J'écris frénétiquement. Même quand je parle j'écris. Quand je dors
aussi. Je m'endors la tête lourde, soulée de mots. Je me réveille les
doigts pourris d'encre bleue. Sous les ongles, le sang caillé, les
lambeaux de réalité auxquels j'ai essayé de m'agripper de toutes mes
forces.
Je m'échappe de mes nuits folles en sursautant. Je cherche mon souffle, je crache la terre que j'ai dans la bouche.
Je scanne mon environnement mais je ne reconnais rien. Je suis dans la cabine impersonnelle d'un ferry. Je suis dans la cellule givrée d'un couvent. Je suis au mitard. Dans le ventre de la baleine. Sclérosée.
Je ressuscite ceux que j'ai tué, je compte mes yeux, ils sont deux. Je
me rêve éborgnée et me lève clairvoyante. Jetée de la nuit.
J'attrape n'importe quoi comme une corde lancée au fond du puits où j'ai glissé. Je me tue les bras mais je remonte.
Mon pied frôle le sol en narguant la somme de mes terreurs qui attend sous le lit.
Je me fais face devant le miroir de la salle de bain, je m'envoie de l'eau sur le visage, des gouttes puis des seaux.
Je crache la terre, je me lave les mains. Je me défaits des tâches
d'encre et des cauchemars autour desquels je me brode un enfer
Je
reviens à moi, mon regard m'envoie des châtaignes. J'encaisse la
décharge du concret qui me parcourt. Le bruit de fond des voitures sur
l'autoroute. Je pense à ceux qui les conduisent. À ceux qui ne dorment
pas. Qui ne dorment plus. J'ai peur de la lumière, J'allume la lumière
comme on se jette d'une falaise.
Rien. Il n'y a rien.
Des draps défaits. L'odeur acre de la peur et de la poussière sous le lit.
Une flaque d'encre bleue nuit qui se vide sur le drap blanc. Une page arrachée. Rien.
Zed Zonk, des cimes aux abysses
lundi 10 septembre 2018
Journal 17/18 avant les jours sang
Une dame sans âge m'offre un sourire triste à la caisse du Monop où j'attends mon tour. Elle tarde un peu mais dépose finalement 5 canettes de 8.6 sur le tapis de courses. Elle plaisante avec moi, elle essaie de faire oublier les canettes mais son haleine me rappelle les degrés d'alcool. J'observe avec pudeur les plis de peau sous ses yeux et les gestes fébriles mais volontaires des meufs bourrées dès 11h. C'est une belle journée n'est-ce-pas? J'aquiesce et je pense : une belle journée pour se la coller derrière des volets fermés.
Pour qui je me prends?
Je souris sans effort, parce qu'elle inspire une sympathie immédiate.
Je dis au revoir et bonne journée.
Sur le tapis de courses, je dépose à mon tour des calories qui vont être scannées : 543 les 100g, 237 les 100g etc... 300% des apports journaliers à manger derrière les volets fermés. Symptôme pré menstruel numéro un, se donner des raisons de se haïr en attendant les jours sang. Outre manger sans plaisir. Répondre oui à toutes les fringales. Il sera bien assez tôt demain pour soigner les courbatures d'estomac et de culpabilité.
Je souris à la personne derrière moi, j essaie de faire oublier les calories sur le tapis mais mon gros cul ne dupe personne.
C'est une belle journée n'est-ce-pas? Une belle journée pour se remplir jusqu'à l'explosion. Pour amoindrir l'idée de la brèche, la peur du vide.
Une belle journée pour cacher la misère à son prochain dans les lieux publics. Faire des politesses et des manières pour faire oublier les détestation, les pulsions morbides. Le délabrement et le sabotage comme projets de vie à très court terme.
On se tient la porte, on prend des airs, on fait semblant de ne pas s'observer, de ne pas ressentir la gifle de l'intime réalité qui se confronte à celle des autres. On fait semblant de savoir où on va alors que ça fait un bail qu'on a bouffé la boussole et qu'on improvise. On fronce le regard, on singe la certitude mais on attend tous plus ou moins d'être chez soi pour se trouver des raisons de se détester en fermant les volets sur cette belle journée qui nous crache à la gueule.
mardi 26 juin 2018
17 jours // PDF
Le pdf de mon texte pour celles et ceux que ça intéresse. A défaut d'avoir pu mettre la main sur sa version papier et avant une possible réédition un jour ou l'autre !
à lire, relire, partager, imprimer, diffuser, oublier quelque part...
Comme tu veux...
C'était il y a un an, c'était une sale histoire, je suis heureuse qu'elle ne m'appartienne plus vraiment et qu'elle soit désormais entre vos mains.
C'est par ici : 17 jours, le fanzine en Pdf
à lire, relire, partager, imprimer, diffuser, oublier quelque part...
Comme tu veux...
C'était il y a un an, c'était une sale histoire, je suis heureuse qu'elle ne m'appartienne plus vraiment et qu'elle soit désormais entre vos mains.
C'est par ici : 17 jours, le fanzine en Pdf
mardi 15 mai 2018
L'eau, le feu
C'est la pluie qui me réveille. Elle crépite calmement avant de se changer en orage tonitruant. Sous une apparence paisible, chacune de mes cellules est survoltée.
Ça me fait du bien.
Je m'inquiète d'un oiseau que j'entends. Le seul. Je me soucie de son abri, de son confort et je vais jusqu'à lui prêter des intentions et des projets. J'ultrapole. Je m'ennuie coincée dans un corps en feu.
C'est jour férié. Je ne sais pas si c'est en lien avec la religion ou la guerre. Les deux trucs que je peux pas blairer. Les deux sponsors officiels des jours de branle.
Je pense à une télévision cathodique, au son qui sort de l'écran gris. C'est à ça que me fait penser le bruit de la pluie. Un truc calme, régulier, que le tonnerre fracasse.
Depuis hier je rassemble des notes, je copie, je coupe, je colle. Je monte quelque chose qui n'existe que pour moi. Mon obsession textuelle prend le pas sur tout.
La nuit je m'ennuie sur des plages de réveil. Je suis soumise aux lubies d'un cerveau hyperactif qui galère à trouver la paix.
Il y a trois jours, nous avons traversé la ville en chantant Luz Casal dans un espagnol aussi foireux que volontaire. Nous avons été si heureux du parc de l'étoile à la place d'Austerlitz. Indifférents au reste du monde, trop occupés à s'aimer, à fêter tacitement le bonheur d'être ensemble.
Los momentos felices.
Je revois dans le noir de ma nuit blanche nos pas décidés, en route vers la nuit, nos sourires béants.
J'ai chaud.
J'ouvre la fenêtre. J'accueille une brise tiède à la surface de mon corps qui bat.
À ce moment-là je ne sais pas encore à quoi correspond mon embrasement
C'est seulement à 8h, lors de mon réveil définitif, que je comprendrais que toute la nuit j'ai attendu cet orage. Je l'ai pressenti.
J'ai attendu de me consumer dans une fièvre radicale, tenue éveillée par l'étincelle, symptôme de l'incendie. Et maintenant je brûle bel et bien.
Ça me fait du bien.
Je m'inquiète d'un oiseau que j'entends. Le seul. Je me soucie de son abri, de son confort et je vais jusqu'à lui prêter des intentions et des projets. J'ultrapole. Je m'ennuie coincée dans un corps en feu.
C'est jour férié. Je ne sais pas si c'est en lien avec la religion ou la guerre. Les deux trucs que je peux pas blairer. Les deux sponsors officiels des jours de branle.
Je pense à une télévision cathodique, au son qui sort de l'écran gris. C'est à ça que me fait penser le bruit de la pluie. Un truc calme, régulier, que le tonnerre fracasse.
Depuis hier je rassemble des notes, je copie, je coupe, je colle. Je monte quelque chose qui n'existe que pour moi. Mon obsession textuelle prend le pas sur tout.
La nuit je m'ennuie sur des plages de réveil. Je suis soumise aux lubies d'un cerveau hyperactif qui galère à trouver la paix.
Il y a trois jours, nous avons traversé la ville en chantant Luz Casal dans un espagnol aussi foireux que volontaire. Nous avons été si heureux du parc de l'étoile à la place d'Austerlitz. Indifférents au reste du monde, trop occupés à s'aimer, à fêter tacitement le bonheur d'être ensemble.
Los momentos felices.
Je revois dans le noir de ma nuit blanche nos pas décidés, en route vers la nuit, nos sourires béants.
J'ai chaud.
J'ouvre la fenêtre. J'accueille une brise tiède à la surface de mon corps qui bat.
À ce moment-là je ne sais pas encore à quoi correspond mon embrasement
C'est seulement à 8h, lors de mon réveil définitif, que je comprendrais que toute la nuit j'ai attendu cet orage. Je l'ai pressenti.
J'ai attendu de me consumer dans une fièvre radicale, tenue éveillée par l'étincelle, symptôme de l'incendie. Et maintenant je brûle bel et bien.
mercredi 25 avril 2018
Y'a rien, t'inquiète // Journal de la Start Down Nation
Y'a rien, t'inquiète // Journal de la Start Down Nation
Le ciel est bas et y'a un truc qui cloche.
Alors quoi ?
On active le mode doux, on sauve sa peau, on verra sur le tas. Boire des cafés, aller au ciné, écouter des conversations de blaireaux, écrire, retranscrire, ne rien relire, relativiser, j'ai de la chance, j'ai de la chance, j'ai de la chance.
Ou alors écrire une lettre qui dit qu'on se trouve géniale. respecter la mise en forme, justifier le contenu, rappeler la référence de l'annonce.
Ne pas aller au ciné, ne pas boire trop de café, juste s'asseoir sur son cul et voir venir, ce que charrie l'ennui ?
Je sais pas.
Tenter un truc nouveau du genre : Je me lève, j'enlève mon slip, je prends une douche, je mets un autre slip, je me recouche.
Au lieu de ça, l'hyperactivité qui fout la honte, ne pas trop savoir regarder les heures s'écouler lentement, parce que ça ressemble à une convalescence et qu'on n'est pas malade, non. Ou alors à peine et on la joue discret.
On remonte la rivière avec des nageoires atrophiées, ça marche, on le sait. Parfois on passe devant un saumon. On a les victoires qu'on peut.
ça passe toujours, ça dure un peu, le temps qu'il faut, et puis ça passe, on fait c'qui faut, on a appris, on sait faire à force, tu penses.
On culpabilise au cas où tu te poses la question. On voit bien que ça te gène qu'on ait du temps, on sait de source sûre qu'elle te débecte notre retraite anticipée.
Le chômage est un rêve accessible. Fais comme chez toi, vraiment.
Alors quoi ?
On active le mode doux, on sauve sa peau, on verra sur le tas. Boire des cafés, aller au ciné, écouter des conversations de blaireaux, écrire, retranscrire, ne rien relire, relativiser, j'ai de la chance, j'ai de la chance, j'ai de la chance.
Ou alors écrire une lettre qui dit qu'on se trouve géniale. respecter la mise en forme, justifier le contenu, rappeler la référence de l'annonce.
Ne pas aller au ciné, ne pas boire trop de café, juste s'asseoir sur son cul et voir venir, ce que charrie l'ennui ?
Je sais pas.
Tenter un truc nouveau du genre : Je me lève, j'enlève mon slip, je prends une douche, je mets un autre slip, je me recouche.
Au lieu de ça, l'hyperactivité qui fout la honte, ne pas trop savoir regarder les heures s'écouler lentement, parce que ça ressemble à une convalescence et qu'on n'est pas malade, non. Ou alors à peine et on la joue discret.
On remonte la rivière avec des nageoires atrophiées, ça marche, on le sait. Parfois on passe devant un saumon. On a les victoires qu'on peut.
ça passe toujours, ça dure un peu, le temps qu'il faut, et puis ça passe, on fait c'qui faut, on a appris, on sait faire à force, tu penses.
On culpabilise au cas où tu te poses la question. On voit bien que ça te gène qu'on ait du temps, on sait de source sûre qu'elle te débecte notre retraite anticipée.
Le chômage est un rêve accessible. Fais comme chez toi, vraiment.
Parfois, tu es la boue en bas de ton pantalon, tu es le clocher qui te sort du sommeil, tu es le chat qui a faim et celui qui dégueule, tu es la vieille dame perpendiculaire, tu es l'homme qui perd ses cheveux, tu es le gosse qui fait tomber sa sucette dans le sable, le vélo qui déraille, le réveil qui ne sonne pas, le bus que tu rates, la personne qui marche trop lentement devant toi.
Tu es ton propre piétinement.
Les données surgissent, on les avait signalées comme spams mais quand même. On les prend en compte, elles nous prennent en traître mais on s'inquiète pas parce qu'on sait qu'on reste pas longtemps éparpillé au sol, on se ramasse, on se redresse.
Comme les gens qui se pètent la gueule en public, ils sourient, non, t'inquiète, y'a rien, ça va. Intérieurement ils sont brisés mais ils gardent un genre de classe. Ils se ramassent dans tous les sens du terme mais sans drame.
On fait pareil, on en prend pour notre grade mais y'a rien, t'inquiète.
Le cerveau se lasse d’œuvrer à son propre piétinement. On reste pas longtemps le chasseur ET la biche.On se tient en joue, on se jauge, on se juge et puis on en a marre. On reconnaît pas le regard, c'est pas le même que dans le miroir, on l'a vidé de sa sève on dirait. je sais pas, il brille moins, ou alors différemment. On s'en sort.
On a nos trucs, la bonne playlist, le bon repas, on sait.
GoGo gadget aux nageoires, on se laisse pas crever, on se permettrait pas, tu penses.
Alors on se répète qu'on a de la chance.
Tout passe.
Comme les gens qui se pètent la gueule en public, ils sourient, non, t'inquiète, y'a rien, ça va. Intérieurement ils sont brisés mais ils gardent un genre de classe. Ils se ramassent dans tous les sens du terme mais sans drame.
On fait pareil, on en prend pour notre grade mais y'a rien, t'inquiète.
Le cerveau se lasse d’œuvrer à son propre piétinement. On reste pas longtemps le chasseur ET la biche.On se tient en joue, on se jauge, on se juge et puis on en a marre. On reconnaît pas le regard, c'est pas le même que dans le miroir, on l'a vidé de sa sève on dirait. je sais pas, il brille moins, ou alors différemment. On s'en sort.
On a nos trucs, la bonne playlist, le bon repas, on sait.
GoGo gadget aux nageoires, on se laisse pas crever, on se permettrait pas, tu penses.
Alors on se répète qu'on a de la chance.
Tout passe.
On fait c'qui faut. On se ramasse.
Y'a rien, t'inquiète.
Y'a rien, t'inquiète.
samedi 10 mars 2018
La nef des fous
Je regarde les gens, chacun dans leurs films.
Une meuf arbore le sourire discret de
ceux qui passent une bonne journée, elle accueille les secondes qui
s'offrent à elle avec une décontraction qui se propage comme un
feu. Je ramasse les miettes et je pense à ces moments fugaces et
merveilleux où l'on court sur le fil, on cesse de subir ses
ondulations, on danse sur les ondes de choc sans flipper une seule
seconde de la chute possible. Je profite de l'influence positive de
cette apparition pour m'ancrer dans un bien être diffus, ça marche
à tous les coups, il suffit d'accepter, se laisser traverser de part
en part par la chance des autres comme on partage la sienne
lorsqu 'elle triomphe et qu'on a le cœur comme une fournaise.
Un truc qui vient avec le temps, c'est
la certitude réconfortante d'avoir avec le monde entier la ramasse
en partage. On sait que tout le monde recompte ses dents régulièrement
après s'être bouffé le trottoir. Personne n'y coupe et ceux qui
disent le contraire raconte des conneries. Pendant longtemps, je me
suis dit, comment font les gens ? Aujourd'hui je sais : ils
s'arrangent, se démènent, ils se débattent avec des spectres,
seuls les contours changent, plus ou moins flous.
On se fabrique des épouvantails, pour
chasser la merde quand elle se pointe en tsunami.Tous autant que nous
sommes, on en chie à intervalles réguliers. On se livre des
batailles sans merci qu'on cache derrière des simagrées. Je me dis
que c'est une politesse qu'on se fait les uns aux autres. On va pas
se sortir les tripes sur la table, on va pas faire un concours de
cicatrices.
Alors, entre les déconvenues, on est
plaisant, on a de l'humour jusqu'à ce qu'on en ait plus. On fait
durer la plaisanterie jusqu'à la grimace, après on se terre un peu,
la peur nous sort par les yeux.
Quand on pige que tout le monde est
terrifié, on sort de la contemplation égocentrée de nos croûtes
fraîches, sèches et enfin, disparues. C'est un cycle qui prend plus
ou moins de temps, faut pas être trop pressé.
Je pense à tout ça en regardant les
gens se serrer sur les terrasses pour avoir la primeur des rayons
encore frais d'un soleil timoré.
On se déplace avec lui, il fait ce
qu'il veut de nous.
Je les regarde et je me dis qu'eux
aussi, bien sûr, ils ont toute une liste noire de renoncements et
d'abnégations.
J'écoute des conversations, des
bribes, je me prends pour une envoyée spéciale en mission secrète.
Je prends des notes destinées à me rassurer sur une hypothèse que
je prends de plus en plus pour la vérité : nous sommes tous
cinglés.
Je vois des gens sur des barques, des
gens qui voguent au fil des flots lunatiques qui malmènent les
trajectoires. Certains ont perdus les rames, certains les ont mais
refusent de s'en servir.
Un mec arrive à côté de moi, avant
qu'il s'installe je le détaille, il porte pas loin de 700 balles de
fringues sur lui lunettes de soleil comprises.
J'ai un sourire bruyant, je regarde
discrètement son visage orange gavé d'UV. Lui c'est sûr, c'est à
bord d'un yacht qu'il traverse la vie.
Ou alors il a une barque insubmersible
et des pagaies de compèt en carbone. Un drakkar assorti à sa gueule
de con, avec tout un tas de gens qui rament pour lui...
Plus je l'observe, plus je lui souhaite
le mal de mer.
Je ferme mon carnet dans un geste
brutal, indisposée par les effluves du parfum âcre de mon nouveau
voisin.
Je rassemble mes affaires avec
l'impression d'avoir tout compris à la vie comme tous les trois
jours à peu près, quand je me perds dans des théories fumeuses qui
me consolent de ne pas avoir spécialement le pied marin. Que je
liste mes forces et procède au contrôle technique de mon
embarcation.
mardi 30 juillet 2013
Hail to the Thief
Dans un supermarché, une dame genre 80 piges, en porcelaine, est attendue par deux videurs à la caisse. Elle a mangé des cerises et se fait conduire dans le local de sécurité pour qu'on lui explique bien ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.
T'as cru que t'allais kiffer gratos sur les cerises du capital mamie nova?
Que dalle. Elle fend la foule sur le qui-vive entre deux videurs shérifs à la merde.
Genre, elle a volé une télé-plate.
Genre, elle a foiré le chiffre d'affaires annuel d'intermarché en bouffant trois cerises.
Les deux pit-bulls qui n'ont rien eu à se mettre sous la dent de toute la journée s'en prenne à la faiblesse old fashionned d'une mamie qui sent la soupline.
Calme comme une grenade dégoupillée, tu penses à attacher ces deux types avec du chatterton et leur faire des cocktails au destop servi à l'entonnoir.
Tu balances une colère froide et maîtrisée à la caissière qui essaie de te convaincre qu'elle est d'accord avec toi.
La meuf à côté, la quarantaine ralph lauren, te soutient en acquiesçant comme un teckel de plage arrière.
Qu'est ce qui se passe après?
Elle se défend d’être une voleuse et on lui dit que : c'est c'qu'on va voir.
On va la coller devant une vidéo d'elle en train de bouffer des cerises, vu que le ridicule ne tue pas.
"Et ça? C'est quoi? C'est pas une vieille voleuse de cerises madame?"
Tu sens ton insubordination adolescente te dicter de faire de la merde. Taxer la plus grosse des pastèques et la foutre sous ton tee shirt, comme un ventre de femme enceinte.
De toute façon, il n'y a pas de videur, ils sont trop occupés à coller la honte à une vieille dame.
[Quoi? On a pas le droit d’être enceinte? Tu veux voir ma dernière échographie, connard?]
Je suis un soldat vaillant de la natalité, pas une vieille improductive.
J'enfante dans la douleur et je contribue à l'effort national. Je suis peut être une catho no capote qui a oublié son rang de perle à la messe.
Je suis donc totalement irréprochable, à une pastèque près.
Agacée comme tout, tu te réfugies dans des visions d'ailleurs. la chaleur t'écrase, un mec t'appelle, tu te retournes et il te fait signe en continuant de pisser sur un arbrisseau fraîchement planté.
Tu montes dans la nacelle qui t'envoie loin, visions d'higher.
Tu prends de la hauteur, rêvant de devenir l'Ange connasse.
L'eau qui dort en rêvant de la foudre.
Une Madone déglinguée qui fume des fleurs de Valium et s'arrachant les nerfs avec des ongles trop courts.
[Vas y, fais pas ta glauque. Putain, fais nous marrer.]
Mais non, je déconne, tu sais bien, c'est juste pour l'écriture, je m'arrache que dalle et je n'ai pas de cafards dans la bouche, mais je ne suis pas non plus ton amie ricoré.
L'illustration bien cool a été réalisée par Tibo Garcia, un grafistador marseillais qui ne manque pas de talent.
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