J'ai trouvé un brouillon de lettre sur le trottoir mouillé. Il était plié et j'ai du l'ouvrir avec précaution tant la pluie l'avait fragilisé. Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé qu'il était écrit de la main d'un homme. Enfin, la question ne s'est pas posée. C'était pris pour acquis.
Je l'ai trouvé à la fin de mon second CDD et je me suis sentie en connivence avec l'auteur de ces mots.
"Par contre, côté boulot c'est la galère (...) Je fais des erreurs. Ma chef s'impatiente (une suite indéchiffrable) donc le CDI est très loin d'être gagné "
Je l'ai soigneusement laissé sécher. Je l'ai épinglé sur le tableau en liège au dessus de mon bureau et je prends plaisir à extrapoler autour de son contenu, de l'écriture, de la personne à qui les mots sont destinés.
Je l'ai trouvé à la fin de mon second CDD et je me suis sentie en connivence avec l'auteur de ces mots.
"Par contre, côté boulot c'est la galère (...) Je fais des erreurs. Ma chef s'impatiente (une suite indéchiffrable) donc le CDI est très loin d'être gagné "
Je l'ai soigneusement laissé sécher. Je l'ai épinglé sur le tableau en liège au dessus de mon bureau et je prends plaisir à extrapoler autour de son contenu, de l'écriture, de la personne à qui les mots sont destinés.
J'ai l'impression d'avoir découvert un trésor quand je trouve des messages de ce type dans la rue, dans les livres empruntés à la bibliothèque. J'ai le goût des brouillons, des premiers jets. J'ai quelques reliques de ce genre qui traînent dans mes tiroirs. Il y en a une que j'ai mise sous cadre. Il s'agit d'une retranscription du poème "Demain, dès l'aube..." de Victor Hugo, un hommage à sa fille Leopoldine emportée par les eaux à 19 ans.
J'aime me dire que les mots m'attendent. Moi aussi je perds des brouillons, j'en laisse dans les livres, parfois je pleure de les avoir perdus parce que pleurer fait partie de ma nature et parce que ce que je perds il me semble toujours qu'on me l'arrache.
Alors ça blesse, ça suinte et ça finit par cicatriser. Je passe à autre chose mais ça me laisse une marque et quand je la vois je m'énerve. Je m'en veux. Je me dis, putain t'es trop conne. Et puis, je me dis ne parle pas comme ça de toi, y'a assez de monde sur terre pour te traiter de conne alors pas la peine d'en rajouter.
En ce moment je perds beaucoup de chose à commencer par mon temps. Je perds mes nerfs et il me faut parfois plusieurs jours pour m'apaiser. Ça aussi c'est dans ma nature.
Je suis déconcentrée, démobilisée, occupée à constater à quel point j'ai pas de chance. Au boulot c'est la galère, je fais des erreurs et, chaque jour, je me dis en essayant de ne pas me traiter de conne, que le CDI est très loin d'être gagné.

J'adore tes trésors !
RépondreSupprimerCa me fait penser (bien sûr...) au manuscrit que Bouvier a perdu de L'Usage du monde, première version. Il passe des jours à retourner une décharge pour tacher de le retrouver, en vain.
Et puis... il écrit L'Usage du Monde !
Bisous, Georges.
j'imagine qu'on peut toujours y voir une impulsion positive. J'ai rarement eu des regrets trop tenaces mais sur le moment...
SupprimerEn tout cas, je les garde bien précieusement mes trésors et je me dis que peut être, mes mots perdus dorment chez quelqu'un!
Dans le roman acheté chez Emmaüs que je viens de terminer, celui (moi aussi, j'ai décidé que c'était un homme)qui l'avait lu avant moi, a souligné au crayon rouge (un gros crayon de couleur, bien gras, immanquable) des mots, des phrases, des paragraphes. Pour moi aussi, c'est un trésor. Quelqu'un d'autre a lu, a souri, a frémi avant moi sur les mêmes mots. Une sorte de fraternité qui émerge. J'aime ça. Mais sans doute suis-je aussi con que toi... (ce qui m'enchante).
RépondreSupprimerVoilà, on doit être aussi con l'un que l'autre, j'adore ça moi aussi.
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