Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

mercredi 25 avril 2018

Y'a rien, t'inquiète // Journal de la Start Down Nation

Y'a rien, t'inquiète // Journal de la Start Down Nation
Le ciel est bas et y'a un truc qui cloche.
Alors quoi ?
On active le mode doux, on sauve sa peau, on verra sur le tas. Boire des cafés, aller au ciné, écouter des conversations de blaireaux, écrire, retranscrire, ne rien relire, relativiser, j'ai de la chance, j'ai de la chance, j'ai de la chance.
Ou alors écrire une lettre qui dit qu'on se trouve géniale. respecter la mise en forme, justifier le contenu, rappeler la référence de l'annonce.
Ne pas aller au ciné, ne pas boire trop de café, juste s'asseoir sur son cul et voir venir, ce que charrie l'ennui ?
Je sais pas.
Tenter un truc nouveau du genre : Je me lève, j'enlève mon slip, je prends une douche, je mets un autre slip, je me recouche.
Au lieu de ça, l'hyperactivité qui fout la honte, ne pas trop savoir regarder les heures s'écouler lentement, parce que ça ressemble à une convalescence et qu'on n'est pas malade, non. Ou alors à peine et on la joue discret.
On remonte la rivière avec des nageoires atrophiées, ça marche, on le sait. Parfois on passe devant un saumon. On a les victoires qu'on peut.
ça passe toujours, ça dure un peu, le temps qu'il faut, et puis ça passe, on fait c'qui faut, on a appris, on sait faire à force, tu penses.
On culpabilise au cas où tu te poses la question. On voit bien que ça te gène qu'on ait du temps, on sait de source sûre qu'elle te débecte notre retraite anticipée.
Le chômage est un rêve accessible. Fais comme chez toi, vraiment.
Parfois, tu es la boue en bas de ton pantalon, tu es le clocher qui te sort du sommeil, tu es le chat qui a faim et celui qui dégueule, tu es la vieille dame perpendiculaire, tu es l'homme qui perd ses cheveux, tu es le gosse qui fait tomber sa sucette dans le sable, le vélo qui déraille, le réveil qui ne sonne pas, le bus que tu rates, la personne qui marche trop lentement devant toi.
Tu es ton propre piétinement.
Les données surgissent, on les avait signalées comme spams mais quand même. On les prend en compte, elles nous prennent en traître mais on s'inquiète pas parce qu'on sait qu'on reste pas longtemps éparpillé au sol, on se ramasse, on se redresse.
Comme les gens qui se pètent la gueule en public, ils sourient, non, t'inquiète, y'a rien, ça va. Intérieurement ils sont brisés mais ils gardent un genre de classe. Ils se ramassent dans tous les sens du terme mais sans drame.
On fait pareil, on en prend pour notre grade mais y'a rien, t'inquiète.
Le cerveau se lasse d’œuvrer à son propre piétinement. On reste pas longtemps le chasseur ET la biche.On se tient en joue, on se jauge, on se juge et puis on en a marre. On reconnaît pas le regard, c'est pas le même que dans le miroir, on l'a vidé de sa sève on dirait. je sais pas, il brille moins, ou alors différemment. On s'en sort.
On a nos trucs, la bonne playlist, le bon repas, on sait.
GoGo gadget aux nageoires, on se laisse pas crever, on se permettrait pas, tu penses.
Alors on se répète qu'on a de la chance.
Tout passe.
On fait c'qui faut. On se ramasse.
Y'a rien, t'inquiète.

2 commentaires:

  1. Tu connais ça ?
    Thomas Vinau, blog "Etc-Iste", livres qui font plier un peu plus ma bibliothèque et alourdissent les cartons de mon prochain déménagement. Roman de l'hiver, "Le Camp des Autres" (un autre nom pour la Start Down Nation, versant on entre en résistance armée).
    Et un petit bilan trouvé récemment sur mon blog, que j'avais envie de relier au tien. Ne crachons pas sur un peu d'optimisme :

    "Je me levais
    et je fumais un joint
    en faisant mon café
    je me demandais ce que j'avais envie de faire aujourd'hui
    deux fois sur trois je ne faisais rien
    des fois je vendais un bout de shit
    des fois j'allais acheté un cd
    des fois lire un livre dans les jardins de la fac
    avec le sentiment de faire quelque chose de bien
    Il m'arrivait d'aller boire un ACE
    sous le soleil des terrasses de Montpellier
    en pensant faire un truc sain
    ou de me défoncer
    avec le sentiment d'être un homme

    je maudissais ou je célébrais ma solitude
    j'avais des raisons d'être heureux
    et d'autres d'être malheureux
    des manières d'être esclave
    et des manières d'être libre

    Je me lève
    je bois un café devant l'ordi
    et puis je vais faire leurs petit déjeuner
    les réveiller les préparer pour l'école
    en revenant je fais dans ma tête la liste
    de tout ce que j'ai à faire aujourd'hui
    deux fois sur trois je fais autre chose
    des fois je vais courir
    des fois j'essaie d'écrire un livre
    des fois je lance une machine de linge sale
    avec le sentiment de faire ce que j'ai à faire
    Il m'arrive de boire un citron pressé
    avant de passer l'aspirateur sur le carrelage ensoleillé
    en pensant faire un truc sain
    ou de m'occuper des miens
    avec le sentiment d'être un homme

    Je maudis ou je célèbre ma femme et mes enfants
    j'ai des raisons d'être heureux
    et d'autres d'être malheureux
    des manières d'être esclave
    et des manières d'être libre

    Parfois je prends ce qu'il y a à prendre
    d'autre fois je le rate
    Parfois je fais ce qu'il faut faire
    d'autre fois je m'en tape

    Je casse des pots
    et j'en répare d'autre

    J'ai mal ici
    ou j'ai mal là

    La vie est belle

    Je me sens chanceux

    Je ne regrette rien"

    Bisous, Georges.

    ANNE

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  2. je ne connais pas ce texte, non.
    Mais j'aime, je te remercie.
    Je connais "Ici, ça va" de Thomas Vinau mais je n'ai rien lu d'autre et je ne savais pas qu'il avait un blog.
    Je me retrouve dans ces mots tu vois. Un peu ma vie actuelle.
    je t'embrasse

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