Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

lundi 12 avril 2021

trier, ranger, ignorer

 Plus que 15 jours si tout se passe selon mon plan. C'est long, usant. J'ai peur des nuits de détresse à hurler en silence. Je m'inspire du courage du printemps, des bourgeons, des fleurs fragiles qui restent droites dans leurs bottes quand je chancelle sur des lames de fond. Le tout positif ça me casse la tête.

Les mots de Milena me mettent dans une belle dynamique. Et puis ça se casse la gueule.
Épuisée d'entendre des inconnues sortir leurs tripes à table sans avoir la délicatesse de demander la permission.
Est-ce que ça te dérange d'entendre mes horreurs ?
Est-ce que tu peux me donner un conseil ?
Je ne peux rien, je ne veux rien, tu me coupes l'appétit alors que c'est tout ce que j'ai. Je ne comprends pas ce concours de cicatrices.
Je ne veux plus dépendre de personne, je veux avoir l'embarras du choix.
Je garde dans ma bouche des saloperies qui me viennent. Je ne peux pas gérer mes boucles et celles des autres. Je pense tant de mal.
Mon reflet dans les flaques de rouilles que j'enjambe dans le parc m'inspire de la sollicitude. Je jure que j'aimerais me prendre dans mes bras. Comme Mathilde hier, comme Isa avant hier. Me serrer comme pas possible, parce que c'est pas une vie là, que je suis seule à en crever. Que j'ai envie de partir loin, tout droit, sans boussole, sans téléphone, sans rien, ma bite et mon couteau. Ma ride du lion, mes mâchoires serrées comme des pièges à loup, une allumette, de l'essence, fuir les rives de cet état de merde, fuir le bord des larmes et cette vie sanglée.
Avancer, tout cramer, ne plus me retourner, laisser derrière moi des souvenirs calcinés, ne plus m'encombrer. Trier, ranger, ignorer.



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