Zed Zonk, des cimes aux abysses

Zed Zonk, des cimes aux abysses

jeudi 14 février 2019

Nouveaux Fanzines

**** FANZINES**** Premiers envois demain le 15/02

 N'oubliez pas de me communiquer votre adresse. Le prix des fanzines : dès 3€ pour Les Idiots Du Village (16 pages, format A5) 1€ de frais de port / exemplaire MERCI de préciser la couleur de la couverture choisie (rouge ou verte) // dès 5€ pour Morte Saison, une année au chômage (40 pages, format A5) 2€ de frais de port / exemplaire. Merci pour votre soutien qui me permet de continuer mon travail d'écriture plus légèrement et de financer un envoi massif à des maisons d'édition, réimprimer et assurer la continuité du bordel : vous êtes trop (trop) cool. Pour la partie reloue: Pas de remise en main propre si on ne se voit jamais parce que c'est pas pratique et je n'ai pas vraiment le temps de faire des livraisons personnalisées. Aussi je ne souhaite pas mettre de côté des exemplaires pendant des mois. Merci merci merci merci

le lien de la cagnotte : https://paypal.me/pools/c/8ccSr766w0



jeudi 7 février 2019

Faut qu'on soit fortes

Je prends un café au salon de thé de la place du marché. J'attends l'ouverture du monop. Je me pose avec un carnet et un stylo mais aucune inspiration. Je suis rapidement absorbée par la discussion animée de deux femmes à côté de moi. Une mère et sa fille. Je vois leurs visages. Celui de la fille directement et celui de la mère réfléchi par un miroir qui lui fait face.
La fille en pantalon en Skaï et bottes jusqu'au genou. La mère en serre tête, chemise blanche sous un chandail.
Elles se parlent comme les filles à leurs mères, comme les mères à leurs filles. C'est âpre et puis c'est tendre, c'est névrosé, cataclysmique.
Elles parlent des hommes, le père, le frère. Elles fomentent et se rassurent : j'en fais mon affaire. Elles se donnent l'impression de maîtriser. Tu t'occupes de papa et moi je m'occupe de P.
Elles s'effondrent d'un coup. Comme si elles venaient de se souvenir que non, en fait, elles s'occupent de rien du tout et elles ferment bien leurs gueules.
Des sanglots.
Elles s'attrappent les mains au dessus de la table. Je suis fâchée avec toi, je suis fâchée avec papa, j'en dors plus la nuit. Tout se délite.
Tiens, mange ça.
La fille : Je te paye un autre café ? Putain, je vais me ruiner en café. Tu sais qu'il est à 3€ ici? 3€ !!
La mère : si tu veux on fait moit/moit...
Silence approbateur. Vous nous remettrez deux cafés mademoiselle s'il vous plaît ?
Vis ta vie maman, ça fait 50 ans que tu vis avec un gamin de 12 ans même pas capable de se lever chercher du sel. Tu crois que je t'ai pas vu lundi ? Il lève même pas son cul pour aller chercher du sel à table. Tu t'en rends compte quand même ?
T'es jeune, t'es belle, va t-en !
Je veux pas que tu déprimes. Faut qu'on soit fortes.
Elle se lève pour prendre un appel, elle a monté sa boîte, elle a fait ses trucs. Elle sort dans la rue avec son oreillette. La fille sur tous les fronts. Une tête, 18 casquettes, comme souvent les femmes.
La mère profite d'être seule pour se moucher un bon coup. Se remettre, se regarder dans le miroir. Valider peut-être sa prétendue jeunesse, sa beauté.
Faut qu'on soit fortes.

dimanche 3 février 2019

Tout va bien

Le tram me laisse à Krimmeri. Je suis prise entre les flux de gens voulant entrer et sortir. Leurs volontés polarisées me chahutent sur le quai. Je me laisse porter. C'est un matin comme ça.
L'avenue est déserte. J'écoute Barbara et je chante dans l'aube glacée. Le froid me fouette les joues et me paralyse. Je chante comme on convulse, je suis seule au monde. Seule dans mon monde avec ma grimace figée qui articule mal mais qui s'obstine à fredonner de la buée.
J'allonge le pas, j'etire mes muscles, je me donne chaud. L'air est dégueulasse bien que les voitures soient encore rares. Barbara dans mon oreille me parle d'amours qui finissent mal mais c'est pas grave. Elle parle de la mort la plus douce et des intentions qui comptent.
J'ai compris depuis longtemps qu'il y aurait toujours en moi un genre de courant d'air. Une chambre irrémédiablement froide dont l'unique fenêtre donne sur un lac noir, des eaux stagnantes sous lesquelles grouillent tout un tas de monstres.
Longtemps j'ai fait la sourde, j'ai voulu ignorer le parquet qui grince sous les pas des fantômes, la porte qui claque, les plombs qui sautent... J'ai laissé les murs se fissurer, les brèches se creuser, les moisissures s'installer.
J'avancerai toujours avec le même trou dans le ventre. Je suis prédestinée à la dramaturgie. Les gens me manquent alors qu'ils sont là, que je leur tiens la main, que j'écoute leur voix et que leurs yeux me regardent bien fort.
Je suis toujours trop loin.
Je suis déjà après. En plein courant d'air, c'est comme ça.
En marchant je pense à cette chambre que j'ai réinvestie, dont j'ai repeint les murs. Je pense à un feu de cheminée, à un fauteuil confortable avec vue sur le lac et tout ce qui y vit et se débat. La température y est de plus en plus vivable. J'habite pleinement mon inquiétude.
Les monstres sont sous contrôle. Tout va bien. Rien n'est grave

mercredi 23 janvier 2019

Trésors


J'ai trouvé un brouillon de lettre sur le trottoir mouillé. Il était plié et j'ai du l'ouvrir avec précaution tant la pluie l'avait fragilisé. Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé qu'il était écrit de la main d'un homme. Enfin, la question ne s'est pas posée. C'était pris pour acquis.
Je l'ai trouvé à la fin de mon second CDD et je me suis sentie en connivence avec l'auteur de ces mots.
"Par contre, côté boulot c'est la galère (...) Je fais des erreurs. Ma chef s'impatiente (une suite indéchiffrable) donc le CDI est très loin d'être gagné "
Je l'ai soigneusement laissé sécher. Je l'ai épinglé sur le tableau en liège au dessus de mon bureau et je prends plaisir à extrapoler autour de son contenu, de l'écriture, de la personne à qui les mots sont destinés. 

J'ai l'impression d'avoir découvert un trésor quand je trouve des messages de ce type dans la rue, dans les livres empruntés à la bibliothèque. J'ai le goût des brouillons, des premiers jets. J'ai quelques reliques de ce genre qui traînent dans mes tiroirs. Il y en a une que j'ai mise sous cadre. Il s'agit d'une retranscription du poème "Demain, dès l'aube..." de Victor Hugo, un hommage à sa fille Leopoldine emportée par les eaux à 19 ans.

J'aime me dire que les mots m'attendent. Moi aussi je perds des brouillons, j'en laisse dans les livres, parfois je pleure de les avoir perdus parce que pleurer fait partie de ma nature et parce que ce que je perds il me semble toujours qu'on me l'arrache.
Alors ça blesse, ça suinte et ça finit par cicatriser. Je passe à autre chose mais ça me laisse une marque et quand je la vois je m'énerve. Je m'en veux. Je me dis, putain t'es trop conne. Et puis, je me dis ne parle pas comme ça de toi, y'a assez de monde sur terre pour te traiter de conne alors pas la peine d'en rajouter.
En ce moment je perds beaucoup de chose à commencer par mon temps. Je perds mes nerfs et il me faut parfois plusieurs jours pour m'apaiser. Ça aussi c'est dans ma nature.

Je suis déconcentrée, démobilisée, occupée à constater à quel point j'ai pas de chance. Au boulot c'est la galère, je fais des erreurs et, chaque jour, je me dis en essayant de ne pas me traiter de conne, que le CDI est très loin d'être gagné.

samedi 17 novembre 2018

Te prends pas la tête

J'avais récupéré les carnets chez ma mère. Ils étaient une douzaine dans un carton rempli d'autres merdes. Un carton frappé du sceau du secret, attention danger, zone de guerre, ne pas entrer sous peine de mort.
Le truc repérable à 10 bornes :ne lisez pas mais sachez que ça existe.
Je me disais que la lecture de toutes ces pages me feraient du bien. Le coup d'oeil rassurant dans le rétro qui confirme qu'on a semé les monstres dans la course poursuite. Qu'on peut arrêter d'aller trop vite, trop loin.
Alors j'ai lu, un peu. Je me suis attendrie pour cette personne que j'ai redécouverte. J'ai eu envie de faire quelque chose pour elle, lui caresser la nuque, lui dire ça va aller, te prends pas trop la tête.
Les longues journées exsangues, la maladie de l'ennui, la honte aussi, à chaque page.
J'ai retrouvé la passion des questions et la peur des réponses.
J'ai eu envie de faire quelque chose pour elle, la secouer brutalement. Lui dire que putain, ça va aller, te prends pas trop la tête maintenant, arrête de perdre ton temps.
Ça pue la dépression, le valium, le lysanxia, le prozac, le veratran.
Ça pue la défaite aussi.
J'avais lâché l'affaire et j'attendais de me réveiller de ma sieste éternelle avec du courage. Celui que je suis allée arracher avec les dents quand j'ai retrouvé le goût de la station debout.
J'ai lu, j'ai relu, à la recherche d'un style introuvable. J'ai foutu ça dans un tiroir. Des pages et des pages de vide. Une visite guidée de mon nombril dont on aurait pu faire le tour en trois mots.
T'as des trucs qui méritent pas tes tiroirs, ça devient rien d'autre que de la souille d'encre. J'ai eu envie de tout cramer. Mettre un terme définitif à une carrière de tragédienne. Faire ça en grande pompe, une cérémonie de purification par les flammes.
On se refait pas.
On était cinq autour du feu. Cinq à alimenter le foyer en jetant les pages arrachées.
J'ai cramé mes années perdues. Même si il y avait aussi du bonheur, des fulgurances, des minutes de vie qui comptent triple, de la bonne volonté, j'ai surtout retenu les blessures répétées, le plaisir malsain de se laisser pourrir dans un coin.
J'ai tout cramé et c'était beau. Comme se faire caresser la nuque en fermant les yeux pour prolonger le plaisir.
S'entendre dire ça va aller, t'inquiètes,  te prends pas trop la tête.

dimanche 28 octobre 2018

La langue des coiffeurs

On élude les questions techniques sur la coiffure et son monde. On veut que ça finisse. On apprend que nos cheveux sont "fatigués".
- Fatigués à partir de là, vous voyez?
Je vois pas. Je dis : - Ah oui, tiens, en effet.
Des gens arrivent, tout le monde se connait, on se met à parler de tout et de rien et on me laisse là, dans la cape noire de Severus Rogue assortie à mes cernes avec des barrettes ridicules.
On se sent con mais on fait comme si on était au mieux de notre classe, on salue, on sourit, on trouve même le moyen d’être drôle. Sous des néons impitoyables qui font ressortir le pire de nous. Plantée là, alors qu’une parfaite inconnue enroule et déroule une brosse sur laquelle elle pose son sèche-cheveux brûlant.
On avait dit pas de brushing. On a pris le temps d'expliquer que c'était pas notre truc les brushing Dallas et les bombes de laque vidées sur l'autel de notre nature rustique.
On profite du miroir pour se regarder dans les yeux. Il y palpite une calme certitude, nous sommes des spectres de bonne volonté qui ne croient plus à la fulgurance de la passion. Nous mesurons nos élans et restons à bonne distance des flammes.
On a tranché, on a passé trente ans, on a survécu à nos névroses de jeunesse, on se fait vieux, on se doit un peu de bien, on ne nous a pas appris, on est paumé mais on est vivant. Des vivants qui ne savent pas vivre, mais qui ont cessé de se débattre. Des vivants qui ne sont pas nés de la dernière pluie et qui le portent sur eux, dans l’éclat terni de leurs regards rincés.
On en a connu des guerres, on a su concilier, expliquer, apaiser. On a affiné nos discours et pris soin de nos interlocuteurs.
Mais on sait toujours pas parler la langue des coiffeurs.

samedi 20 octobre 2018

La convalescence comme art de vivre

Pendant longtemps je me suis construite autour de la maladie et je donnais à la convalescence une valeur poétique. Rimbaldienne. J'avais la vingtaine pour moi et je me disais que le temps ne finirait jamais alors pourquoi ne pas le perdre dans des draps infectés, à regarder le plafond, les yeux fiévreux ?
Les maux étaient ma muse, mon sujet de conversation préféré, ma façon d'exister et ma définition. J'étais malade avant d'être moi. Je me pensais combattante plutôt que complaisante mais j'étais surtout conne.
C'est si facile d'aller mal. Pourquoi s'en passer?
Ça va ? Non
Ça règle la question.
Et puis ça passe. La maturité, même si elle est toute relative, donne au temps une nouvelle valeur et on se confronte, ou non, au respect qu'on lui doit.
Je sais même plus qui est Rimbaud et j'ai troqué l'esthétique romantique contre une sentimentalité sélective. On trouve des ancrages salutaires et on sait le temps qu'on perd à se regarder tomber malade, être malade, se dire malade, incarner la maladie, la tragédie. On pousse le ridicule dans ses derniers retranchements sans même percevoir le malaise.
Laisse moi tranquille, je suis malade.
Tu crois que ça me plait ?
Tu penses peut-être que je le fais exprès ?
Mais oui, ça me plaisait même si je ne le faisais pas exprès.
Je me répète ce mantra, encore et encore : c'est si facile d'aller mal. De s'inoculer des trucs à soigner, les constantes au plus bas, le revers de la main sur le front dans un pyjama à la propreté discutable.
Et je sais que j'exagère et qu'on fait bien ce qu'on peut. Je sais combien on n'a pas toujours le choix. Crois moi, je le sais, va.
Aujourd'hui, je pense au temps perdu, au goût retrouvé de la verticalité, à l'odeur des draps propres, au meilleur de la fête. Dans mes délires de fièvre, je suis une flamme qui danse, des jambes qui marchent plus vite que ce qu'elles fuient. Un corps désirant et vorace qui gagne toujours à la fin.
J'ai échangé la passion du très bas contre celle des médecins.