Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

samedi 19 juin 2021

Armoire et Tartine

 Hier à auchan, fin de matinée, j'attends mon tour à la caisse. J'avais remarqué un gars agité qui faisait chier dans les rayons mais sans plus. Il arrive aux caisses automatiques et commence à râler parce que la plupart d'entre elles ne sont pas en service.

Là, t'as le mec juste avant moi, une armoire avec une bonne tête d'agglo qui lui dit : arrête de foutre le bordel.
L'autre, visiblement beurré comme une tartine : quoi, qu'est-ce que tu me parles là toi ?
L'armoire le prévient, si tu fermes pas ta gueule tu vas t'en prendre une, la tartine qui dit bah viens, viens m'en mettre une.
Ça dure une minute entre celui qui dit je vais te taper et celui qui dit tape moi.
Là t'as l'armoire qui va coller son front au front de l'autre qui fait plus trop le malin et qui bégaie comme un perdu avec ses litres d'alcool dans le sang qui se mélangent à l'adrénaline.
Je commence un peu à avoir envie que ça se tape quand j'entends la caissière appeler la sécurité dans son micro. Le grand, ça lui remet les idées en place. Personne n'arrive alors je me demande si c'était pas du bluff le coup de la sécurité.
Il revient devant moi, je me sens un peu coconne avec ma salade en sachet dans les mains et ma déception sordide de pas avoir assisté à un combat de coq.
J'ai jamais compris le délire du front à front, c'est beaucoup d'intimité, je me dis que les mecs ne savent plus quoi inventer pour se comparer la bite mais ok.
Quand l'armoire passe à la caisse et règle son flacon de petit marseillais et son basilic ducros qui se décarcasse, il fait une remarque du genre c'est de pire en pire, un truc un peu vieille france alors qu'il n'a pas 30 ans.
Je pose ma salade et je dis bonjour à la caissière et je dis eh ben, ils sont chauds là les gars.
Elle me dit oui, je fais même plus attention.
Je paye et elle ajoute, c'est un bidasse le grand. J'adore qu'elle dise bidasse. Mon père c'était un bidasse aussi sauf qu'il faisait pas du front à front. Je dis, ah oui, la coupe de cheveux ça fait bidasse. Là je lui tends mon billet de 5 et je dis bonne journée, bon courage. Elle dit ça me passe au dessus de la tête tout ça. J'ai regardé autour de moi en sortant des fois qu'ils soient en train de se terminer dans un coin. Je pense que la tartine s'est barré fissa pour pas que ça se finisse par une grosse mandale.
Faut quand même être con pour passer une minute à dire : je vais te taper, ben viens, je vais t'en mettre une, bah vas-y
Tout ça pour faire un combat de fronts avec les masques sous le nez.
Mais je reconnais qu'il faut sûrement être aussi un peu con pour sortir les pop corn et se réjouir d'une embrouille.

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