Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

jeudi 28 mars 2019

la lumière qu'il fait

le café dans mon sang en surabondance fait tressauter mon œil droit alors que la luminosité ferme le gauche

le ciel de Mars, j'oublie toujours à quel point c'est dingue mais à ta droite c'est rose, derrière toi bleu layette, à gauche t'as un genre de mélange et droit devant noir fluo.

Tu sais plus où donner de la tête.

envie de porter des lunettes noires en permanence, même le bleu nuit bien dense là ça m'agresse. Une impression de fraise de dentiste qui me travaille les tempes. L'une après l'autre et puis les deux en même temps

Quand la lumière qu'il fait et un sujet de conversation on peut dire que ça va je crois

je lis des poèmes de Bukowski, ça me donne envie d'arrêter la ponctuation, d'arrêter la politesse, de recommencer l'alcool.

Une vie de rasades bien tassées et de sorties de coma. Calendrier entier de lendemains de cuite.

mais j'ai pas les nerfs pour relever le défi bukowski

J'en reste au défi survivre à la lumière de mars, c'est plus à ma portée.






pour qui elle se prend

Ça fait un bail que j'ai envie de rentrer dans ce bar de la place Sainte aloise. Le rêve est permis ce jour alors que j'ai une heure à tuer entre deux rendez vous médicaux. J'entre dans un espace viril qui sent le pastis, la couille et l'éponge sale. Ça tape le muscadet avec des tartines de pâté. Après moi une femme entre à son tour, elle porte une jupe courte qui n'échappe à personne. Un silence se fait, le silence des chasseurs de sanglier qui tombent nez à nez avec une biche. Ce genre d'ambiance...
Je suis assise au bar devant le café le plus allongé de l'histoire des cafés allongés. Je tremble à cause des cafés précédents qui eux n'ont pas fait semblant de me taper les nerfs. J'ai déjà entendu une expression qui associe les tremblements à la peur de devenir riche. L'envie me prend de remplir une grille d'amigo pour gagner le pactole et faire mentir le proverbe.
Sur mon tabouret de bar je fais du manspreading en regardant de travers des gouttes d'alcool séchées sur le carrelage.
Je suis dégoutée. Pas besoin d'être perchée sur un tabouret avec les pieds qui pendent dans le vide pour péter plus haut que son cul.
L'odorat trop fragile pour les éponges sales gorgées de bactéries. Le cul trop précieux pour passer aux toilettes derrière ceux qui alternent les cafés et les demis depuis mon arrivée. Et ça critique le café, et ça spécule sur la propreté des toiles cirées...
Je croise le regard d'un mec, je crois y lire "pour qui elle se prend celle-la".
Y'a des fois, vraiment, je me pose la même question.


vendredi 22 mars 2019

Piège à guêpes

Je mets de la musique qui fait monter ma glycémie. Du sugar core. Je suis une guêpe qui tombe dans tous les pièges au sirop là.
Hier je sors du ciné, je reconnais rien pendant quelques secondes. J'en ai rajouté un peu, j'aime bien me feinter.
J'étais bouleversée. J'ai vu le film de Dolan et oui, on sait, il est énervant et tout semble lui sourire et ça, c'est le pire. Mais faut croire que j'attends pas grand chose du cinéma parce que ça l'a fait.
J'ai eu envie de me lever pour danser à un moment. Carrément.
Vas y t'es lourde avec ton truc de te lever dès que t'entends trois notes là.
J'en demande pas tant que ça au cinéma alors déjà, si ça te donne envie de danser c'est presque trop comme contre don.
Ça m'a donné envie de chialer.
Je sais pas dire si c'est un bon film mais c'est un bon piège à guêpe. ça m'a neutralisée.
Imagine je me lève, je danse en chialant au milieu du film.
L'autre jour j'ai vu La Favorite et un téléphone à sonné. Tout le monde y va de sa petite réflexion, ohlala c'est pas possible. Non mais les gens ne respectent rien. Putain mais faites la taire. Bravo, vraiment.
Ça sonne longtemps, 4 ou 5 sonneries.
Moi je râle pas comme ça au ciné alors j'ai marqué mon agacement en claquant ma langue contre mes dents. J'ai soupiré pour marquer le coup et j'ai attendu qu'elle coupe sa sonnerie.
Et là, la nana a DÉCROCHÉ son téléphone provoquant un déchaînement de oooooh.
Allo, oui ça va, oui, je peux pas te parler je suis au ciné, oui, voilà, à tout à l'heure.
Je suis passée de l'agacement à l'admiration. Trop de respect pour cette fille qui a eu l'aplomb de faire ça en compagnie du tribunal populaire d'art et d'essai, anti écran, anti téléphone et anti tout.
Du coup je suis pas sûre que ce soit bienvenu si un jour je me retiens pas, que je me lève et que je danse. Éventuellement en chialant.
Imagine.


choose a life ?

J'ai baissé les stores sur cette journée et j'ai regardé trainspotting en souvenir du temps où je le connaissais par cœur.
Hé ben je suis en train de finir comme Renton, je dis amen à la télé, à la mutuelle, au 35h / semaine à faire des trucs rémunérés. Je suis à deux doigts de poser des rideaux et de repasser mes chemises. Je ne porte plus de chaussettes dépareillées bien que je n'ai rien changé à mes habitudes. Je fume plus et je bois peu. Je cumule des points sur une carte de fidélité à la Biocoop.
Le réflexe de coller deux feuilles OCB entre elles et d'éventrer des clopes a disparu et je fais des cures régulières de magnésium.
Je calme une fringale avec quelques amandes. Je calme ma nervosité avec du chocolat bio issu du commerce équitable. 85% de cacao.
Je crois en mes nouvelles habitudes de bobo un peu chiante. J'ai plus rien pour me calmer que des trucs validés socialement.
Des douleurs m'immobilisent, j'ai les pieds comme des kefta qui ne me tiennent pas sur la longueur.
Je n'ai soudoyé aucun médecin pour de la drogue légale. Pas d'antalgique qui fait planer. Rien.
Du chocolat et des amandes.
Comme si ça allait me soigner. Comme quand je jouais avec mon frère et qu'on imaginait que les smarties étaient des médicaments.
... Alors pour un rhume je vous prescris un violet toutes les deux heures et le jaune c'est pour le soir. À prendre avec un grand verre d'eau....
Je crois que je vais quand même boiter jusqu'au monop pour acheter des chips avant de vraiment mal tourner.
J'attends ma médaille.



lundi 18 mars 2019

l'été

En regardant les visages on devine parfois la manière exacte dont il s'écrasent sur l'oreiller la nuit. La commissure des lèvres pliée etc... leur côté du lit imprimé en négatif sur leurs traits. Ce qui m'effraie dans le temps qui passe c'est que ça plaque sur nos visages un bon nombre de secrets. Soudain on avoue tout : Des yeux qui ont beaucoup ri, une ride du lion qui suppose le froncement lié aux larmes, la réflexion, l'emportement ou que sais-je.
Je me dis que c'est beau chez les autres. L'âge ça va bien à tout le monde sauf à moi. C'est comme un tableau un peu trop expressif dont on dirait : franchement, j'adore hein, mais je mettrais pas ça dans mon salon.
La nuit je me croise dans le miroir de la salle de bains quand je vais pisser, je me vois froissée comme un mouchoir, je me trouve vulnérable et j'ai peur.
C'est chiant ce truc de physique. C'est superficiel, oui. Mais ça fait chier.
Nous sommes seulement en mars et déjà je collapse sur l'été qui arrive.
Elle demande, c'est quoi en fait que t'aimes pas dans l'été ?
C'est moi que j'aime pas dans l'été, tout de moi, les plis, la peau d'orange, les vergetures, les varicosités, les poils sous la lumière crue. Il faut être lisse ou assez solide pour ne pas l'être. Parfois je m'imagine vivre là où il n'y a pas d'été et ça va, je gère.
J'aime pas quand mes bras nus touchent les bras nus de gens que je ne connais pas dans le tram. J'aime pas partager la moiteur avec des inconnus. Et puis j'aime pas qu'on décide pour moi que l'été c'est génial.
Le printemps oui, l'été non. C'est juste une vie à 3 à l'heure où tu traînes difficilement ta graisse d'un point A à un point B.
J'ai le cerveau qui frise, je perds mon sommeil, mon énergie et mon aplomb. Et puis vivre dehors je m'en fous, vraiment, je suis une femme d'intérieur qui a besoin de gérer son exposition au soleil sans la subir.
Le meilleur de l'été c'est le soleil qui filtre au travers des stores et dormir les fenêtres ouvertes.
L'été j'aime bien quand il fait frais, qu'on met une petite laine, il est fin août, le ciel est fou, on tient le bon bout comme on dit.
Franchement, ça va. Ça me manquerait pas.

On en est là

J'ai repris l'écriture de ce roman laissé de côté pendant 10 ans. Aux dernières nouvelles j'en avais plus ou moins abandonné l'idée parce que je l'écrivais pour de mauvaises raisons. Je voulais venger quelque chose en écrivant une vie rêvée basée sur une enfance sereine, une personnalité raisonnable et une psyché équilibrée. Et puis j'écrivais pour plaire, je me regardais écrire.
Je lis des passages qui ont de la gueule mais ça tient pas. C'est l'affaire de 15 lignes et puis ça retombe. Il manque ce fond de vérité qui m'attire dans l'écriture comme dans la lecture. J'ai un attachement maladif à une forme d'honnêteté qu'on peut rapprocher du mentir vrai d'Aragon.
Note bien que je connais peu Aragon et que globalement je m'en fous mais je suis sensible au concept de broder autour d'une vérité. Même si elle est complètement recouverte elle existe et moi je le sais.
Tous les matins je consacre une heure à la rédaction mais en réalité j'écris toute la journée, j'y pense et j'avance.
Ça m'avait manqué cette frénésie. Je constate ma résilience. 
Je visite le passé comme on prend le soleil sur les ruines de l'acropole en mangeant une glace. Ça a existé et maintenant c'est devenu un matériau comme un autre que je peux exploiter, travailler, modeler.
Ça me donne parfois envie de chialer, ça me donne envie de dire merci et puis, pardon, aussi. Désolée de ne pas avoir compris que subir et infliger c'était la même chose. Le mal qu'on se fait personne ne le mérite surtout pas les spectateurs. Un jour on admet qu'on a fait de la merde et que ça arrive. Le tout c'est de le savoir. La paix qu'on se doit et tout le bordel développement personnel à la con.
Ce qu'on se fait à soi on l'inflige. C'est ce que j'ai appris en écrivant ces jours ci.
Maintenant c'est fait et je vais pas me flageller avec du barbelé, je suis devenue douillette.
Mais je vais essayer de le valoriser le sang d'encre qu'on s'est fait pour moi, ça n'aura pas servi à rien comme ça . Rien n'est déterminé et la fatalité c'est bon pour la grèce antique.
J'en peux plus des gens qui disent "je suis comme ça" ben... Change.
"j'y peux rien" plus gros mytho du siècle.
On en est là. J'écris mon roman et j'apprends des trucs sur moi. Pour la suite, on verra...

mardi 26 février 2019

Toujours Dustan


Je poursuis ma lecture compulsive. Plus le tas de pages dans ma main droite diminue, plus je m'angoisse.
J'ai regardé a trois reprises dans ma bibliothèque pour être sûre de ne plus les avoir. Sur le site de la librairie Quai des brumes, je vois que tout est en rupture. Je tripe sur l'association du nom de Dustan à l'adjectif "épuisé". Épuisé mon cul.
Je trouve des exemplaires d'occasion à des prix délirants.
Je voulais relire Nicolas Pages. Dans mon souvenir il y parle d'un séjour à Besançon. Bien sûr, c'est relativement méprisant comme passage. Il résume la ville à des rasta blancs qui jouent du djembe à la gare d'eau. Des punks à chien sur la place Pasteur vidant des 8.6 avant que celle ci soit devenue inhospitalière au possible. Un genre de musée à la gloire du mobilier anti sdf.
Bon, je peux pas dire que c'est de l'intox totale. Un fidèle portrait de la ville à la fin des années 90. En tout cas, pour moi qui venait du trou du cul de la Haute Saône, c'était Babylone. Je comprends que d'un point de vue parisien ce soit un tout autre délire.
Mais là je brode parce que je m'en souviens mal. J'ai vu le bouquin sur le catalogue des médiathèques de Strasbourg.
Disponible.
Je préfère ce statut à celui d'épuisé. C'est plus crédible et ça m'a soulagée.
Je pense à ce que l'on considère comme de l'autofiction. Je me demande dans quelle mesure on raconte de la merde quand on écrit de l'autofiction. J'en parlais la semaine dernière, le vrai le faux, on s'en fout.
Mais il reste la question du regard extérieur qui peut (vraiment) pas s'empêcher de sonder l'authenticité du bordel.
Un peu comme les filles qui brodent autour d'un supposé chapitre désobligeant lu en 2000. Je pense que si je me suis sentie prise de haut à ce moment là. C'est que j'avais des prédispositions, je me prenais systématiquement "de bas". Comme un bon chien enroulé sous une table qui frétille de la queue dans qu'on lui fait l'amitié d'un regard.
Enfin voilà, l'autofiction, l'autobiographie, tout ça prend de la place dans ma tête au moment où j'envoie des pièces de puzzle à des inconnu.e.s qui peuvent prendre la démarche comme un truc radicalement impudique et qui peuvent poser des diagnostics tout aussi radicaux.
Je me mets à la place de G.D qui allait loin dans cette démarche. Avec un génie d'écriture qui prend le pas sur tout le reste.
Les regards à soutenir. Ah ouais t'es comme ça toi. Ben dis donc.
Dans mon souvenir il est mort comme un chien. La bien pensance a remporté le bras de fer. En même temps il avait rien d'un guerrier juste quelqu'un pour qui le mot NON n'est pas admis. C'était pas non plus ma spécialité à l'époque. Mais quelle époque ? Celle juste avant le solitariat choisi, celle de la solitude subie.
Dans une mesure relative je soutiens les regards de gens qui pensent que je pète pas la forme et que c'est un état d'esprit définitif. Franchement, on préfère quand tu nous fais rire.
Ben je sais pas, louez un clown, allez voir les Tuches 3, ne lisez pas, hydratez vous.
Ça reste des réactions à la marge mais, bien sûr, c'est difficile de pas y faire gaffe.
C'est pas une histoire d'amour propre mais plus une attention maladive portée au regard des autres.
C'est paradoxal, je voudrais passer inaperçu alors que je prends le chemin opposé.
Sur plein de gens encourageant, je trébuche sur les quelques personnes qui me parlent de traitement et de faire du putain de yoga.
Bon, voilà. On se refait pas.