Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

samedi 21 mars 2020

Comme d'hab, mais à l'intérieur

Dans les rues du Neudorf, hier,  des vieux comme d'hab, des gens partout, même moi.
Parce-que je me sentais autorisée avec mon pète au casque et mon mot du psy.
J'ai arrêté. Je prends mes responsabilités, ni eux, ni moi, allez, on va y arriver à personne dans les rues ?
Mais il restera toujours le mec devant le monop et son chien, son tas de tupperware que les habitants du quartier déposent à côté de lui. Ils aiment bien donner, ils aiment bien que ça se voit. Je ne fais pas exception.
Et ces crevards de pigeon qui nettoient les rues des cadavres de leurs frères tellement ils ont la dalle. On leur balance plus de frites molles et de miettes hydrogénées, ils sont en manque de graisses saturées.

On lit à droite à gauche ce qu'il faut faire pour réussir son confinement.

La corde ou le gaz ?
Je déconne, c'est bon.

Il faudrait en profiter pour se réaliser dans quelque chose, lire Proust, trier ses fringues, apprendre à faire une pâte feuilletée, monter une mayonnaise.  Pardon mais je vais plutôt essayer de trancher la question de savoir si je sors de tout ça plus grosse ou alcoolique. Je vais essayer de pas faire courir de risque à un dealer qui a dans sa poche de quoi contenir mon angoisse à court terme. Je fais vaguement du yoga, posture de l'hirondelle, du chien de fusil ou encore du cadavre, les yeux ouverts en direction du plafond.

J'essaie de répondre à la difficile et omniprésente question : QU'EST CE QU'ON MANGE ?

J'essaie de pas fusionner avec le canapé.

Je me tiens pas mal à distance de la culturanh en dehors de quelques documentaires d'arte et des podcasts habituels.

J'écoute de la musique anxiogène parce qu'aller mal est mon talent, et quand je m'en aperçois, j'arrête et je m'auto-blâme, parce que c'est mon autre talent.

J'appelle les gens que j'aime, je pense à eux, à vous, je m'inquiète pour ceux qui ne s'inquiètent pour personne.

Je lis Leila Slimani qui tripe dans sa longère sur les bourgeons de tilleul. J'ai des montées de violence, c'est pas nouveau, mais je peux pas sortir marcher deux heures avec du PNL dans le casque pour me sortir le seum.

Marie Darrieusseq s'y met aussi. On romantise l'enfermement, et je pense encore aux claques qui se perdent.

Souvent, je me rappelle que j'ai de la chance, j'ai de la place, j'ai un balcon, ma meuf ne me frappe pas, on a le frigo pété de bouffe, netflix, ocs, du vin, des doliprane et, relativement, la santé.

Internet regorge de bonnes vannes et d'initiatives qui mettent de la joie dans tout ça. Merci à cette génération avec laquelle on peut soit-disant "plus rien dire" de me faire autant rire. On nous trouve moralisateurs, censeurs, réac, je nous trouve hilarants.

Je me tape des angoisses abyssales et des crises de rire, en fait, c'est presque comme d'hab, mais à l'intérieur

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