercure redevient directe.
J'ouvre une page qui me renseigne sur les injections de toxine botulique. 380 balles l'injection. Je me demande à quelle fréquence il faut renouveler l'opération.
J'en veux pas de cette bouche de vieille.
Je cristallise sur la chemise psychédélique qu clignote dans mon panier ASOS.
Je sais pas si j'abuse.
Je sais pas si elle ira avec ma nouvelle bouche. Qu'est-ce qu'on porte avec le spleen du dimanche soir ? Un slip noir, trois kilo de cernes et une fine rosée d'angoisse sur les tempes.
Je me demande si j'officialise l'insomnie en envoyant un sms, en ouvrant messenger. Drama gouine du dimanche avec son trou dans le ventre. Collection printemps-été de 1982 à nos jours, le trou dans le ventre est une béance estivale qui se comble avec différents matériaux allant du crémant d'Alsace à la glace à la vanille. Le sujet peine généralement à trouver les quantités raisonnables au remplissage de cette béance. Il a tendance à dépasser les bornes.
Qui décide de l'emplacement des bornes ?
Je fais le voeu d'un changement radical sans savoir lequel.

J'ai une image mentale de moi en princesse défigurée par la toxine botulique, figée, congelée dans une expression illisible pour mes proches.
Tu peux me dire si tu souris ? Je sais pas si t'es au bord des larmes ou en train de jouir. Tes yeux racontent une histoire parallèle à celle de tes lèvres. Tu nous perds. On comprends plus rien à ta tronche, meuf.

La fatigue me gagne mais je suis trop nerveuse pour garder les yeux fermés. Ou alors c'est le botox.
Le matin est loin, je poursuis mes délires parasités par la musique stroboscopique d'un néon qui claque, par la respiration exagérée du frigo. Ce détail devient une source d'agacement majeure. La fatigue comme un néon qui saute juste derrière mon oeil droit. Le matin se met à grésiller et j'ai tout oublié des paniers remplis, des messages stockés dans les fenêtres messenger, cette sempiternelle impression de n'avoir rien dormi. D'avoir tout rêvé. Tout sauf le trou dans le ventre à combler.

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